Genèse et structure du néocapitalisme : une lecture hégéliano-marxiste chez Michel Clouscard
| Auteur / Autrice : | Loïc Chaigneau |
| Direction : | Stéphane Haber |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Philosophie |
| Date : | Soutenance le 24/06/2025 |
| Etablissement(s) : | Paris 10 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Connaissance, langage, modélisation (Nanterre, Hauts-de-Seine ; 1992-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques (Nanterre ; 2004-...) |
| Jury : | Président / Présidente : Laurent Perreau |
| Examinateurs / Examinatrices : Stéphane Haber, Laurent Perreau, Estelle Ferrarese, Alexis Cukier | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Laurent Perreau, Estelle Ferrarese | |
| DOI : | 10.70675/1d36855fz0d4cz40cczb340z615cc156ea25 |
Mots clés
Résumé
Longtemps ignoré, Michel Clouscard est un philosophe et sociologue marxiste dont les travaux connaissent un regain d’intérêt, bien que souvent abordés de manière partielle. Loin d’être un simple continuateur du marxisme, Clouscard développe, dès les années 1970, un appareillage conceptuel original, s’inscrivant dans une trajectoire hégéliano-marxiste. Il prolonge ainsi la critique hégélienne du formalisme et de l’empirisme, appliquant cette démarche aux paradigmes des sciences humaines de son temps. Face au structuralisme de Lévi-Strauss et à la sociologie de Bourdieu, il cherche un moyen-terme dialectique qui permette de dépasser ce qu’il perçoit comme deux réductionnismes épistémologiques.Cependant, Clouscard ne se limite pas à une critique théorique. Il est l’un des premiers à dénoncer la radicalité contre-révolutionnaire du postmodernisme, qu’il identifie comme une stratégie idéologique du néocapitalisme. En s’attaquant à Louis Althusser, qui autonomise la superstructure et l’idéologie, il met en lumière le glissement progressif vers un postmarxisme compatible avec la social-démocratie libérale-libertaire. Clouscard rejette donc dos à dos positivisme et irrationalisme, afin de préserver une lecture dialectique orthodoxe de l’histoire, fidèle à la démarche de Lukács et du matérialisme historique. Son analyse du néocapitalisme est l’un de ses apports majeurs. Il montre comment le capitalisme avancé ne repose plus uniquement sur l’exploitation directe du travail, mais sur une colonisation du désir et de la consommation permissive. Là où le capitalisme fordiste disciplinait la classe ouvrière, le néocapitalisme détourne la contestation en la canalisant dans un marché du désir et de la transgression, instaurant ainsi une nouvelle hégémonie culturelle. Cette critique traverse toute son œuvre, de l’Être et le code au Traité de l’Amour fou, où il démontre comment le néocapitalisme s’étend à la psyché, aux mœurs et à la culture, intégrant ainsi les individus dans un mode de production totalisant. Dans cette perspective, Clouscard ne réduit pas le marxisme à une philosophie de la praxis, mais à une compréhension dialectique totale de l’histoire et de la subjectivité. Son projet consiste ainsi à renouveler le matérialisme dialectique en articulant les rapports de production et de consommation, dans une même analyse critique, visant non seulement à comprendre le monde, mais à permettre sa transformation.