Elaborer l'unique à partir du même

par Jean-François Leroy

Thèse de doctorat en SACRe, arts visuels

Sous la direction de Guitemie Maldonado.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales , en partenariat avec Équipe d'accueil SACRe - Sciences, arts, création, recherche (Paris) (laboratoire) et de École Nationale Supérieure des Beaux-Arts (Paris) (établissement opérateur d'inscription) .


  • Résumé

    Elaborer l'unique à partir du même Emprunté à Marion Delage de Luget et, plus précisément au texte pour l'exposition Et pour matériau, les standards (La Permanence, Clermond-Ferrand, 2013 / commissariat : Kurt forever), ce titre, « Élaborer l'unique à partir du même », ne constitue pas seulement un sujet mais un principe d'être avec le monde ; il fait directement écho aux formes que je manipule au quotidien. Le même / l'unique : -l'objet en série vs l'objet singulier -l'objet produit vs l'objet expérimenté -la ressemblance vs la dissemblance Partir d'une forme commune, d'une forme pauvre de notre temps, se l'approprier, la démembrer, l'associer pour arriver à une forme unique, c'est aussi, d'une certaine manière, refuser l'esprit de système. C'est utiliser le réel pour ne pas le décrire. Aujourd'hui, j'identifie deux grandes catégories de matériaux dans ma pratique : - les matériaux industriels qui n'ont pas encore d'histoire(s), de charges qui apparaissent avec fonction de structure, de construction. - les matériaux récupérés qui constituent le fonds d'atelier, des formes a priori sans qualités qui ont perdu leur valeur d'usage, et donc leur rôle économique. J'utilise donc des « éléments précontraints » (Claude Levi-Strauss) afin d'aboutir à une sorte de bricolage de l'industrie. Dans l'atelier, ce lieu où se rencontrent différents registres de formes, j'exploite le potentiel tant sculptural que pictural de ces « éléments précontraints », en procédant par déduction. Je les réactive en tenant compte de leurs spécificités, format, épaisseur, élasticité, couleur… J'assimile d'ailleurs la couleur à un matériau : la peinture Il y a trois ans, à l'invitation de Yann Owens de Franciscopolis Edition, j'ai engagé la série All comes from a plan, qui consiste en une tentative de mise à plat de mon travail par le filtre de la sérigraphie. Par la sérigraphie, je tente de synthétiser l'expérience sensible que l'on peut avoir lors de l'appréhension réelle du travail. À aucun moment il n'est question de reproduire les pièces mais plutôt d'en comprendre la généalogie. Une manière de retrouver le pourquoi initial. Dans ce processus d'appropriation, de déplacement, de transformation et de composition, il y a la volonté de créer des objets qui souligneraient à quel point toute forme porte en elle son propre discours, sa propre métaforme. J'ai pensé cette thèse comme une succession d'indices en pratique sur ma pratique. Elle relève donc de l'objet plastique -- qui renvoie de manière directe à / plus encore : qui est ma façon de travailler Cette thèse n'a jamais été envisagée comme pouvant venir compléter la pratique (pire : l'éclairer) ; car elle est elle aussi cette pratique. Elle est pièce, fait pièce, tout comme les pièces sont des objets de recherche. L'édition (présente) relève entièrement de mon processus de travail, elle est constituée de 3 objets imprimés : A. Des notes, mes notes. Arrangées ? Réarrangées ? Ne pas expliquer : ni cela, ni le travail. Refuser la narration, accepter peut-être le récit : celui des matériaux à l'atelier. B. Une documentation non-exhaustive de mon travail depuis 2007, pièce par pièce. C. 59 éléments faisant circuler – les articulant entre eux, et parfois les désarticulant volontairement – 4 registres de formes différents : - 39 formats 22,5 x 28 cm, prélevés par recadrage dans la série All comes from a plan - 20 prises de notes photographiques dont 12 de situations d'atelier et 8 d'espaces publics. - 12 collages et dessins - 15 sources textuelles provenant d'écrits d'artistes, de critiques, d'historien-ne-s d'art, de philosophes, d'anthropologues, d'écrivain-e-s.

  • Titre traduit

    Creating the unique from the same


  • Résumé

    Deriving the Unique from Sameness Borrowed from Marion Delage de Luget — and more precisely from the text for the exhibition Et pour matériau, les standards (La Permanence, Clermont-Ferrand, 2013 / curator: Kurt-forever) — the title "Deriving the Unique from Sameness " is not only a subject, but also a principle for being with the world; a direct echo of the forms I handle on an everyday basis. Sameness/the Unique - the mass-produced object v. the singular object - the produced object v. the lived object - similarity v. dissimilarity Starting out with a common form, a cheap form of our time, appropriating it, dismembering it, associating it to obtain a unique form, is also, so to speak, a rejection of the spirit of system. Using reality so as not to describe it. At present I can identify two main categories of materials in my practice: - the mass-produced materials which do not yet have any history and are not freighted with any structural or constructional function. - the salvaged materials that make up the studio's assets: forms in theory with no status, forms that have lost their use value and with it their economic role. So I use what Claude Levi-Strauss calls "prestressed elements" to achieve a kind of industrial bricolage. In the studio, this place where different registers of forms meet, working by deduction I exploit the equally sculptural and painterly potential of these "prestressed elements". I reactivate them, taking into account their specific features: format, thickness, elasticity, colour and so on Three years ago, at the invitation of Yann Owens at Franciscopolis Edition, I embarked on the series All Comes from a Plan, an attempt at an overview of my work through the prism of silkscreening. Reflecting on the specifics of the medium, I try to encapsulate the sensory experience one can have when you really grasp what your work is about by trying to understand its genealogy. A way of returning to the initial why. This method of reinterpretation led me from screenprinted publishing to screenprinted sculpture: from sameness to the unique (think the exhibition En double aveugle [Double Blind] at Instants Chavirés). In a circularity that's important to me. In this process of appropriation, displacement, transformation and composition, there is an urge to create objects that emphasise the extent to which every form bears within itself its own discourse, its own metaform. This thesis has never been envisaged as able to round off the practice (or, even worse, clarify it); for it too is the practice. It is an integral part of it, a piece, just as pieces are subjects for research. Thus it has to do with the plastic object — which relates directly to / and in addition: which is my way of working The (present) publication has to do entirely with my work process and comprises 3 printed objects:: A. Notes: my notes. Arranged? Rearranged? No explanation: of that or the work. Reject narrative, maybe accept a story: the story of the materials in the studio. B. Non-exhaustive documentation of my work since 2007, piece by piece. C. 59 items requiring movement — interconnecting them and sometimes deliberately disconnecting them — 4 different registers of forms: - 39 formats 22,5 x 28 cm, selected by cropping from the series All Comes from a Plan. - 20 photographic notes: 12 of studio situations, 8 of public spaces. - 12 collages and drawings -15 text sources from writings by artists, critics, art historians, philosophers, anthropologists, writers.