A critical perspective on collective arrangements tackling wicked problems in global supply networks : the case of the Roundtable on Sustainable Palm Oil

par Liliane CABRINI CARMAGNAC (Cabrini)

Projet de thèse en Sciences de gestion

Sous la direction de Valentina Carbone et de Valérie Weill.

Thèses en préparation à Paris 1 , dans le cadre de École doctorale de Management Panthéon-Sorbonne (Paris) , en partenariat avec ESCP Europe (equipe de recherche) et de ESCP Europe (equipe de recherche) depuis le 01-10-2016 .

  • Titre traduit

    Un regard critique sur les initiatives collectives face aux enjeux environnementaux et sociétaux dans les chaînes logistiques globales : le cas RSPO « Roundtable on Sustainable Palm Oil »


  • Résumé

    La déforestation, le changement climatique et la pauvreté sont devenus des sujets critiques de ce siècle. Chercheurs et praticiens les considèrent comme des défis sociétaux majeurs, et un nombre croissant d'entre eux les qualifient de « wicked problems » (problèmes complexes). Ce terme a été initié par Rittel et Webber en 1973 pour décrire un ensemble de situations particulières qui sont incertaines, uniques, complexes, impliquent de multiples causes possibles, difficiles à définir et à résoudre, et avec des conséquences indésirables pour la société (Rittel and Webber, 1973). En raison de leur nature, ces problèmes complexes ou « wicked problems » ne peuvent pas être traités de façon efficace par des acteurs individuels. Leur ampleur et leur complexité exigent une approche collective de la gouvernance, incluant une large multitude d'acteurs ayant des compétences et des expériences variées, chacun d'entre eux apportant une perspective différente au problème (Weber and Khademian 2008; Ferraro et al., 2015; Daviter, 2017; Reinecke and Ansari, 2016; Dentoni et al., 2018). L'objectif de cette recherche est de mieux comprendre le rôle des initiatives multi-acteurs ou collectives visant à traiter les problèmes complexes -« wicked problems »- dans le contexte des chaînes logistiques globales. Pour atteindre un tel objectif, il est important, dans un premier temps, de mieux comprendre le fonctionnement de ces initiatives collectives, leurs mécanismes de gouvernance, comment elles sont organisées, et quelles dynamiques politiques et de pouvoir sont présentes au sein de ces initiatives multi-acteurs dans le contexte des chaines globales. Cette étude s'inscrit principalement dans le domaine du management durable de la chaîne logistique (Sustainable Supply Chain Management ou SSCM). Malgré le fait que la littérature de ce champ reconnaît l'importance de prendre en compte les enjeux de développement durable tout au long de la chaîne et d'y inclure les différents acteurs, la réalité est que la plupart des recherches menées à ce jour se sont concentrées sur les relations dyadiques, mettant ainsi en évidence la perspective des entreprises focales (Lee, 2008; Mena, et al., 2013; Beske-Janssen, Johnson, and Schaltegger, 2015; Busse, Meinlschmidt and Foerstl, 2017; Foerstl, Azadegan, Leppelt and Hartmann, 2015). De ce fait, les recherches ont soit négligé les acteurs « non traditionnels » de la chaîne logistique (tels que les Organizations non-gouvernementales, les initiatives multi-partie prenantes), soit les ont simplement considérés comme des acteurs qui servent les intérêts de l'entreprise focale (Montabon, et al., 2016). La littérature en responsabilité sociale des entreprises (RSE), et en particulier l’approche politique de la RSE (PCSR en anglais pour Political CSR) apporte une nouvelle perspective à la littérature SSCM en explorant la pertinence et la légitimité des initiatives collectives face aux enjeux de développement durable. La littérature PCSR propose une série de critères permettant un transfert de la régulation de la sphère publique vers les acteurs privés. Par exemple, la participation démocratique est considérée comme un mécanisme clé pour la légitimité du processus (tels que l'inclusivité, la transparence et l’égalité), et pour la légitimité des résultats (tels que la couverture, l’efficacité et l’application) (Mena and Palazzo, 2012). L’ensemble de cette thèse repose sur une démarche inductive qualitative afin d’explorer les initiatives collectives à partir du cas de la RSPO. Plus précisément, l'analyse multimodale critique du discours (M-CDA) nous permet d’'intégrer de multiples ressources pour l’analyse non seulement des textes écrits mais aussi des médias, de la vidéo, de la voix ou des gestes. En tenant compte de la diversité des acteurs aux connaissances, perspectives et attentes multiples, une approche discursive semble appropriée pour étudier les initiatives multi-acteurs. Dans ce travail, l’analyse critique du discours est ainsi utilisée pour explorer les interactions, les relations et les contradictions entre le texte, l'image et la voix afin de révéler les récits et contre-récits présentés simultanément par les multiples acteurs de la RSPO. Au total, les données de cette étude comprennent : 66 vidéos, 29 entretiens, 57 articles de journaux, et une série de données secondaires (rapports annuels, code de conduite et statuts de la RSPO, observations lors de la participation à la conférence annuelle de la RSPO). Les résultats de cette thèse s'articulent autour de quatre articles, qui explorent les questions suivantes : (1) le rôle des acteurs « non traditionnels » dans la gouvernance du SSCM ; (2) les mécanismes employés par les initiatives collectives afin de promouvoir les pratiques durables tout au long de la chaine de l’huile de palme ; (3) les côtés « sombres » de ces nouvelles formes de gouvernance des « wicked problem » ; (4) la construction d'une identité collective et d'une autorité légitime pour faire face à ces problèmes complexes. Le premier article contextualise l'objet de d’étude (les initiatives collectives), en présentant trois rôles différents dans la gouvernance du développement durable : instigation, soutien et leadership. Le second article propose trois mécanismes utilisés par la RSPO pour diffuser le SSCM : (1) la production de principes, de mesures et d'outils ; (2) la coordination d'un réseau d'initiatives et de projets ; (3) la communication, les campagnes de sensibilisation et les activités de recrutement de nouveau membres. Malgré les résultats positifs de ces mécanismes, l'article montre aussi des côtés plus sombres liés aux questions de gouvernance, qui ont été ensuite explorés dans les articles suivants de la thèse. Le troisième article révèle explicitement les côtés « sombres » de la structure de gouvernance de la RSPO, en montrant comment l'organisation reproduit et même exacerbe le déséquilibre de pouvoir au sein de la chaine d'approvisionnement, masquant ainsi le rôle et la responsabilité des entreprises focales. Par conséquent, l’initiative collective transfère la responsabilité des pratiques durables aux deux extrémités de la chaîne globale, en mettant l’accent sur les consommateurs d’un côté et les petits producteurs de l'autre. Enfin, le quatrième article se distingue d’une vision de l'identité collective comme un élément homogène, en révélant que le discours lié à l’identité de l’initiative collective est en fait composé de trois facettes distinctes et co-existantes, chacune d'entre elles étant associée à un public spécifique et à une dimension différente du « wicked problem ». En nous appuyant sur l’analyse critique du discours, la contribution principale de cette recherche à la littérature en SSCM est l’adoption d’une logique plus intégrative au niveau supra-organisationnel, au lieu d’une vision linéaire de la chaîne logistique (dominée par la perspective de l’entreprise focale). Grâce à cette approche, il est possible de mieux comprendre le rôle des initiatives collectives dans le contexte des réseaux d'approvisionnement et de mettre en lumière les enjeux politiques et de pouvoir sous-jacents dans les différentes facettes du « wicked problem ». Les contributions de cette thèse s’inscrivent aussi dans la littérature « Political CSR », d’abord en s’éloignant d’une approche normative et, ensuite, en exposant des dynamiques de pouvoir subtiles et moins apparentes, et en mettant en évidence l'identité collective en tant que construction discursive politique à voix multiples et source potentielle de légitimité.


