Personnalité absolue. La transformation de la subjectivité moderne dans la philosophie allemande classique (Kant, Fichte, Hegel, Schelling)
| Auteur / Autrice : | Pierre Manimont |
| Direction : | Emmanuel Cattin |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Philosophie |
| Date : | Soutenance le 03/12/2025 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Concepts et langages (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Métaphysique : histoires, transformations, actualité (Paris ; 2002-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Philippe Büttgen |
| Examinateurs / Examinatrices : Gaetano Rametta, Antoine Grandjean | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Inga Römer, Franck Fischbach | |
| DOI : | 10.70675/0209bfb0z23ccz4917zb85bze663f7f26e28 |
Mots clés
Résumé
Ce travail cherche à interroger l'unité et la signification du concept de personnalité dans la philosophie allemande classique, où il se signale par un écart manifeste avec son sens d'« identité » conscientielle et socio-politique devenu obvie dans la Modernité. Si la personnalité quitte le lexique de l'identité, elle se rapproche en même temps d'une caractérisation inédite de l'absolu lui-même ; plus largement, elle est l'objet privilégié d'un mode de pensée qui n'est plus tourné vers l'identification de substances identiques à elles-mêmes, ou « mortes », comme c'est le propre de ce type de pensée que nos philosophes relient chacun au « dogmatisme » ou au « despotisme ». L'unité du concept de personnalité est donc celle d'un renversement de sens qui dépasse le seul horizon des concepts de personne, de sujet et de conscience : ce qui la sous-tend est une opposition plus forte entre ce qui est positivement « personnel » et ce qui ne l'est que paralogiquement. De la reine Persönlichkeit qui clôt la Logique de Hegel aux thèmes personnels de la Spätphilosophie de Schelling, en passant par l'impératif fichtéen de penser « en personne propre », le sens de ce concept occupe une place culminante, décidée par la séparation kantienne radicale entre l'être (autonome) de la personne et l'être (incliné) de la chose, renvoyant un certain concept moderne de personne à la pure impersonnalité. Dans cette mesure, ce travail ne s'arrête pas à repérer les involutions du concept dans l'idéalisme, et à situer ses soubassements historiques modernes et pré-modernes. Il adresse aussi ces résultats aux deux versants de la critique de la « personnalité » dans l'idéalisme allemand : sur le versant métaphysique, son renvoi critique au point culminant de la « métaphysique de la subjectivité » et de l'humanisme représentatif ; sur le versant politique, le soupçon que cette exaltation de la pure personnalité exprime la théorie bourgeoise de la « subjectivité autonome » déniant foncièrement les rapports matériels qui définissent en fait les personnes comme des choses. L'étude précise du « paralogisme » de la personnalité, et de son contrepoint purifié, découvre alors dans l'idéalisme allemand la première forme radicale d'une critique de la subjectivité comme être de « représentation » métaphysique, comme, d'autre part, les outils fondamentaux d'une désolidarisation définitionnelle entre la personnalité et la ''propriété'' entendue à plusieurs niveaux, nœud décisif de la détermination libérale et post-lockienne de la personne.