L'innovation dans l'agriculture numérique est-elle responsable ?

par Babatounde Biao

Projet de thèse en Sciences de Gestion

Sous la direction de Leila Temri et de Katherine Gundolf.

Thèses en préparation à Montpellier, SupAgro , dans le cadre de EDEG - Economie Gestion , en partenariat avec MOISA - Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs - (laboratoire) depuis le 26-10-2018 .


  • Résumé

    L'agriculture numérique est susceptible de contribuer à la réalisation de nombreux défis environnementaux et sociaux. Pourtant, l'impact environnemental et social du numérique en général, comme dans l'agriculture, est parfois dénoncé. Avec l'émergence de technologies controversées, le concept d'innovation responsable est apparu au début des années 2000. Outre un objectif environnemental ou social, il fait notamment référence à l'inclusion des parties prenantes tout au long du processus d'innovation, ainsi qu'à l'anticipation des impacts potentiels sociaux et environnementaux, y compris négatifs, que l'innovation pourrait avoir, afin améliorer son acceptabilité sociale. Dans ce contexte, la question que nous posons est la suivante : Parmi les innovations de l'agriculture numérique, une innovation plus responsable est-elle mieux adoptée par les agriculteurs ? Pour répondre à cette question, il sera nécessaire dans un premier temps de réaliser une étude bibliographique sur l'innovation responsable, afin d'élaborer une définition pertinente vis-à-vis des technologies de l'agriculture numérique. Ce concept est apparu au début des années 2000, et se développe aujourd'hui rapidement au sein de différentes communautés académiques dans le monde. Il concerne principalement des technologies très controversées (biotechnologies, nanotechnologies), mais aussi les TIC (Stahl, 2012 ; Ait-Daoud, 2012 ; Buscher et al., 2014). Il a été adopté et développé dans la politique de recherche et d'innovation de l'Union européenne qui cherchait à rapprocher science et société sous la dénomination « recherche et innovation responsables » (RRI pour « responsible research and innovation »). Le concept a été largement développé depuis 2010. Il est fondé sur l'idée que la recherche et les innovations auront une meilleure acceptation sociale si elles sont co-construites avec différentes catégories d'acteurs concernés, depuis les chercheurs et innovateurs jusqu'aux citoyens, en passant par les industriels, les ONG etc. , et si les conséquences, y compris négatives, sont anticipée dès le début du processus. Von Schomberg (2011) est le premier à en avoir donné une définition académique : « Responsible Research and Innovation is a transparent, interactive process by which societal actors and innovators become mutually responsive to each other with a view to the (ethical) acceptability, sustainability and societal desirability of the innovation process and its marketable products ( in order to allow a proper embedding of scientific and technological advances in our society”). D'autres définitions ont ensuite été proposées. Ce concept est aujourd'hui décliné non seulement pour les projets de recherche européens, où il fait l'objet d'un axe transversal du projet H2020, mais aussi dans les entreprises (Ingham, 2011 ; Pavie, 2012). Certains travaux ont déjà débuté dans l'agriculture (Eastwood et al., 2017). La définition produite permettra de caractériser le « degré » de responsabilité de l'innovation à partir des finalités de cette innovation, et des modalités du processus. Une seconde étude bibliographique sera nécessaire pour recenser à la fois les avantages des technologies numériques agricoles, mais aussi les impacts sociaux et environnementaux négatifs qui lui sont potentiellement attribués. Plusieurs états des lieux ont d'ores et déjà été réalisés dans le domaine du numérique en général (Breuil et al., 2008 ; Faucheux et al. 2010), en soulignant les avantages comme les inconvénients avérés ou potentiels. Ainsi, l'optimisation de l'utilisation de différentes ressources, énergétiques notamment, grâce par exemple à la dématérialisation, la possibilité de réalisation de différentes opérations à distance, qui diminue les déplacements, ou encore la collecte de nombreuses données susceptibles de permettre une meilleure gestion de problèmes environnementaux par exemple (Faucheux et al., 2010) sont reconnus comme des avantages procurés