Platon et ses esclaves

par Léo Boiteux

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Arnaud Macé et de Antonio Gonzales.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de École doctorale Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps (Dijon ; Besançon ; 2017-....) , en partenariat avec Logiques de l'Agir (laboratoire) depuis le 30-09-2021 .


  • Résumé

    Que peut-on gagner à prendre conjointement pour objet l'œuvre de l'un des auteurs les plus connus de l'Antiquité et la question de l'invisible main d'œuvre servile ? Un premier enjeu est tout simplement de mettre à niveau les études platoniciennes, qui progressent à chaque fois que la société grecque est mieux connue. Or l'historiographie de l'esclavage antique de ces vingt dernières années a insisté sur la multiplicité des rôles, statuts, et positions sociales des esclaves, loin de l'image réductrice que résume le couple maître/esclave. Plus particulièrement, c'est le concept de l'agentivité des esclaves qui a pris beaucoup d'importance, à savoir que même captifs de leur condition servile, les esclaves gardent une faculté d'agir et d'influencer leur condition propre et plus généralement la société – ce que les écrivains antiques, qui étaient des maîtres, ont le plus souvent passé sous silence, mais que l'on peut parfois retrouver entre les lignes. Qu'en est-il chez Platon ? De nombreuses figures d'esclaves circulent dans les dialogues platoniciens. Ces esclaves ne sont pas cachés, mais bien visibles ; ils parlent, agissent, et interviennent à des moments cruciaux. La philosophie et l'écriture platoniciennes ne peuvent donc se passer des esclaves. Comment a-t-on pu alors parler d'invisibles, quand ils étaient toujours déjà sous nos yeux ? Alléguer un manque d'attention serait manquer la complexité du problème. Car paradoxalement, c'est Platon lui-même qui contribue à dévaloriser les esclaves, et ce jusqu'à leur dissimulation. Entre mise en scène et tentative d'effacement, c'est donc une contradiction interne à la philosophie platonicienne qui laisse entrevoir un enjeu majeur d'interprétation. Ce n'est en effet pas un hasard si Platon, le premier à revendiquer le nom de philosophe, c'est-à-dire à porter la philosophie à la hauteur d'une institution, le fait d'une part à l'époque où l'esclavage devient lui-même une institution, et d'autre part en définissant la philosophie comme ce qui n'est pas servile. Qu'est-ce que la présence d'esclaves fait à la philosophie de Platon ? Et qu'est-ce que Platon fait des esclaves ? En scrutant la visibilité inattendue et jusqu'ici ignorée que Platon confère à ces invisibles, il s'agit ainsi de faire progresser la connaissance du corpus platonicien ainsi que du phénomène antique de l'esclavage, mais aussi la compréhension des rapports entre philosophie et esclavage comme institutions, dans leur liaison à la vie de la cité.

  • Titre traduit

    Plato and his slaves


  • Résumé

    What can we expect from an analysis of both Plato's well-known philosophy and the voiceless slave workforce? First of all, platonic studies must benefit from the results achieved by ancient history. The analysis of ancient slavery shows the multiplicity of roles, status, and social positions a slave could take. It is no longer solely defined by an abstract relation between servant and his master. Agency for instance, became a key concept: albeit their condition, a slave could act and must be considered as a social force - even if the ancient writers do not mention them too often. What of Plato in this regard? Many slaves can easily be found in his dialogues, speaking or acting to the extent that Plato's philosophy cannot be without them. How come then the so-called slave's invisibility? Surely, not from a lack of attention. Truth is Plato himself, while displaying slaves, often tends to pretend they are worthless, and slave-like manners should be eradicated. So here lies the tension, between staging slaves and making them disappear, and this contradiction might pinpoint a major interpretive issue. It is no coincidence that Plato should be the first to erect philosophy at an institutional level, at the same time slavery becomes an institution, and by defining philosophy the freemen's science, that is to say, not the slave's one. To put it in a nutshell: what does Plato do with his slaves and what does the presence of slaves do to Plato's philosophy? An analysis yet to be made of these highly visible yet hidden slaves should allow a better understanding of Plato's philosophy, alongside a better understanding of ancient slavery, and an improved comprehension of the boundaries between philosophy and slavery as crucial institutions of the ancient polis.