La réflexion doctrinale sur le rôle de l'Etat dans le conflit religieux (XVIème-XVIIème siècles)

par Alexis Verhassel

Projet de thèse en Histoire du Droit et des Institutions

Sous la direction de Nicolas Leroy.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de Ecole doctorale Droit et science politique , en partenariat avec IHD - Institut d'Histoire du Droit (laboratoire) depuis le 07-10-2020 .


  • Résumé

    En 1998, les célébrations du quatrième centenaire de l'édit de Nantes s'inscrivaient dans la continuité des scandales sur le port du voile à l'école, réactualisant la question de la laïcité. Dans ce cadre, le règlement étatique des guerres de religions, entre la seconde moitié du XVIème siècle et le XVIIème siècle, en France mais également ailleurs en Europe, le conflit devenant international avec la guerre de trente ans. La question retrouve une actualité après 2015, année où les évènements ont amené à retrouver la notion de tolérance, mais dans une acception voltairienne. Ils ont également posé une question, qui existe déjà depuis 2005, celle de la révision de la loi de 1905, ou d'un statut politique de l'Islam de France, comme une réaction face à l'émergence d'une culture différente dans l'espace public, avec sa perception particulière de la loi et ses modalités d'expression propres. A ce titre, il apparait intéressant d'étudier une période, celle des guerres de religion, qui ont vu une religion autre que celle officielle faire irruption dans le royaume. Le contexte est évidemment différent, puisqu'alors la religion est ici partie intégrante de l'Etat. Néanmoins, cette période génère des débats autour de la place de l'Etat à cet égard, oscillant entre tolérance, plus ou moins large, et répression. Le sujet proposé invite à un travail d'étude bibliographique sur les œuvres de juristes, de philosophes ou de théologiens, qui livreraient aujourd'hui des enseignements intéressants face à la question de la révision de la loi de 1905. La question qui se pose alors est celle de savoir comment le pouvoir doit réagir, ou peut, face aux troubles religieux. Il s'agit également de se demander qui tolérer, pourquoi, et comment. Ce sont les débats idéologiques sous-jacents à la réaction juridique que nous nous proposons d'étudier, notamment à partir du corpus monarchomaque qui suggère un modèle politique idéal dans un contexte de guerre civile, à même d'admettre le pluralisme religieux. Ce corpus porte d'ailleurs en germe des catégories de pensée qui auront cours au sein des Lumières radicales, vers le milieu du XVIIème siècle. Face à cela, il nous faudra étudier en détail la réponse ligueuse et ultramontaine, qui ne veut pas admettre, fut-ce à titre temporaire, la diversité de foi. Les œuvres d'autres penseurs, notamment chez les « Politiques », permettront de restituer deux notions allant de paire à l'époque, celle de concorde et de tolérance. Ce « couple » est sans doute celui qui structure toute la pensée sur cette question. Nous nous intéresserons d'ailleurs en particulier à l'idée de tolérance, qu'il faut restituer, pour montrer comment elle s'incarne en droit.

  • Titre traduit

    doctrinal debate on the role of the state in religious conflict (16th to 17th centuries)


  • Résumé

    N 1998, the celebrations of the fourth centenary of the edict of Nantes were part of the continuity of scandals over the wearing of the veil in schools, updating the question of secularism. In this context, the state settlement of religious wars, between the second half of the 16th century and the 17th century, in France but also elsewhere in Europe, the conflict becoming international with the thirty-year war. The issue is back in the spotlight after 2015, when events led to the return to the notion of tolerance, but in a Voltairian sense. They also asked a question, which has already existed since 2005, that of the revision of the 1905 law, or of a political status of Islam in France, as a reaction to the emergence of a different culture in the public space, with its particular perception of the law and its own methods of expression. As such, it seems interesting to study a period, that of the wars of religion, which saw a religion other than the official one break into the kingdom. The context is obviously different, since then religion is an integral part of the state. Nevertheless, this period generates debates around the place of the state in this regard, oscillating between tolerance, more or less broad, and repression. The proposed subject invites a bibliographical study of the works of jurists, philosophers or theologians, who today would deliver interesting lessons in the face of the question of the revision of the 1905 law. The question arised then is whether the power should react, or can, to religious disorders. It is also a question of who tolerating, why, and how. It is the ideological debates underlying the legal reaction that we propose to study, particularly from the monarchomatic corpus that suggests an ideal political model in the context of civil war, able to admit religious pluralism. This corpus also carries into the germ categories of thought that will take place within the Radical Enlightenment, around the middle of the 17th century. Thus, we will have to study in detail the league and ultramontane response, which does not want to admit, even temporarily, the diversity of faith. The works of other thinkers, especially among the "Politics", will allow to reproduce two notions ranging from pairs to the time, that of concord and tolerance. This "couple" is probably the one who structures all the thinking on this issue. In fact, we will be particularly interested in the idea of tolerance, which must be restored, to show how it is embodied in law.