  • Résumé

    Deforestation, climate change and poverty have become some of the hottest topics of this century. Both scholars and practitioners recognize them as major societal grand challenges, with a growing number of academics referring to them as “wicked problems”. Due to their complex, uncertain and controversial nature, wicked problems cannot be effectively handled by individual actors. Their magnitude calls for a collective governance approach, including a wide range of heterogeneous actors with a diverse set of expertise and background, each of them bringing a different perspective to the problem. The purpose of this research is to better understand the role of collective arrangements tackling wicked problems in the context of global supply networks. This study is mainly framed within the field of sustainable supply chain management (SSCM). Although collective initiatives are the focus of a growing number of studies in the SSCM literature, scholars from the discipline still refer to these players as “nontraditional” supply chain actors. The political CSR (PCSR) theoretical stream complements the SSCM literature and provides a new perspective to shed the light on the effectiveness and legitimacy of collective arrangements in dealing with wicked problems in global supply networks. This research adopts an inductive qualitative approach and explores collective arrangements through the case of the Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO). The findings are articulated around four papers, exploring the following issues: (1) the role of nontraditional actors in the governance of SSCM; (2) the mechanisms employed by a leading collective initiative to promote sustainability along the palm oil supply network; (3) the “dark sides” of these new forms of governance of wicked problems and; (4) the construction of a collective identity and a legitimate authority in tackling wicked problems. In contrast to the current normative approach of PCSR, mobilizing the discourse analysis methodology in the PCSR field to shed light on the political multivocal discursive construction of collective identities, contributes to the exposure of subtle and less-apparent power dynamics, underpinning the legitimacy construction of collective initiatives. By adopting a critical approach, the main contribution of this research to the SSCM literature is the shift from the traditional SCM assumptions of linearity (dominated by the focal-firm-centric perspective) to a more integrative logic at the supraorganizational level. In doing so, it is possible to gain a more comprehensive understanding of the role of collective arrangements in the context of supply networks and reveal their underlying political and power struggles in framing the different facets of wicked problems.