Les expériences de guerre des civils pendant le conflit franco-prussien à travers les écritures de soi (1870-1914).

par Sandra Chapelle

Projet de thèse en Histoire culturelle

Sous la direction de Odile Roynette.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de LECLA - Lettres, Communication, Langues, Arts , en partenariat avec ELLIADD - Éditions, Langages, Littératures, Informatique, Arts, Didactiques, Discours (laboratoire) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    Le sujet de recherche : « Être en guerre : l'expérience des civils au miroir du journal intime (1870-1873) » repose sur une approche pluridisciplinaire qui croise l'histoire du conflit franco-allemand dans ses dimensions sociales et culturelles d'une part et, d'autre part, l'histoire des textes, puisqu'il s'agit de saisir les modalités de l'écriture de soi en temps de guerre à travers un corpus de journaux intimes manuscrits et imprimés produits pendant le conflit. Un tel sujet a pour ambition de mieux saisir les formes de l'expérience de guerre traversée par des hommes et par des femmes qui, sans être directement impliqués dans les combats, étaient bel et bien en guerre, parce que leur ville ou leur village furent envahis puis occupés par les armées allemandes, ou parce que, à l'abri de l'invasion, ils en observaient – parfois de très près – les ravages et ont cherché à en garder une trace écrite. Il s'agit, par conséquent, de renouveler l'approche historique de ce conflit en déplaçant le regard du côté des civils et des formes de l'écriture à la première personne en temps de guerre, puis pendant l'occupation allemande. Une telle approche constitue, à l'heure actuelle, un angle mort de la recherche historique sur le conflit de 1870-1871, elle-même en retrait par rapport aux renouvellements de l'historiographie de la Première Guerre mondiale depuis plus de vingt ans (inauguration de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne dans la Somme en 1992). À cet égard, les travaux qui ont porté sur l'expérience des civils occupés et sur les comportements collectifs à l'intérieur des « fronts intérieurs » entre 1914 et 1918 ont connu de notables avancées (Annette Becker, Helen McPhail, Laurence Van Ypersele, Philippe Nivet notamment) qui rendent d'autant plus nécessaire une meilleure connaissance des expériences civiles pendant la guerre de 1870-1871, l'enjeu étant de mieux comprendre les spécificités de cet épisode guerrier en lui restituant sa singularité propre. À l'heure actuelle, quelques travaux, centrés sur les modalités de l'occupation étrangère et les adaptations trouvées par les populations civiles sont en cours (Guillaume Parisot, Inès Ben Slama). Mais aucun n'est consacré aux journaux intimes écrits par des civils pendant le temps de la guerre. Du côté de l'histoire des textes, l'écriture intime des civils pendant la guerre de 1870-1871 constitue également un point aveugle de la recherche. Les travaux de Philippe Lejeune sur le journal intime, tout particulièrement au XIXe siècle, ont largement ouvert la voie avec des outils aussi efficients que la notion de « pacte autobiographique », mais, pour l'heure, ils n'ont pas conduit à examiner – ou à réexaminer – le conflit de 1870-1871 à travers ces textes. L'enjeu du sujet que nous proposons est donc double : mieux connaître l'expérience des civils confrontés à l'événement guerrier en 1870-1871 et questionner la prise de conscience de l'être intime dans l'écriture. Il existe, pour mener à bien un tel sujet, un vaste corpus de journaux intimes de civils rédigés pendant la guerre qui sont restés à l'état de manuscrits ou bien ont été publiés peu de temps après, ou, au plus tard, dans la première décennie du XXe siècle. Quarante-cinq journaux écrits depuis la Franche-Comté, la Côte-d'Or, Paris, le Vaucluse, le Rhône, la Marne, la Somme, le Bas-Rhin, l'Eure-et-Loir, la Meuse et le Loiret constituent d'ores et déjà une masse textuelle accessible qui permettra au chercheur d'interroger, à partir de situations très variées et socialement différenciées, l'écriture des civils en temps de guerre. À l'horizon de cette recherche est attendue une connaissance renouvelée d'un conflit majeur de la fin du XIXe siècle et des formes de son récit.

  • Titre traduit

    War Experiences of civilians in the franco-prussian war through their personal writings (1870-1914)


  • Résumé

    The subject of research: "War experiences of civilians in the franco-prussian war through their personal writings (1870-1914)" is based on a multidisciplinary approach that crosses the history of the Franco-German conflict in its social and cultural dimensions. on the other hand, the history of the texts, since it is a question of seizing the modalities of the writing of oneself in time of war through a corpus of handwritten and printed diaries produced during the conflict. The purpose of such a subject is to better understand the forms of the war experience traversed by men and women who, without being directly involved in the fighting, were indeed at war, because their city or their village were invaded then occupied by the German armies, or because, protected from invasion, they observed - sometimes very closely - the ravages and sought to keep a written record. It is therefore a question of renewing the historical approach of this conflict by shifting the gaze to the civilians and forms of first-person writing in time of war, and then during the German occupation. Such an approach is, at the present time, a blind spot for historical research on the 1870-1871 conflict, which is itself in retreat from the renewals of the historiography of the First World War for over twenty years ( inauguration of the Historial of the Great War of Péronne in the Somme in 1992). In this regard, the work that has focused on the experience of civilian civilians and on collective behavior within the "interior fronts" between 1914 and 1918 has made notable progress (Annette Becker, Laurence Van Ypersele, Helen McPhail, Philippe Nivet in particular) which makes all the more necessary a better knowledge of the civil experiments during the war of 1870-1871, the stake being to better understand the specificities of this warlike episode by restoring to him its own singularity. At the moment, some works, centered on the modalities of the foreign occupation and the adaptations found by the civil populations are in course (Guillaume Parisot, Inès Ben Slama). But none are devoted to the diaries written by civilians during the time of the war. As for the history of texts, the intimate writing of civilians during the war of 1870-1871 is also a blind spot of research. Philippe Lejeune's work on the diary, especially in the nineteenth century, has largely paved the way with tools as efficient as the concept of "autobiographical pact", but for the moment, they have not led to examine - or to re-examine - the conflict of 1870-1871 through these texts. The challenge of the subject we propose is therefore twofold: to better know the experience of civilians confronted with the warlike event in 1870-1871 and to question the awareness of the intimate being in writing. In order to carry out such a subject, there is a large body of private diaries of civilians written during the war which have remained in manuscript form or have been published shortly afterwards, or at the latest in the first decade of the twentieth century. Forty-five diaries written from Franche-Comté, Côte-d'Or, Paris, Vaucluse, Rhone, Marne, Somme, Bas-Rhin, Eure-et-Loir, Meuse and Loiret already constitute an accessible textual mass that will allow the researcher to interrogate, from very different and socially differentiated situations, the writing of civilians in time of war. On the horizon of this research is expected a renewed knowledge of a major conflict of the late nineteenth century and forms of his story.