Le roman algérien des années 1990 : description de l'horreur et témoignage d'une tragédie.

par Ramtane Benamirouche

Projet de thèse en Littérature contemporaine

Sous la direction de Catherine Douzou.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société depuis le 23-10-2013 .


  • Résumé

    Après la période sombre de la colonisation, l’Algérie a glissé dans un silence assourdissant imposé par un régime autoritaire, tyrannique, despote et corrompu. Il s’agissait de la politique du « parti unique » qui a régné de l’indépendance jusqu’aux événements d’octobre 1988. Cette dernière date vient comme pour confirmer la règle selon laquelle le peuple finit toujours par reprendre le pouvoir des mains de celui à qui il l’a confié. Ainsi, les Algériens ont investi les rues pour réclamer plus de libertés et le pouvoir les a reçu, fidèle à ses habitudes, par la répression et la violence. Ce fut le carnage : plusieurs centaines d’Algériens ont laissé leur vie ou ont disparu, d'autres souffrent jusqu'à aujourd'hui des affres de la torture qu'ils ont subie ou qu'ils ont vu infliger à leurs concitoyens. Mais le pouvoir cède au final et proclame la Constitution de 1989 instaurant le pluralisme comme nouvelle politique du pays. Dès lors, on a organisé des élections démocratiques que les islamistes radicaux ont remportées à la surprise générale. Le peuple aurait pu être de nouveau captif d’un autre régime totalitaire, pis encore, obscurantiste. Les militaires, pour sauvegarder leurs privilèges, renversent le pouvoir en place, annulent le processus électoral et déclarent « l’état d’urgence ». Le pays descend dans la nuit de la géhenne : dix ans de sang. Durant cette période de guerre sans nom et sans visage, les intellectuels algériens n’ont jamais cessé de dire ce qu’ils pensaient et n’ont ménagé aucun effort pour dénoncer le meurtre collectif d’un peuple sans voix. Ils sont journalistes, poètes, musiciens, cinéastes, écrivains et autres cadres de l’intelligentsia algérienne. Ils s’appellent Assia Djebar, Rachid Mimouni, Yasmina Khadra, Djilali Lyabès, Lhadi Flici, Tahar Djaout, Aissa Khelladi, Mahfoud Boucebci, Boualem Sansal… etc. Certains assassinés, d’autres disparus, exilés ou marginalisés. Mais ils ont tous participé chacun à sa manière pour dire l’indicible et s’afficher aux côtés des plus démunis. C’est à cet engagement que nous voudrions nous intéresser. Pour cela, nous avions choisi le genre du roman. Nous pensons que cette forme d’expression est celle qui a le plus raconté cette époque noire de l’histoire de l’Algérie indépendante. Les récits publiés durant les années 1990 sont à la fois des témoignages et des prises de positions sur le déroulement d’une tragédie. Le corpus est très large. Il s’agira de tous les romans publiés entre 1990 et 2000 et traitant de cette question. Cette écriture est qualifiée par certains de littérature engagée, d’autre l’ont baptisée « littérature de l’urgence », d’autres encore parlent simplement de « graphie de l’horreur ». Pourtant, s’il y a une chose dont un lecteur lambda peut être certain, c’est que, dans ces récits, fiction et réalité font bon ménage. Nous traiterons aussi du combat des femmes qui s’affirme beaucoup plus solennellement durant cette période. Elles n’étaient pas jusque-là trop bavardes ! Mais devant la violence quotidienne, elles ont préféré se mobiliser et raconter à leur manière le drame de leur pays. C’est le combat d’Assia Djebar, Malika Mokeddem, Leila Sebbar, Maïssa Bey… etc. Elles ont toutes dit non au fanatisme religieux et ont toutes réclamé l’arrêt de l’effusion du sang des Algériens. L’écriture romanesque durant cette période de l’histoire de l’Algérie vient pour témoigner et s’indigner certes, mais elle est également une sorte de thérapie contre la terreur. Les écrivains, comme leurs lecteurs d’ailleurs, semblent exorciser avec leur graphie le démon qui les plonge dans l’épouvante et les frayeurs quotidiennes. Yasmina Khadra, à titre d’exemple, trouve dans cette guerre fratricide un terrain propice pour son imaginaire. En effet, entourage glauque de la nomenklatura, meurtres à la pelle et corruption généralisée sont monnaie courante dans le quotidien du commissaire Llob dans la trilogie algérienne (Morituri, Double Blanc et L’Automne des Chimères). Ainsi, le politique et le religieux sont le marteau et l’enclume entre lesquels se situent les intellectuels algériens de cette époque en général et les écrivains parmi eux en particulier. Ils s’insurgent contre des traditions archaïques, se mobilisent contre la boucherie de leurs concitoyens, dénoncent les politiques sociales de leurs gouverneurs… Bref, ils s’opposent à l’obscurantisme religieux des islamistes et la corruption politique de leurs dirigeants. De ce fait, leurs écritures sont souvent marquées par l’empreinte de la violence et de la colère. Violence du carnage et colère dans la voix de l’indignation. Il s’agit de raconter la tragédie et peindre l’horreur qu’elle laisse derrière elle. Pour finir, nous voudrions étudier cette écriture dans sa forme et dans son contenu. Il s’agira de l’engagement certes, mais aussi de l’esthétique. Nous tenterons de voir comment l’écrivain peut-il réussir son exercice de style dans son entreprise de décrire un univers sordide ? Comment cette écriture, seule voix de la raison et de l’intérêt général, a pu s’affirmer dans un espace hostile au progrès et défiguré par l’idéologie totalitaire des différents appareils de l’Etat ? Et enfin, cette littérature est-elle vraiment un moyen pour amener l’homme à se libérer et s’émanciper ?


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