Psychodynamique de la honte chez les sujets incarcérés auteurs de comportements violents

par Vincent Combes

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de François Pommier et de Sara Skandrani.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation , en partenariat avec Clinique Psychanalyse Développement (laboratoire) depuis le 01-10-2019 .


  • Résumé

    La honte est omniprésente dans l'univers carcéral. « Honte pour notre République », clamait le Président Sarkozy au sujet de l'état des prisons devant le Congrès le 22 juin 2009. Honte des juges, pour qui la condamnation « est comme une honte supplémentaire que la justice a honte d'imposer aux condamnés » (Foucault, 1975, p.16). Honte de ceux qui travaillent au sein de l'administration pénitentiaire, « résultat d'une contamination morale à la fois par leur institution et par ceux qu'elle héberge » (Fassin, 2015, p.551). Honte des psychiatres et psychologues, dont l'expertise pénale est dévalorisée et méprisée (Zagury, 2016). Honte des familles embarquées malgré elles dans une « expérience dévastatrice, quand l'identité des acteurs est brisée par le stigmate associé au statut de proche de détenu » (Touraut, 2012, p.98). Et honte des détenus bien sûr, condamnés, rabaissés, mis à nus, humiliés. Cette omniprésence ne doit pas surprendre, tant la honte est le compagnon de route discret mais incontournable des constantes de l'incarcération : culpabilité, violence, addiction ou précarité. La culpabilité, présumée ou jugée, est le point commun visible et stigmatisant de tous les sujets incarcérés dans leur parcours judiciaire et pénitentiaire. La honte, n'est pas loin, silencieuse, cachée dans l'ombre de la culpabilité, au point d'être souvent confondue avec elle, et jamais mieux définie qu'en négatif par rapport à elle, dans un rapport dialectique entre les pôles : Idéal du Moi / Surmoi (Ciccone et Ferrant, 2015) ; être / agir ; mère archaïque / loi du père (Raoult et Labrune, 2014) ; fatalité / transgression ou relation narcissique / relation objectale (Green, 1969, p.178-180). La violence, autre constante de l'incarcération, est à la fois une source et un destin de la honte, dans une relation de causalité circulaire. Les violences subies, et les traumatismes qui les accompagnent, sont omniprésents dans l'anamnèse des sujets écroués. Ces violences, qu'elles soient physiques (maltraitance, viol), économiques (pauvreté, chômage), sociales (inégalités, injustices), symboliques (stigmatisation, disqualification, humiliation), psychologiques (dévalorisation, rejet affectif), sont souvent à la source de la honte (de Gaulejac, 2008, p.81-82). Quant aux violences commises, à l'origine de l'incarcération, violences verbales, physiques ou sexuelles, elles sont souvent un destin pour la honte ou l'humiliation et les sentiments de dégoût, de rage ou de haine de soi qui les accompagnent (Benslama, 2016 ; Gilligan, 2003 ; Rushdie, 1995 ; Stein, 2003). L'addiction et ses conséquences sont un autre trait commun à nombre de sujets incarcérés. Les liens entre honte et addiction sont bien connus : « s'il n'y avait pas la honte, il n'y aurait pas d'alcoolisme » (Maisondieu, 2014). Relations de causalité circulaire à nouveau, comme nous le rappelle avec poésie le buveur du petit prince de Saint-Exupéry. Enfin, la précarité économique et la ségrégation socio-culturelle, sont également des points communs de la démographie carcérale (Fassin, 2015, p.548 ; Harding, Morenoff et Wyse, 2019). Au point que la clinique carcérale doit naviguer entre Charybde et Scylla, entre le risque de trop psychologiser le social, ou de trop sociologiser du singulier (Lancelevée, 2016, p.106 ; Aubert et Scelles, 2007, p.12). Or, la honte, sentiment indissociable du lien social (Tisseron, 2014), germe sur ce terrain fertile d'« injustice sociale banalisée » (Dejours, 1998) et d'essentialisation culturelle (de Gaulejac, 1996, p.161). Omniprésente pourtant la honte n'est jamais évoquée en prison. Sourde, secrète, cachée derrière les barreaux, la honte est comme un « palimpseste impossible à repérer et qui circule souterrainement » (Levy, 2006) sur lequel viennent s'inscrire d'autres sentiments plus visibles, plus avouables : culpabilité, colère, rage, haine, tristesse, peur, envie, dégoût. A la fois émotion et sensation physique, chevillée au corps, la honte se dessine pourtant silencieusement chez les détenus derrière des regards fuyants, des poignées de main hésitantes, des dos voûtés, des propos maladroits et timides, des rougissements. La psychanalyse, qui reste très présente dans la clinique carcérale, s'est peu intéressée à la honte dans l'univers carcéral. En cela, la prison ne fait pas exception, la honte ayant longtemps été le point aveugle de la psychanalyse (rappelons que Laplanche et Pontalis n'ont pas jugé utile de définir la honte dans leur Vocabulaire de la psychanalyse), voire pour certains diamétralement opposées dans leurs logiques (Barazer, 2003) : impossible à dire pour la première, misant sur l'effet cathartique de la parole pour la seconde. Depuis quelques années, les recherches témoignent d'un intérêt croissant pour la honte, point de passage obligé dans l'analyse de la face cachée d'une société plus narcissique et des troubles psychiques afférents (Shah, 2016). A quelques exceptions près (Gilligan, 2003), la prison a échappé à ce regain d'intérêt. Notre projet de recherche doctorale consiste donc à poursuivre et approfondir ces premiers travaux sur la Psychodynamique de la honte chez les sujets incarcérés. Notre hypothèse principale est relative au caractère central de la honte dans la psychodynamique chez les sujets détenus, semblable à quatre poupées russes emboîtées dans la construction psychique des sujets incarcérés. Cette hypothèse peut être décomposée en quatre sous-hypothèses : * la honte prendrait sa source dans l'environnement socioculturel et familial des détenus ; * la honte serait au cœur de la psychodynamique délinquante ; * la honte serait amplifiée par l'incarcération ; * la honte serait transmise en héritage à la génération suivante.

  • Titre traduit

    Psychodynamics of shame for individuals incarcerated following violent behaviors


  • Résumé

    Work in progress