LA DIPLOMATIE FRANçAISE FACE A L'APARTHEID DE 1981 A 1995

par Kouame Yocoly

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Michel Catala.

Thèses en préparation à Nantes en cotutelle avec l'Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d'Ivoire) , dans le cadre de STT - Sociétés, Temps, Territoires (Nantes) depuis le 04-04-2016 .


  • Résumé

    L’apartheid chute définitivement en 1994 avec l’arrivée au pouvoir de la majorité noire dirigée par l’emblématique Nelson Mandela. Aujourd’hui, les archives même si la majeure partie restent encore non déclassifiées, l’Afrique du Sud présente encore un intérêt majeur pour tout chercheur historien. Le débat reste toujours ouvert sur certains points d’ombre tels que l’assassinat en septembre 1988 de Dulcie September, du soutien français à l’apartheid, etc. Cette étude se propose de revenir sur la diplomatie française vis-à-vis de la politique de ségrégation raciale sous le pouvoir socialiste. En mai 1948, le Party National accède au pouvoir en Union Sud-Africaine. Aussitôt, il met en place l’apartheid qui en réalité est une attitude politique antérieure à l’année 1948. L’origine de l’apartheid, mot Afrikaans qui désigne « séparation » ou « développement séparé » remonte aux années 1911 et 1936 lorsque les autorité adoptent des textes comme le montre le tableau ci-dessous. Les législations de ces trois années jettent officiellement les bases de l’apartheid. Ces textes qui touchent l’emploi, la liberté de mouvement, les territoires d’occupation et la vie politique démontrent l’antériorité de l’apartheid à l’année 1948. En 1960, lorsque la majorité des Etats africains accèdent à l’indépendance, une vive protestation contre cette pratique politique en Afrique du Sud voit le jour. Cette situation est confortée trois années plus tard, en 1963 avec la naissance de l’OUA. Les membres dénoncent le système d’apartheid dans toutes les instances internationales. Contrairement à l’opposition de la communauté africaine à ce système, les pays occidentaux notamment la France pour des raisons d’intérêts nucléaires, militaires et commerciaux entretenaient des relations étroites avec le régime sud-africain. Des relations taxées de « relations spéciales » dans la thèse de Anna KONIECZNA, ayant travaillé sur la question. Pour Anna K., la relation franco-sud-africaine peut-être caractérisée de « spéciale » à cause de la spécificité de ses éléments constitutifs et aussi, parce qu’elle repose essentiellement sur la coopération dans les domaines « sensibles » notamment militaro-stratégiques. La coopération franco-sud-africaine selon Dominique Darbon, dans son article : « Les relations franco-sud-africaines depuis 1977 » paru dans un ouvrage collectif intitulé La France et l’Afrique du Sud : histoire, mythes et enjeux contemporains, se noue dès 1963 et est caractérisée par le fait que « chacun des partenaires fait appel à l’autre pour se prémunir contre des pressions ou politiques internationales qui vont à l’encontre de ses intérêts » De 1960 jusqu’à fin des années 1970, la France maintient ainsi une position indécise vis-à-vis des autorités sud-africaines et de leur système d’apartheid. C’est la période où la France et l’Afrique du Sud cherchaient tous les deux à s’affirmer comme puissance militaire et nucléaire dans le monde. D’ailleurs, c’est en 1960 que l’Union Sud-Africaine devient République sud-africaine en quittant la Commonwealth hostile à sa politique raciale. En ce qui concerne la France, le thème indépendance est tout autre. Il s’inscrit dans le domaine militaire d’une part et d’autre part dans le domaine diplomatique. Après la seconde guerre mondiale, il s’en suit la course aux armements dans un contexte de guerre froide. L’obtention de l’arme nucléaire était une garantie pour adopter la stratégie de la dissuasion nucléaire. Le rapprochement avec l’Afrique du Sud dans les années 60 visait à régler cette équation. Sous les pouvoirs gaullistes, la défense de ces intérêts nucléaires symbolisés par la signature de grands contrats restait le fondement de toute diplomatie à l’égard de l’Afrique du Sud. Vers la fin du mandat de Giscard D’Estaing, plus précisément en 1977, que l’isolement de l’Afrique du Sud apparaît dans la définition de la politique sud-africaine de la France malgré qu’elle ne soit pas globalement effective. C’est en 1977 que la France décrète pour la première fois un embargo sur les exportations d’armes vers l’Afrique du Sud dans une résolution 418 du 4 novembre adoptée à l’unanimité. Le vote par la France de cette résolution s’explique par plusieurs raisons dont les plus importants sont les suivantes : - la pression des pays africains face à la déstabilisation sud-africaine des pays voisins dont celle de l’Angola était d’actualité ; - le massacre de Soweto du 16 juin 1976 qui démontre une fois encore l’utilisation