Une guerre oubliée ? Histoire et mémoires combattantes françaises de la guerre d'Indochine

par Eric Coudray

Projet de thèse en HISTOIRE spécialité Histoire contemporaine

Sous la direction de Pierre Journoud.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec CRISES - Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales (laboratoire) depuis le 01-09-2016 .


  • Résumé

    L'étude des mémoires combattantes françaises de la guerre d'Indochine n'est pas une nouvelle histoire militaire ou géopolitique de ce conflit complexe et terrible qui a duré neuf ans, de 1945 à 1954. Elle nous ramène à une mémoire « d'en bas » des militaires du CEFEO qui l'ont vécue. Les mémoires individuelles et collectives viennent parfois hanter leur vie ; souvent celle de leur famille, ce qui crée une post-mémoire tout autant douloureuse. Cette thèse (re)place au centre de l'histoire de ce conflit des témoignages d'anciens combattants connus ou non, qui donnent une autre réalité que celle des sources écrites, archives, articles, livres des politiques et des chefs militaires qui doivent souvent justifier leurs actions. Elle a pour ambition de valoriser la mémoire orale et écrite des combattants d'Indochine, d'expliquer les rapports de complémentarité et de dissonnance entre histoire et mémoire, la seconde nuançant la première, entre mémoire et oubli ; des thèmes chers, entre autres, à Paul Ricoeur. Les souvenirs des anciens combattants français d'Indochine partent de leur engagement de jeune soldat et leur traversée vers l'Indochine. La plupart ont vécu une guerre cruelle dans un pays qui les a beaucoup marqués. Depuis leur retour, l'amertume de la défaite a miné certains d'entre eux et a poussé les autres à avancer. Aujourd'hui, ils sont nombreux à estimer que leur guerre lointaine est oubliée. Ont-ils raison ? Ont-ils tous ce sentiment ? Leur mémoire est-elle en accord avec l'histoire de ce conflit ? Le « mal jaune », expression inventée par Jean Lartéguy, est-il une réalité individuelle ou un mythe collectif ? Ce conflit reste donc marginal dans la mémoire collective ; il n'est pas oublié pour autant mais il s'est vu « recouvert » par des guerres qui ont davantage impacté la Nation. Les vecteurs de mémoire n'ont pas suffisamment relayé la sienne. Cette mémoire exilée de la guerre d'Indochine existe pourtant ; elle a généré une abondante littérature, des documentaires, des commémorations, des discours, des décorations. Partir à sa recherche est un exercice passionnant.

  • Titre traduit

    A forgotten war ? History and memories of french veterans during the first Indochina War


  • Résumé

    The study of the French combatants' memories of the first Indochina War is not a new military or geopolitical history of this complex and terrible conflict that lasted nine years, from 1945 to 1954. It brings us back to a memory "from below" of the CEFEO soldiers who lived it. Individual and collective memories sometimes haunt their lives; often that of their families, creating an equally painful post-memory. This thesis (re)places at the centre of the history of this conflict the testimonies of known and unknown veterans, which give a reality other than that of written sources, archives, articles, books of politicians and military leaders who must often justify their actions. Its aim is to enhance the oral and written memory of the Indochina fighters, to explain the complementary and dissonant relationships between history and memory, the latter nuancing the former, between memory and oblivion; themes dear, among others, to Paul Ricoeur. The memories of the French veterans of Indochina come from their engagement as young soldiers and their journey to Indochina. Most of them have experienced a cruel war in a country that has left its mark on them. Since their return, the bitterness of defeat has undermined some of them and pushed others forward. Today, many of them believe that their distant war is forgotten. Are they right? Do they all feel that way? Is their memory in line with the history of this conflict? Is "yellow disease", an expression invented by Jean Lartéguy, an individual reality or a collective myth? This conflict therefore remains marginal in the collective memory; it is not forgotten, however, but it has been "covered" by wars that have had a greater impact on the Nation. The memory vectors did not sufficiently relay his own. This exiled memory of the Indochina war exists, however; it has generated an abundance of literature, documentaries, commemorations, speeches and decorations. Going in search of it is an exciting exercise.