Thèse soutenue

Les femmes, épouses et mères de citoyens ou de la famille domme catégorie politique dans la construction de la citoyenneté : 1789-1848

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Auteur / Autrice : Anne Verjus
Direction : Pierre Rosanvallon
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Science politique
Date : Soutenance en 1997
Etablissement(s) : Paris, EHESS

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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Lorsqu'on cherche a situer politiquement les femmes, dans la premiere moitie du xixeme siecle, la reponse semble aujourd'hui s'imposer d'elle-meme : privees du droit de suffrage, elles sont exclues de la citoyennete revolutionnaire, universelle et individualiste telle qu'elle est definie a partir de 1789. Le constat de leur exclusion, d'une objectivite irreprochable, ne rend pourtant pas compte de leur situation politique telle qu'elle est pensee a cette epoque (de 1789 a 1848). Peu d'historiens ou de politologues se sont penches sur la facon dont le cens electoral de l'electeur etait calcule : tout se passe comme s'il etait paye individuellement, c'est-a-dire sur la base des seules proprietes du citoyen considere. Or, non seulement le citoyen, s'il est marie, paie les contributions au nom de la communaute de biens qu'il forme avec son epouse ; mais il peut egalement, selon les lois electorales de l'an x a 1831 incluses, se faire adjoindre les contributions d'autres membres de la famille, fussent-ils aux-memes majeurs et de sexe masculin. Le fait que la famille soit, pendant toute cette periode, pensee comme une unite politique conduit a reconsiderer la situation des personnes, qui ne peut plus etre saisie a travers une approche univoque, en termes de "qui vote" et "qui ne vote pas". C'est en tant que membres de la famille que les femmes restent en dehors de la participation politique ; de meme que c'est en tant que pater familias que le citoyen est investi du droit individuel de voter au nom de la nation tout entiere. Seul un travail sur les categories implicites de la construction politique pouvait faire emerger ce qu'on a appele une conception familialiste du suffrage, caracteristique de toute la periode revolutionnaire (1789-1848). C'est ainsi qu'au-dela de la resolution du soi-disant probleme de l'exclusion des femmes, se trouve egalement modifiee notre conception actuelle de l'individu politique revolutionnaire, plus evolutive qu'on ne l'aurait cru.