Thèse soutenue

De la cause de Dieu à la cause de la Nation : le jansénisme au XVIIIe siècle

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Auteur / Autrice : Catherine Maire
Direction : Jacques Revel
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance en 1995
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Jury : Examinateurs / Examinatrices : Alain Guéry, Dominique Julia, Jacques Le Brun, Philippe Sellier

Résumé

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La thèse tente de cerner l'originalité du mouvement janséniste au XVIIIe siècle en l'embrassant dans son cours entier, depuis la Bulle Unigenitus de 1713 jusqu'à la Constitution civile du clergé de 1790, en passant par l'épisode des "convulsions" et les luttes parlementaires de la seconde moitié du siècle. Le fil conducteur de cette histoire, l'élément fondamental qui lui donne son unité, s'efforce-t-on de montrer, est constitué par le figurisme, méthode d'exégèse et théologie de l'histoire dont l'inspiration se retrouve à la base de toutes les expressions et transformations du mouvement. La thèse est organisée en trois livres qui correspondent aux trois temps forts du parcours. Le premier livre analyse la renaissance à la fois doctrinale et organisationnelle du parti janséniste suscitée par la Bulle Unigenitus. Il reconstitue les conditions d'élaboration de la doctrine figuriste, initiée par Duguet et développée par ses disciples, principalement l'abbé Jean-Baptiste Le Sesne des Ménilles d'Etemard. Il met en lumière le rôle du petit groupe des théologiens figuristes du séminaire de Saint-Magloire dans l'organisation du réseau de la résistance, notamment sous la forme d'une librairie clandestine. Le second livre resitue l'apparition du mouvement des convulsionnaires dans le prolongement de l'acculturation figuriste du peuple des fidèles. Il dégage la signification des dissensions doctrinales qui s'ensuivent au sein du parti janséniste et qui provoquent son éclatement. Le troisième livre s'efforce, enfin, d'élucider l'énigme que représente la transfiguration politique du jansénisme au sein du combat parlementaire à partir de la crise des refus de sacrements. Le premier rôle dans ce processus revient à l'avocat figuriste et partisan des convulsions Louis-Adrien La Paige, dont on établit l'omniprésente activité d'éminence grise. La stratégie parlementaire ne se comprend qu'en fonction de la figure d'un Port-Royal idéal, reconstruite en fonction de l'ecclésiologie du "témoignage de la vérité". C'est dans ce cadre interprétatif que s'inscrit en particulier la lutte contre les jésuites, dont l'explulsion en 1762 représente le point culminant du combat mené par le jansénisme parlementaire. Mais la filiation figuriste ne s'arrête pas là : elle court jusqu'à la révolution Française, où on la discerne à l'oeuvre tant lors du débat autour de la Constitution civile du clergé que dans la tentative de reconstruction de l'Eglise constitutionnelle sous le Directoire. C'est par son intermédiaire que le jansénisme a pu passé de la défense de la "cause de Dieu" à la défense de la "cause de la Nation".