Thèse soutenue

Le "persiflage" dans la littérature française du dix-huitième siècle (1735-1810) : modernité d'un néologisme

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Auteur / Autrice : Élisabeth Bourguinat
Direction : Jean Dagen
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Littérature française
Date : Soutenance en 1995
Etablissement(s) : Paris 4

Mots clés

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Résumé

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Le persiflage, néologisme de 1735, a connu tout a long du 18e siècle une grande vogue: l'étude du mot et de la chose révèle qu'il s'agit d'un mot clé pour la lecture de nombreux textes de cette époque. Selon l'hypothèse étymologique proposée, le mot dérive du nom de persifles, héros d'une parodie amphigourique, avec le sens de "langage de persifles", plutôt que de siffler renforc par la particule per, interprétation générale admise: le persiflage désigne originellement le langage néologique, ampoulé, plus ou moins parodique, que les petits-maitres pratiquent dans les salons. Ce n'est qu'ensuite que le mot se teinte de l'ironie suggérée par la pseudo-racine siffler, et désigne le fait de se moquer de quelqu'un sans qu'il s'en doute, en lui tenant des propos flatteurs sur lesquels il renchérit ingénument jouant ainsi un rôle essentiel dans l'entreprise libertine de "maitrise" d'autrui. Le persiflage est également une accusation lancée contre certains philosophes, à qui on reproche la bigarrure stylistique de leurs œuvres ou diverses mystifications auxquelles ils se livrent, Voltaire particulièrement. Le persiflage s'avère dans tous les cas intimement lié à la réflexion de tout le siècle sur l'origine, la valeur et le pouvoir du langage, qui se traduit, sur le plan esthétique, par l'évolution des genres littéraires: le discours à la première personne prend une place prépondérante, notamment dans le développement du roman épistolaire, qui se révèle précisément le genre le plus adapté à la "mise en scène" du persiflage. Le persiflage disparait progressivement après la révolution, qui trouve peut-être certaines de ses sources dans le mouvement néologique et la réflexion sur le langage qui traverse le siècle.