Michel Clouscard : l'histoire comme totalité dialectique.

par Loïc Chaigneau

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Stéphane Haber.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) , en partenariat avec Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques (Nanterre) (laboratoire) depuis le 01-06-2021 .


  • Résumé

    Trop longtemps ignoré, Michel Clouscard est un philosophe et sociologue marxiste dont les travaux refont surface ces dernières années. Toutefois, c'est d'une manière très partielle que son œuvre est abordée. Loin d'être un énième penseur marxiste de plus, Michel Clouscard a pu développer un appareillage épistémologique et conceptuel singulier au cours des années soixante-dix et jusqu'à sa mort. Michel Clouscard s'inscrit dans toute son œuvre, de l'Être et le code (thèse d'État) en 1972 aux Chemins de la praxis en 2014 (œuvre posthume), dans une trajectoire hégéliano-marxiste et dans une filiation philosophique proprement léniniste. C'est en fonction de cette approche qu'il envisage d'ailleurs de prolonger la critique hégélienne du formalisme et de l'empirisme (du Droit naturel, 1802) en l'appliquant aux paradigmes des sciences humaines du XXème siècle. Position hégélienne s'il en faut, Clouscard cherche un moyen-terme entre le formalisme structuraliste d'un Lévi-Strauss et l'empirisme néo-positiviste d'un Bourdieu, notamment. Toutefois, ce triptyque permet une approche triangulaire originale du problème épistémologique qui touche les sciences historiques. Par ailleurs, et dans la continuité cette fois de Lucien Goldmann dont il a été le disciple, Michel Clouscard aborde les théories — qu'il critique à partir de leurs fonctions idéologiques — du non-dit dont la critique elle-même peut être le reflet (d'où ses critiques de la psychanalyse et de Lacan, du structural et de Lévi-Strauss, de l'ontique Heideggerien mais aussi du néo-positivisme). À partir de son opération critique, c'est tout un champ intellectuel prépondérant dans la seconde partie du siècle dernier qui peut être remis en question et surtout actualisé. Notre philosophe sera parmi les premiers à déceler la radicalité contre-révolutionnaire du postmodernisme qui croît en France à partir des années soixante. Il fait d'ailleurs de Louis Althusser « l'ennemi numéro un » parce que ce dernier découple complètement Hegel de Marx pour mieux s'attaquer à la dialectique, pourtant déjà qualifiée par Marx de « noyau rationnel » commun entre lui et Hegel, dans la Postface du Capital. Althusser, en donnant à la superstructure et donc à l'idéologie une quasi autonomie annonce déjà un renversement interne au marxisme, un renversement idéaliste et contre-révolutionnaire, qui conduira à l'actuel postmarxisme qui règne en maître dans les mouvements européens sociaux-démocrates. A rebours de cela, Michel Clouscard tente de rejeter dos à dos positivisme et irrationalisme, postmarxisme et marxisme-léninisme dogmatique pour prolonger une trajectoire qui est celle d'un marxisme orthodoxe de la méthode pour reprendre les mots de Lukács. C'est en ce sens qu'il souhaite enrichir le matérialisme dialectique et historique notamment dans une compréhension de l'histoire comme totalité dialectique où le marxisme ne se réduit plus à une seule philosophie de la praxis. En effet, pour Clouscard, il y a unité et engendrement réciproque de la psyché, de la subjectivité, et de la praxis. Un long voyage qui, de l'Être et le code au Traité de l'Amour fou nous invite à penser le champ macro-historique, tout en investissant pleinement ceux de la culture, de la psyché et des mœurs. Le matérialisme comme condition méthodologique objective, l'histoire comme point d'ancrage et la dialectique comme moyen pour comprendre et surtout transformer le monde, voilà le projet renouvelé par Michel Clouscard.

  • Titre traduit

    Michel Clouscard : history is a dialectical totality


  • Résumé

    After having been ignored for far too long, the works of Marxist philosopher and sociologist Michel Clouscard have resurfaced over the last few years. However, his works have been studied only partially. Far from being yet another Marxist thinker, Michel Clouscard has developped a unique epistemological and conceptual framework from the seventies until his death. Michel Clouscard's entire body of work, from his 1972 PhD thesis L'Être et le Code to his postumously published 2014 Les Chemins de la praxis, has been conceived within a Hegelian-Marxist trajectory and in a very much Leninist heritage. It is through this approch that he proposed to extend Hegel's critique of formalism and empiricism (On Natural Right, 1802) by applying it to the paradigms of 20th century social sciences. True to Hegel's thought, Clouscard has found a middle term between the structural formalism of Levi-Strauss and the neo-positivst empiricism of Bourdieu. However, this triptych allows an original triangular approach to the epistemological problem that effects social sciences. Furthermore, this time in continuity with Lucien Goldmann of whom he was a disciple, Michel Clouscard tackles the theories – which he criticizes from their ideological functions – of the unspoken which the critiques themselves can become the reflect (this is where comes from his critiques of psychoanalysis and of Lacan, of the structural and Levi-Strauss, of the Heideggerian ontic but also of neopositivism). From his operation of critique, it is an entire intellectual field that dominated the second half of the last century that can be questioned and most importantly updated. Our philosopher will be one of the first to uncover the counterrevolutionary radicality of postmodernism which grew in France since the sixties. Furthermore, he painted Louis Althusser as “enemy number one” because this thinker had completely decoupled Hegel from Marx in order to better undermine dialectics, even though Marx said that it was the “rational nucleus” that was common to him and Hegel, in the Capital's Afterword. Althusser, by giving superstructure and therefore ideology a quasi-autonomy already prepared the internal reversal of Marxism, an idealist and counterrevolutionary reversal that has led to the current postmarxism that rules over the European social-democratic movements. Going agaist this current, Michel Clouscard tried to reject back-to-back positivism and irrationalism, postmarxism and dogmatic marxism-leninism in order to prolong the trajectory that is one of the orthodox marxism of the method, as said Lukács himself. It is by going in that direction that he wished to enrich dialectical and historical materialism, in particular by an understanding of history as a dialectical totality where marxism is no longer reduced to being solely a philosophy of praxis. Indeed, according to Clouscard, there is unity and mutual growth between psyche, subjectivity and praxis. A long path from the L'Être et le Code to Traité de l'Amour fou invites us to think the macro-historical field while investing ourselves to those of culture, psyche and morals. Materaism as the objective methodological condition, history has the anchor and dialectics as the means to understand and most importantly to transform the world, such is the project renewed by Michel Clouscard