Thèse soutenue

La tentation de l'érotisme dans la fiction de John Hawkes (1964-1997)

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Auteur / Autrice : Arnaud Regnauld
Direction : Marie-Christine Lemardeley
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Études anglophones
Date : Soutenance en 2002
Etablissement(s) : Paris 3

Mots clés

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Résumé

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L'érotisme dans l'œuvre de Hawkes est de l'ordre de la tentation, tension vers un horizon inaccessible à la représentation qu'il ne saurait atteindre que sur le mode du détour : Hawkes ne parvient jamais à figurer le sexe si ce n'est en marge de la représentation, comme si l'imaginaire de la faute chrétienne hantait encore son texte. Nous partons du postulat que c'est la tension qui précède l'assouvissement du désir, la jouissance toujours différée qui est érotique, et non la scène. Lorsque l'écriture touche à sa propre limite, prête à basculer vers le non-sens, elle pose la question de l'incarnation de la lettre dans le texte hors de toute transcendance du verbe (la mort de Dieu signifie, pour la fiction, celle de la figure de l'écrivain en démiurge tout puissant), c'est-à-dire de la possibilité d'inscrire le corps, irrémédiablement absent, au sein de l'écrit. Le corps qui nous préoccupe est moins figuré que figural, situé sur le fil de l'horizon du texte : le verbe ne peut plus s'incarner que dans la plaie du sens qui s'épanche, abject. Le corps n'apparaît qu'en tant que trace, empreinte ou plutôt frayage d'une présence doublement différée d'une chair de la langue qui n'affleure que dans la rencontre de deux désirs, celui du lecteur et celui de l'auteur. Or cette rencontre n'est possible que dans l'espacement de la langue assuré par la poétique du texte qui tend à la limite du sens, et ce faisant suscite l'émotion en faisant vibrer les connotations affectives de la langue. Le lyrisme des textes de Hawkes, cet appel constant en direction de l'autre dont il cherche à s'assurer la présence, nous incite à envisager l'intersubjectivité du point de vue de la relation esthétique telle qu'elle se noue dans le langage poétique. Le geste autotélique de la métafiction vers laquelle s'oriente Hawkes dans ses dernières œuvres ne peut exclure l'autre de sa visée car il ne s'agit pas d'écrire pour quelqu'un mais bien à un autre, quitte à s'écrire (à) soi-même comme (à) un autre.