par les TIC. Mais la production des technologies de l'information consomme des matières premières, dont certaines rares et chères, et de l'énergie, parfois non renouvelable. Leur utilisation consomme également de l'énergie, en particulier électrique. Enfin la gestion de la fin de vie de nombreux objets à base de technologies de l'information pose encore un certain nombre de problèmes non résolus, comme la libération de substances toxiques dans l'environnement (Ait Daoud et Bohas, 2013). En outre, les TIC sont susceptibles d'induire une « fracture numérique », autrement dit une inégalité d'accès à ces technologies et donc à leurs bénéfices, selon les régions ou les personnes, en particulier du fait du prix élevé de certaines d'entre elles, ou des compétences qu'elles nécessitent. Pour l'agriculture numérique, cet inventaire n'a pas été fait de manière systématique. L'ouvrage de Tardieu (2017) fournit une première approche déjà bien documentée. D'autres travaux plus scientifiques concernent certains secteurs agricoles (Eastwood et al., 2017). Cette analyse permettra d'affiner les résultats précédents en prenant en compte les impacts potentiels de ces innovations de l'agriculture numérique. Il sera nécessaire de définir le périmètre d'analyse de ces impacts, en fonctions des cas choisis. En troisième lieu, un échantillon d'innovations, partant soit de la recherche, soit d'entreprises, sera identifié. Il s'agira d'études de cas approfondies, dans les pays du Nord mais aussi du Sud. Il sera nécessaire de caractériser ces innovations en termes de responsabilité. Pour cela, les processus d'innovation devront être repérés et explicités, à l'aide d'entretiens semi-structurés avec différents acteurs. Un recours à la littérature concernant l'analyse de processus sera nécessaire (voir notamment Van de Ven, 1992 ; Pettigrew, 1997 ; Grenier et Josserand (2003), Oiry et al., 2010). Les finalités, les modalités de réalisation, en particulier celles d'anticipation des impacts de ces innovations, et d'intégration précoce des parties prenantes dans le processus d'innovation, seront identifiés. Il sera nécessaire de disposer du point de vue des innovateurs comme des autres parties prenantes, en particulier les utilisateurs. Le terrain choisi est celui des applications smartphone à destination de l'agriculture. Certaines études de cas seront réalisées dans des pays du Sud. Enfin, l'adéquation de ces innovations aux besoins des utilisateurs, ainsi que l'impact en termes de durabilité devront être évalués. Il sera possible, à cet égard de s'appuyer sur la littérature concernant la responsabilité sociale des entreprises, ainsi que des échelles de mesure déjà existantes.

  • Titre traduit

    Is innovation in smart agriculture responsible ?


  • Résumé

    Smart agriculture is likely to contribute to the improvement of sustainability. However its environmental and social impacts are sometimes denounced. In fact, with the appearance of controversial technologies, such as biotechnologies, nanotechnologies, but also ICT in general, the concept of responsible innovation has emerged at the beginning of the 2000's, and since gained attention in the world, especially in developed countries, such as those situated in Europe. Responsible innovation refers to the inclusion of the stakeholders into the innovation process, and to the anticipation of social and environmental effects an innovation may induce. Given this, we may ask our self the following question: Does responsible innovation lead to a better adoption of digital agriculture innovations? To answer to this question, it will be necessary: 1) To clarify concepts and definitions (responsible innovation, digital agriculture). 2) To draw up an inventory of the advantages and negative impacts digital technologies may have, especially in agriculture. 3) To identify relevant case studies, in the field of digital agriculture innovations, to describe innovation processes, and characterize them in terms of responsibility, using qualitative methods. 4) To assess the adequacy between the innovation process and users adoption. 5) Finally, recommendations could be made for improvement of processes, and a method could be proposed. The case studies will be chosen in the field of smartphone apps for agriculture. Some of them will come from southern countries to enrich the analysis.