L'image des prisonniers de guerre français de la Seconde guerre mondiale : 1940-2000
| Auteur / Autrice : | Évelyne Gayme |
| Direction : | Jean-Jacques Becker |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Histoire |
| Date : | Soutenance en 2002 |
| Etablissement(s) : | Paris 10 |
Résumé
A la différence des prisonniers de guerre de la Grande guerre, ceux de la Seconde n'ont jamais été oubliés. Grâce au film La Grande Illusion, qui sort en 1937 et ressort en 1946, ils sont dans tous les esprits, d'autant que chaque famille connaît un prisonnier. Une image schématique, mais dans laquelle les Français se reconnaissent, se développe : les prisonniers sont des victimes, des Français moyens. Cette image naît pendant la guerre et se maintient après, grâce au cinéma, à la littérature, et à des témoignages autocensurés pour correspondre à l'image déjà construite. Craignant de devoir se justifier de la défaite française, les prisonniers de guerre s'auto-épurent en effet et opèrent un tri dans leurs récits : or l'image de l'opinion publique à leur égard n'est négative que durant l'été et l'automne 1945, en liaison avec le procès Pétain. Mais ils sont reconnus officiellement comme des combattants dès 1949. Cette image constamment présente dans la société évolue peu, et seulement en fonction des capacités d'identification et des aspirations des Français : le prisonnier de guerre est un homme ordinaire face au résistant gaullien dans les années 1960 ; il n'aime pas la guerre alors que la décolonisation bat son plein ; il témoigne que l'ennemi peut être humain quand la Guerre froide diabolise l'autre. Dès les années 1950, des voix très minoritaires s'élèvent au sein de la communauté des anciens prisonniers contre cette image qui ne met en valeur ni leurs souffrances particulières, ni les valeurs auxquelles ils sont attachées. Les années 1970, qui éclairent les zones de la Seconde Guerre mondiale jusque là restées dans l'ombre, sont le moment choisi par les prisonniers pour rétablir une image plus conforme à ce qu'ils ont subi, sans succès cependant, les Français ne pouvant s'identifier à une image trop précise. Pour intégrer cet échec, les anciens prisonniers développent aujourd'hui l'idée selon laquelle chaque captivité étant unique, aucune image ne saurait être fidèle.