La forêt est un champ de bataille. : l'expérience quotidienne de l'État des habitant.es de la forêt dans l'Himalaya (Inde et Népal)

par Mauve Letang

Projet de thèse en Geographie

Sous la direction de Olivier Sevin.

Thèses en préparation à Sorbonne université , dans le cadre de École doctorale de Géographie de Paris. Espace, sociétés, aménagement (Paris) , en partenariat avec Laboratoire Espaces, nature et culture (Paris) (laboratoire) , Centre national de la recherche scientifique (France). Unité Propre de Recherche (299) (equipe de recherche) et de Anr aqapa (equipe de recherche) depuis le 08-07-2015 .


  • Résumé

    Les territorialités forestières des habitant⋅es de la forêt sont différentes de celles de l’État. Le premier chapitre donne à voir le point de vue des habitant⋅es de Siddhing et Sarmoli sur cet objet géographique qu’est la forêt selon une démarche ethnogéographique (à l’aide d’ateliers de réalisation de cartes sensibles ; de parcours commentés par les personnes dans la forêt ; d’entretiens par itinéraires de vie sur plusieurs années) en entreprenant de décrire les expériences subjectives et sensibles de la forêt. Dans les deuxième et troisième chapitres, je me pencherai sur les territorialités forestières des États Indien et Népalais. Je postule que si les usages et les pratiques de la forêt par les villageoises sont organisés d’une manière si particulière, ce n’est pas uniquement le fait des structures de pouvoir de la société, mais également le fait de l’irruption de l’État dans la forêt qui reproduit et réorganise les rapports de pouvoir et de domination dans les sociétés villageoises. La libéralisation des États indien et népalais dans les années 90 a produit de nouveaux régimes de gouvernement des forêts et de leur habitant⋅es. Les structures des États ont été réorganisées pour repenser leur économie politique. Les habitant⋅es de la forêts (un groupe de population ciblé) se sont vu rétrocéder certains droits de gestion des forêts par l’État. La décentralisation est assez peu présentée, du moins pas toujours, comme une tactique de libéralisation de l’État, en fait, une forme de gouvernementalité, produite par un processus de libéralisation. Dans le cadre de la décentralisation de la gestion des forêts, la « communauté » a été considérée comme une structure sociale homogène, petite d’un point de vue spatial et partageant un ensemble de normes par les programmes de développement visant à faciliter la décentralisation. Mais la « communauté » regroupe des réalités plus complexes, souvent ignorées par ces programmes de développement. Ce que nous donne à voir l’évolution du droit forestier est qu’il n’existe pas une prise de pouvoir total de l’État sur les territoires qu’il tente d’administrer. On observe plutôt une permanente renégociation avec les habitant⋅es de la forêt. La décentralisation a produit un redéploiement de l’État dans le quotidien des habitant⋅es de la forêt, notamment en bureaucratisant les pratiques forestières. En décentralisant pour réorganiser leur économie, les États Indien et Népalais ont reproduit et réorganisé les rapports de pouvoirs et de domination et ont changé les légitimités au sein des sociétés villageoises. Cette partie vise à caractériser la nature du rapport de force entre l’État et les habitant⋅es de la forêt sur les territoires forestiers. De nouveaux acteur⋅es entrent en jeu, et se positionnement en intermédiaire entre l’État et les habitant⋅es de la forêt. En s’axant sur la recherche du compromis, les " intermédiaires " participent aux arbitrages politiques, font circuler les idées, jouent un rôle de « passeur » entre tous les groupes et les institutions présents dans l'espace public. Ielleux revendiquent une autonomie au sein de l’État, bien plus qu’en dehors de ce dernier et utilisent les catégories produites par les programmes ciblés de l’État (les « tribaux », les « femmes », les « ayant droit » ; les « habitant⋅es de la forêt ») pour négocier avec ce dernier. D’autres groupes, à l’image des bergers pratiquent une véritable géographie de la résistance en mobilisant des répertoires d’action multiformes, plus ou moins visibles, plus ou moins discrets, plus ou moins organisés et collectifs (sensus Scott). On remarque que leur expérience socio-spatiale complexifie la notion de territoire.

  • Titre traduit

    Forest as a Battlefield. The everyday State experience of the Forest Dwellers in the Himalayas (India and Nepal)


  • Pas de résumé disponible.