Thèse soutenue

De la maladie à l'écriture : l'expression littéraire de la mélancolie (en particulier chez E.T.A. Hoffmann et Théophile Gautier)

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Auteur / Autrice : Laurent Cantagrel
Direction : Yves Chevrel
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Littérature comparée
Date : Soutenance en 2000
Etablissement(s) : Paris 4

Résumé

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Notre étude porte sur la signification, pour une œuvre littéraire, de la référence à la mélancolie, exclusivement entendue dans son sens pathologique, tel que l'a défini la médecine humorale. Le mélancolique est un être souffrant d'un mal sans cause, tristesse et crainte persévérantes ou égarement soudain, qui se manifeste par une fuite de ses semblables et un retrait hors du monde de l'échange. La mélancolie semble ainsi exclure jusqu'à la possibilité même d'un discours. Son évolution vers un usage littéraire s'est faite à travers différentes théories qui en modifient le sens et dont nous retraçons dans un premier temps l'articulation avec la conception médicale. Nous avons ensuite analysé, dans les lettres à Malesherbes de Rousseau et René de Chateaubriand, la tension entre la présence d'une sémiologie pathologique et la volonté de donner un sens non médical à la mélancolie, tension qui caractérise l'expression proprement littéraire de la mélancolie. L'écrivain romantique se reconnaissant dans la figure du mélancolique solitaire et tourmente, nous avons enfin étudié dans leur ensemble deux œuvres romantiques à la lumière de la référence à la mélancolie médicale. Chez E. T. A. Hoffmann, la réflexion sur la mélancolie est explicite, s'appuyant sur sa conception du dualisme de la condition humaine et sur une reprise critique du discours médical des aliénistes. Reconnaissant que l'univers des visions du malade mélancolique est le même que celui qui inspire le poète, Hoffmann conçoit l'acte créateur comme une extériorisation salutaire des obsessions qui risquent de mener le mélancolique à la folie. L'écriture permet ainsi de redonner forme et sens à une existence menacée par la dépossession mélancolique. Théophile Gautier au contraire refuse de faire de la mélancolie l'objet de son discours, ce qui ne ferait que redoubler la mélancolie par son expression. L'art doit être le déploiement d'un microcosme de pure beauté charge de divertir le narrateur-spectateur de son incurable mélancolie.