Thèse en cours

Une histoire culturelle de la violence religieuse languedocienne à l'époque moderne.

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Auteur / Autrice : Xavier Gilly
Direction : Benoist Pierre
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Histoire moderne et contemporaine
Date : Inscription en doctorat le 02/10/2013
Etablissement(s) : Tours
Ecole(s) doctorale(s) : Sciences de l'Homme et de la Société

Résumé

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En 1607, afin d’obtenir le financement de la reconstruction de leur église, les habitants du village cévenol de Sumène font valoir, dans la Réquisition des habitants catholiques au chapitre, leur « extrême pauvreté pour avoir esté ruynés pendant les guerres et troubles derniers ayant tous lesdits habitants catholiques esté contraincts demeurer hors leurs maisons l’espace de vingt-cinq ans à cause que ceulx de la religion préthendue reformée s’estoient emparés dudit lieu » [AD Gard, G 386]. Ce contexte de récupération à la fin du règne d’Henri IV est intéressant comme point de départ d’une étude sur la coexistence confessionnelle languedocienne. Tout d’abord, il permet à l’historien de saisir quelles actions concrètes sont menées afin de panser les plaies des récentes guerres et de solder les tensions en suspens, comme par exemple les arbitrages effectués par les cours d’appel ou les jugements rendus par les chambres d’applications de l’édit de Nantes. Ensuite, les premières années du XVIIe siècle mettent en lumière les actions et les stratégies des catholiques pour récupérer leurs biens et réintroduire le culte romain, dans une situation de minorité unique en France. Enfin, l’assassinat d’Henri IV engendre une fragilisation de l’œuvre pacificatrice et un réveil des tensions religieuses. C’est donc un antagonisme persistant qui, bien après 1598, structure les rapports interconfessionnels et la coexistence civile dans quatre diocèses bas-languedociens où les protestants dominent démographiquement : cette recherche portera donc sur l’étude diachronique et synchronique des évêchés de Nîmes, d’Uzès, d’Alès et de Viviers. La situation inédite de cette minorité catholique permet au roi de réaffirmer sa puissance aux dépens du parti huguenot. C’est le premier ensemble chronologique de ce sujet : entre 1610 et 1685, l’enjeu, qui était celui de la subordination du puissant parti réformé au monarque, se transforme en un autre impératif, celui de l’existence légale des protestants. Suite aux campagnes de Louis XIII entre 1622 et 1629, puis aux actions de Louis XIV qui aboutissent à la révocation de l’Édit de Nantes, l’existence de deux religions au sein d’un même royaume n’est désormais plus une entrave à la souveraineté royale. Grâce à des sources encore peu utilisées, l’étude prendra en compte les implications locales de ces décisions gouvernementales, ainsi que leur perception différenciée au sein des deux communautés confessionnelles. Le long XVIIIe siècle (1685-1815) constitue pour les réformés languedociens le temps du Désert : c’est la « grande épreuve du protestantisme nîmois ». Cette seconde période permet de problématiser le sujet sur deux thématiques stimulantes. La première s’attachera à étudier les figures du héros et de la victime : quelles sont les différentes formes de la violence religieuse, quels en sont les acteurs et quels sont les usages des mémoires des affrontements passés ? Dans ce cadre, l’analyse des relations entre le sacré et le profane dans une période de tensions interconfessionnelles permettra d’étudier tant les actions menées ou prônées par les institutions religieuses des deux communautés (consistoires, pasteurs, confréries de pénitents…) que celles entreprises par les individus eux-mêmes. À partir de cette recherche sur la dissidence et la résistance, il sera également possible d’étudier le rapport d’altérité, l’expression différenciée du sentiment religieux. Ainsi, alors que la situation religieuse se normalise dans le royaume au cours de l’époque moderne, il n’en est rien pour le Bas-Languedoc. C’est donc bien l’antagonisme confessionnel qui donne son unité à cet espace entre la fin de règne d’Henri IV et les débuts de la Révolution. En prenant en compte la longue durée, ce projet de recherche porte sur l’étude des mécanismes, des modalités de la violence intégrées, intériorisées, valorisées ou au contraire rejetées par le corps social ainsi que sur les conséquences au quotidien de cette « structure antagoniste » entre des « frères ennemis » (Robert Sauzet). Si l’échelle spatiale des quatre d