Thèse soutenue

Roger Munier et la "topologie de l'être"

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Auteur / Autrice : Chantal Colomb
Direction : Colette Astier
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Littérature comparée
Date : Soutenance en 2002
Etablissement(s) : Paris 10

Mots clés

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Résumé

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Roger Munier, traducteur et ami de Heidegger, est l'auteur d'une poésie méditative. L'objet de la thèse est de se demander si son oeuvre peut être considérée comme une "topologie de l'être" dans la mesure où, dans L'Expérience de la pensée, Heidegger a déclaré : "La poésie pensante est en vérité la topologie de l'être". Il semble que Roger Munier soit plus proche de l'Ouvert rilkéen que de l'ouverture de l'être heideggerienne et que la "topologie" dont parle Heidegger soit un cadre trop étroit pour l'écrivain français. De plus, celui-ci préfère le fragment au poème et n'attribue donc pas au poème le privilège de la " poésie pensante ". Roger Munier reste cependant proche de Heidegger et de la phénoménologie dans sa volonté d'accéder "aux choses mêmes". Cette attention aux choses nécessite une poésie épiphanique tournée vers le sensible et soucieuse de traduire la présence. Mais l'herméneutique subvertit la démarche phénoménologique et les descriptions poétiques de Roger Munier ne sont qu'en apparence proches de celles de Husserl et de Heidegger. A partir de Mélancolie (1987), c'est le mystère du dehors pur, et non plus véritablement le sensible, qui retient l'attention de l'écrivain. En effet, son écriture poétique est plutôt au service de l'expérience mystique que de la pensée. Marqué par ses lectures de Maître Eckhart et sa traduction de Silesius, Roger Munier se tourne vers la voie négative. Sa "topologie" est ainsi davantage une topologie du Rien qu'une " topologie de l'être ". Cette oeuvre placée dans l'héritage de Heidegger et du Romantisme allemand relève donc de la poésie épiphanique mais doit être située sur un plan européen et non pas dans le cadre trop restreint de la poésie française. Son originalité réside dans la conjonction d'une poésie de la présence hors du poème et d'une herméneutique négative. Pour Roger Munier, la poésie n'est pas une fin en soi, mais l'instrument de la topologie du Rien qu'il s'agit d'élaborer.