Cinéma algérien : autopsie d'un cinéma oublié

par Rachid Mersali

Projet de thèse en Etudes cinématographiques et audiovisuelles

Sous la direction de Giusy Pisano.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) depuis le 30-09-2011 .


  • Résumé

    Premier axe : Inventaire et indexation Dans un premier temps, il convient de traiter les 10 000 éléments cinématographiques, dont 5500 à la BNA. A cet effet, je me suis mis en rapport avec les responsables des archives en Algérie. Il est apparu alors que les films archivés aléatoirement ne possèdent, dans aucun des lieux qui les abritent, ni indexation ni le moindre répertoire (en fonction du genre et du sujet traité, par rapport au contexte, à la période de réalisation). L’histoire de l’Algérie à travers ses archives cinématographiques nécessite en priorité de réaliser ce travail d’indexation et d’inventaire. Les archives sont tout simplement mises sur étagère, sans catalogue ni inventaire exact. Les fiches techniques ne sont pas faites. Il est donc impossible de connaitre l’histoire de chaque œuvre. Ce retard est dû aux tensions politiques en Algérie dans les deux dernières décennies, notamment du fait des attentats des extrémistes (qui voulaient impérativement détruire ces archives, selon eux « les œuvres du diable »), mais il convient d’en établir précisément les raisons sur les plans historique, économique et social (notamment). Par ailleurs la priorité de l’Etat, dans cette période, n’était pas de produire d’autres œuvres cinématographiques, mais de garder déjà les existantes dans de bonnes conditions de conservation. L’Etat algérien ne s’est pas plus préoccupé des salles de cinéma : entre 1992 et 2000, on assista à la fermeture et à la dégradation totale ou partielle de 550 salles de cinéma dans tout le pays. Ajoutez à cela la dégradation des infrastructures et des propriétés de l’Etat à travers tous le pays, en sus des crises économiques, de l’insécurité et de l’instabilité du pays (coup d’Etat de 1965, assassinat du président Boudiaf en 1992) qui ont entrainé l’arrêt total du financement et de la production des œuvres de cinéma, et donc ont encore moins permis d’assurer correctement l’archivage. Autre facteur de paralysie : l’Algérie n’a jamais disposé d’une politique dans le domaine cinématographique qui accompagne les efforts de l’Etat au niveau du financement des productions et de la formation des metteurs en scène et des équipes de tournage. On remarque qu’il n’existe pas d’école ou d’institut de formation dans le domaine de l’audiovisuel et du cinéma, ainsi que de l’archivage. Ce premier axe se propose, par une recherche pragmatique, d’aborder une question théorique et pratique essentielle : comment indexer ? quelle place tient l’indexation dans l’ensemble des processus cinématographiques ? quelles relations l’indexation prend-elle en charge entre histoire et cinéma ? Deuxième axe : Exploration Viendrait ensuite le moment essentiel de l’exploration du fonds, c’est-à-dire visionner les 5500 archives cinématographiques présentes à la BNA de façon à en proposer un classement et une taxinomie permettant d’évaluer concrètement la teneur des archives en question. Cette phase serait également l’occasion d’une première sélection d’un certain nombre de films de fiction, à partir d’une méthodologie rigoureuse, dans l’optique de l’étude de cas que je me propose faire par la suite – déterminer la problématique attachée à ces films, analyser les contextes, diagnostiquer les processus filmiques retenus ou éliminés, etc. – en vue d’apporter un regard différent sur l’histoire de l’Algérie depuis cinquante ans par le prisme des films qui y ont été produits et réalisés. Troisième axe : Etudes de cas Enfin, je voudrais concrètement analyser, à partir d’un choix méthodologiquement argumenté, un certain nombre de films du cinéma algérien pour compléter mon travail de recension des archives et rendre compte de ce que l’on désigne classiquement comme les quatre périodes noires de l’histoire de l’Algérie. De telles études permettraient de situer l’histoire de l’Algérie et du cinéma algérien à travers quelques films représentatifs de son histoire. A ce stade de ma recherche j’envisage d’analyser : La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo (en coproduction avec l’Italie), Chronique des an


  • Résumé

    Nées de braise (1975) de Mohammed Lakhdar-Hamina, La Zerda ou les chants de l’oubli (1982) de Assia Djebar, Taxi el makhfi (1990) de Bakhti Benamar, Carnaval fi dachra (1994) de Mohammed Oukassi et Harragas (2009) de Merzak Allouache (film franco- algérien). A partir de ces films, je voudrais déceler et comprendre l’enjeu de ces productions et de leurs impacts sur la société. L’un des éléments les plus importants de ce travail – et qui rejoint pleinement la question de l’archive, de la trace, mais ici dans son absence – c’est qu’il n’existe pas de trace ni d’image qui marque la période meurtrie de l’Algérie. Pourquoi les cinéastes retenus ont-ils fait le choix de s’inscrire à contre-courant, ou du moins en extériorité, de l’histoire qui se faisait sous leurs yeux (étant entendu que les films ne sont pas, non plus, les simples reflets des contextes socio-historiques) ? Ce travail permettrait également de revenir sur la périodicité historique officielle de l’Algérie en montrant comment les films peuvent, à leur manière, écrire une histoire, ou une contre-histoire, nationale. Il s’agirait aussi de réfléchir aux enjeux économiques, sociaux et politiques attachés à l’absence du cinéma algérien sur la scène internationale, en cherchant à établir les raisons et les modalités de cette dégradation et l’impact qu’elle a pu avoir sur l’évolution du cinéma sur un plan culturel. L’étude de cas filmiques permettrait d’apporter à l’accumulation de savoirs hétéroclites quelques hypothèses explicatives en éclairant le rapport du cinéma national à la société algérienne.