La fonction réalisante de l'image. D'une analyse du role de l'image dans la pensée de Gilbert Simondon et d'Henry Corbin

par Chiara Vecchiarelli

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Frédéric Worms et de Paolo Paolo Garbolino.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres en cotutelle avec l'Université Iuav de Venise , dans le cadre de Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales , en partenariat avec La République des Savoirs : Lettres, Sciences, Philosophie (laboratoire) et de École normale supérieure (Paris ; 1985-....) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Si une tradition philosophique a pensé l'image sous le signe de l'absence, du manque, du simulacre jusque à en faire le lieu d'élection de l'envers du réel, la thèse que nous soutenons fait appel à un changement de perspective, et propose d'adopter un regard critique envers toute conception de l'image visant notre éloignement du réel et résonnant encore aujourd'hui avec la thèse sartrienne qui a voulu faire de l'imagination la fonction irréalisante de la conscience. Il s'agira de penser aux images comme à des opérateurs doués de réalité, participants au processus du vivant et occupants une position décisive dans notre rapport au monde : une position théorique et concrète qui fonctionnerait comme point d'indécidabilité et lieux d'articulation de couples conceptuels tels que celui d'objet et de sujet, et de monde intelligible et monde sensible. C'est à la lumière d'une réflexion sur l'ontologie de l'image et sur sa propre temporalité – là où l'image et l'imagination se rejoignent – que l'on propose de penser ce sujet. L'image dans sa relative extériorité, appréhendée autrement que par le seul sujet de l'imagination, s'offrira d'une part comme efficace clé de lecture de pratiques artistiques contemporaines autrement insaisissables, d'autre part comme centrale à la compréhension de la vie même. Cette thèse se formule au carrefour entre deux théories de l'image que nous avons fait entrer en résonnance entre elles, bien que elles aient étés développées au cœur de deux philosophies apparemment distantes l'une de l'autre : celle du « monde imaginal » dans lequel Henry Corbin trouva la dimension ontologique rendant possible l'articulation du sensible et de l'intelligible, et celle du « cycle de l'image » présentée par Gilbert Simondon au cours des mêmes années, dans laquelle l'image est conçue dans sa fonction ontogénétique, que nous éclairons de manière inédite à travers une analyse du processus biologique de métamorphose. C'est par le stade imaginal que l'individu passe dans la transition qui s'opère, dans la chrysalide et le cocon, entre chenille et papillon. Le caractère de pluripotentialité des disques imaginaux, nous montrons dans la thèse, est pour le papillon comme pour d'autres vivants la source de ce même indéterminé qui dans la philosophie simondonienne rend possible le processus d'individuation tout au long de la vie d'un individu. Au cœur de cette rencontre – dans le prolongement des intuitions de ces philosophies majeures que la thèse entend renouveler à la lumière de l'imaginal biologique – se déploie une réflexion portant sur le caractère temporel de l'opération d'image, sur la fonction que celle-ci joue dans notre rapport au temps, afin de suggérer que c'est dans l'image qu'il en va pour nous de notre rapport au présent.

  • Titre traduit

    The image as a function of rreality. An analysis of the role of the image in the work of Gilbert Simondon and Henry Corbin


  • Résumé

    My research project is focused on the analysis of the status that was attributed to the image by the work of two French philosophers that were active around the 1950s, Gilbert Simondon and Henry Corbin. Both thinkers show, from different philosophical perspectives, a common concern: that of conceiving of the image as a function of reality by attributing to the image the status of an intermediary and mediating dimension. Besides assuming for the image to posses an ontology on its own, both thinkers attribute to the image an ontogenetic role. Endowed with reality and capable of producing reality, the image becomes an operator for the articulation of the passage between the intelligible and the sensible world, as well as between object and subject. The thesis bring about the hypothesis that in the frame of different disciplinary horizons both Simondon and Corbin have seized a similar need in the theoretical intuitions that preceded them as much as in the philosophical traditions from which they come: That of thinking under a renewed light the intermediary dimension between orders of magnitudes in order to articulate the passage between the visible and the invisible of which they consider the image to be the operator. If Simondon is mainly interested in the movement of concretisation, as shown by his analysis of the problematics related to the process of individuation and the mode of existence of technical objects, from the perspective of an orientalist Corbin looks at the dynamics of spiritualisation. However, both authors look at the symbolic function in order to look of the images as to the operator of the passage either from the invisible to the visible (Simondon's philosophy of invention), or from the visible to the invisible (Corbin's take on the metaphysical concerns of sufism). Within a theoretical frame that sees the two authors conceiving of the image as an operation of life itself, the thesis aims at analysing the modalities according to which, in what appears to be a rare chronological coincidence, both authors assign to the image intended as an intermediary and mediating dimension, the term “imaginal”, that Simondon employs in the introduction of his 1965-66 seminar at La Sorbonne on the relationship between imagination and invention, and that Corbin defines throughout his writing, presenting it programmatically in 1964 on the occasion on a symposium on symbolism held in Paris. I argue that this term translating the arabic term 'alam al-mithal in the writings of Corbin and being partially drawn from molecular biology by Gilbert Simondon as I understood, assumes a technical function in their writings in order to serve a symmetric purpose. If in the 60s both authors reacted to philosophical position of Jean-Paul Sartre, who defined the image as that which distances us from reality, and instead prolonged, as I will show, some intuitions by Henri Bergson, their parallel conceptions of the image/imaginal can come of use today, in order to understand the operational role of what they called image, within and outside the aesthetic field, in the art no less than in scientific fields.