des armes française en Afrique du Sud dans les répressions des mouvements anti-apartheid ; le rôle d’éclaireur joué par les Associations religieuses et non-religieuses, les ONG, les mouvements anti-apartheid ou anti-raciste et autres sur la situation socio-politique en Afrique du Sud et les ventes d’armes du gouvernement français en Afrique du Sud comme en témoigne les documents de la commission d’enquête sur l’apartheid en Afrique du Sud publiés en 1978 ; etc. Face à ces pressions, la France se résolut d’admettre la Résolution 418 de 1977 prévoyant une cessation et une abstention immédiate de livraison et de coopération au plan armement avec l’Afrique du Sud. Même si en votant la Résolution 418 du 4 novembre 1977 la France met fin à l’opposition du dernier membre permanent du Conseil de Sécurité à l’embargo sur les ventes armes à l’Afrique du Sud, la position française restait confuse. En effet, le 8 décembre 1977, l’ONU vote la Résolution 421 avec pour instrument le Comité 421 ou comité anti-apartheid. La Résolution vient compléter les dispositifs précédents et propose des moyens pour rendre l’embargo plus effectifs. Ainsi, le Comité 421I souhaite étendre la Résolution 418 à tous les matériels susceptibles d’être utilisés par les forces de sécurités sud-africaines à savoir : les matériels à doubles finalités ou matériels civils (ordinateurs, carburants, les aéronefs, les matériels de télécommunication, …) et les matériels à caractères purement militaires. Le Comité 421 va même plus loin dans son rapport remis au Conseil de Sécurité dans lequel il interdit toute forme de coopération nucléaire avec l’Afrique du Sud qu’elle soit militaire ou civile. Or Paris a signé plusieurs contrats dont celui de construction des centrales nucléaires à Koeberg avec Pretoria. Le bras de fer opposé par le Comité 421 à la France semble ne pas perturbé cette dernière puisque Paris ignorait l’existence de cet instrument de lutte onusien contre l’apartheid. Les enjeux d’une quelconque validation de ce texte peut compromettre les intérêts français en Afrique du Sud. En décembre 1948, l’ONU adopte le rapport du Comité 421 sans toutefois aboutir à l’inclusion de la coopération nucléaire civile dans l’embargo obligatoire. Cependant, force est de reconnaître que les Résolutions 418 et 421 viennent changer la donne diplomatique au sein du Conseil de sécurité. Elles montrent les forces et faiblesses d’une validation ou pas des résolutions onusiennes de sanctions à l’encontre de l’Afrique du Sud. Une situation qui réconforte la position dualiste de la France dans sa diplomatie multilatérale jusqu’au début des années 1980. En 1981, la perception de l’apartheid à l’Elysée change radicalement en raison du respect des valeurs de la République : respect des Droits de l’Homme et des Libertés. Le discours de 1981 à Mexico du premier Président socialiste de la Ve République, même s’il ne s’adresse pas directement aux peuple opprimés de la RSA, sonne le glas d’une diplomatie dualiste de Paris face à l’apartheid. On peut donc parler de « rupture » de cette relation « spéciale » entre la France et l’Afrique du Sud, dans un monde informé sur la situation sud-africaine, une opinion française plus que jamais alarmée du caractère contradictoire du système ségrégationniste vis-à-vis des principes de liberté et d’égalité. Le combat étant déjà engagé par le régime giscardien qui n’avait d’autre choix que d’accepter le changement au sein même de l’ONU, la France se devait s’y impliquer dans le démantèlement de l’apartheid. Cette étude basée pour l’essentiel sur les sources d’archives des postes et de Département ainsi que d’autres sources telles que celles des Archives nationales, des Archives socialistes et autres a deux types d’objectifs : l’objectif principal et les objectifs secondaires. L’objectif principal de cette thèse est de défendre notre position portant sur l’effectivité de la rupture donc de la politique de durcissement de Paris contre Pretoria. La démarche est de présenter l’évolution des prises de positions, des faits marquants, de la diplomatie de coercition de la France vis-à-vis de l’apartheid et ses limites sous la gauche jusqu’à la mise en place du premier régime noir sud-africain. Les objectifs secondaires consistent quant à eux à montrer la force des « diplomaties plurielles » ou force d’influence extérieure au système diplomatique classique dans le changement d’attitudes des acteurs clés du système décisionnel français. Répondre à cette objectivité demande une place de choix dans notre travail aux transformations de la figure traditionnelle de prise de position de la France souvent soumise à des pressions des acteurs extérieurs ou « intrus » au système décisionnel.

  • Titre traduit

    French diplomacy against apartheid from 1981 to 1995


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