Thèse soutenue

Verbal rétina : vision et représentation dans les première et dernière trilogies de Samuel Beckett

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Auteur / Autrice : Stéphanie Ravez
Direction : Jean-Michel Rabaté
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Anglais
Date : Soutenance en 2000
Etablissement(s) : Dijon
Jury : Examinateurs / Examinatrices : Jean-Pierre Durix
Rapporteurs / Rapporteuses : Ciaran Ross, André Topia

Résumé

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Dès ses premiers textes, Beckett nous invite à repenser la littérature comme une anomalie de la vision. La << rétine verbale >> métaphorise son refus d'une représentation mimétique confondant voir et dire. En s'attaquant successivement aux notions de récit, d'autoportrait et d'énonciation, la première trilogie (Molloy, Malone dies, The unnamable) procède à une défiguration systématique du réalisme littéraire. Mais la butée spéculaire que représente The unnamable - entre les jeux de miroir du narcissisme et la réflexivité du discours - contraint l'écrivain à réaffuter ses armes. A partir des années soixante, Beckett recentre son questionnement des fondements visuels de la représentation autour de l'image et de la perception. A la réflexion métanarrative et à l'introspection verbale du sujet succède l'inspection d'un objet qui échappe à la vue. L'entrée en scène de l'imagination infléchit alors les modalités de la << rétine verbale >>, tout comme la redéfinition des matrices fondamentales du récit que sont l'espace et le temps permet de repenser l'antagonisme représentatif des genres littéraires classiques. Dans la seconde trilogie (Company, Ill seen Ill said, Worstward Ho), il n'est plus question de conflit ni d'équation entre voir et dire, mais d'une tension créatrice grâce à laquelle Beckett semble réaliser le rêve d'une abstraction qu'il enviait à la musique et à la peinture modernes. Si les romans d'avant- et de l'immédiat après-guerre rendaient compte du << besoin >> de voir/représenter et de sa faillite, l'oeuvre tardive révèle l'autre << besoin >> de l'artiste, celui de l'objet à voir/représenter, issu du << chaos de vouloir voir >> et satisfait par << le néant d'avoir vu >>.