Thèse soutenue

Une approche communicationnelle de la pénibilité des ''sales boulots''

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Auteur / Autrice : Messan Todo-Alipui
Direction : Laurent MorillonAlice Garcia
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences de l'Information et de la Communication
Date : Soutenance le 19/12/2023
Etablissement(s) : Toulouse 2
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Arts, Lettres, Langues, Philosophie, Communication (Toulouse)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire d'études et de recherches appliquées en sciences sociales (Toulouse ; 1983-....)
Jury : Président / Présidente : Jean-Luc Bouillon
Examinateurs / Examinatrices : Sylvie Guerrero
Rapporteurs / Rapporteuses : Jean-Luc Bouillon, Valérie Carayol

Résumé

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La question du rapport entre le travail et la santé retient l’intérêt des chercheurs depuis les années 1960 (Becker, 1964) et des pouvoirs publics depuis quelques décennies. Elle reste aujourd’hui encore, un sujet d’actualité en France avec par exemple les manifestations suscitées par la réforme des retraites en 2023. Si le travail peut participer à la construction identitaire de l’individu, à l’épanouissement personnel et à la satisfaction de vie (Hélardot, 2005), il peut également être à l’origine de plusieurs atteintes pour la santé des individus voire même de décès. Gollac (2007) suggère d’analyser les effets délétères du travail sur la santé à travers les conditions dans lesquelles l’activité professionnelle est réalisée.Le rapport entre la santé et le travail est abordé scientifiquement au prisme des risques psychosociaux, du harcèlement, de la souffrance au travail, de la qualité de vie au travail, etc. La présente recherche qui s’inscrit en sciences de l’information et de la communication, se propose d’appréhender la santé au travail à travers la pénibilité des « sales boulots » en adoptant le cadre des approches communicationnelles des organisations (Bouillon et al., 2007). Il s’agit donc de voir en quoi et comment les interactions (échanges verbaux et non-verbaux) et les pratiques de communication des organisations et de leurs acteurs sont susceptibles de participer à la pénibilité des « sales boulots ». La pénibilité « désigne le caractère contraignant et éprouvant issu du travail et de l’organisation ; c’est-à-dire les difficultés que l’opérateur doit supporter et/ou les efforts distinctifs qu’il doit fournir dans la réalisation d’une tâche donnée. » (Leduc et Valléry, 2016 : 321). Notre acception de cette notion, amène à concevoir tout emploi, quelle que soit sa nature, comme comportant un risque d'exposition à une forme de pénibilité (physique et/ou psychique) (Burellier et al., 2019). Les « sales boulots » définis par Hughes comme « des emplois qui sont vus par la société comme physiquement, socialement ou moralement teintés » (1958 : 122), feraient partie de ces métiers jugés pénibles. Ils impliquent des tâches physiques exigeantes, un manque de reconnaissance sociale à cause du faible prestige de l’emploi et des conditions de travail difficiles et dangereuses.Notre enquête a été menée dans une société française spécialisée dans le nettoyage. Elle a mobilisé trois techniques de collecte de données : l’observation, l’entretien et la constitution de corpus documentaire. Les résultats montrent qu’au-delà du vécu, les représentations et les perceptions des agents de nettoyage sur leur métier (« sale boulot » et métier pénible) sont en partie liées aux phénomènes informationnels et communicationnels. Interactions, pratiques de communication managériale et discours institutionnels informent et font agir pour prévenir la pénibilité. En même temps, ils peuvent contribuer à renforcer leur ressenti à travers certains paradoxes qu’ils présentent. La prise en compte de la dimension communicationnelle est alors importante dans la prévention de la pénibilité et de la promotion de la QVT.