Thèse soutenue

Un barrage contre le vide : le travail des sensations dans l'oeuvre de Jean Giono

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Auteur / Autrice : Sylvie Vignes
Direction : Claude Sicard
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Lettres modernes
Date : Soutenance en 1998
Etablissement(s) : Toulouse 2

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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"Qui a dit : un roi sans divertissement est un homme plein de misères ?" Telle est la clausule de la première chronique gionienne, ou les contemporains étonnés ont découvert, en 1948, un Giono sombre, voire tragique. Malgré cette référence, c'est un pari fort différent du célèbre pari pascalien que nous invitent à découvrir les œuvres de Giono. On peut, en effet, avancer que le divertissement n'y apparaît pas comme la fuite honteuse de l'homme dont la foi en Dieu est insuffisante mais, au contraire, comme sa seule planche de salut. Parce qu'un des maîtres-mots de Jean Giono est le mot bonheur, parce qu'il a proclamé à longueur de vie et d'œuvre qu'il était doué pour le bonheur, le lecteur s'en tient parfois à l'image trompeuse d'un provençal épanoui, au caractère facile. Or, rien n'est facile, rien n'est manichéen dans l'univers de Giono et son bonheur n'est finalement que le revers affiché, revendiqué, d'un pessimisme déjà lisible dans ses tout premiers romans, qui s'aggrava brutalement à l'approche de la seconde guerre mondiale pour devenir une vraie noirceur à la libération. Si le bonheur existe bien dans sa vie et son œuvre c'est le résultat d'un combat de plus en plus âpre mené contre les forces du vide. La sensorialité joue un rôle essentiel dans ce combat et, de manière générale, dans l'univers de Giono, même si son traitement et sa place évoluent sensiblement au fil des années. Alors que dans les premiers romans, elle est pléthorique, dans les textes de maturité, les sensations ont une place nettement plus restreinte quantitativement mais sont, à notre avis, plus vitales encore. Mais, au fond, de naissance de l'Odyssée à l'Iris de Suse, on aura toujours affaire, pour citer J. Leroy, à une vision du monde où la sensualité combat sans cesse le désespoir. Dans cette vision du monde, il convient d'explorer le hiatus entre une philosophie de la sensation, ce pari gionien qui fait une large place à la sophrologie et à la systématisation et un imaginaire, une écriture qui, intégrant toutes les difficultés, tous les doutes, élaborent un fascinant objet.