Le binge drinking chez les étudiants et les jeunes adultes : : ses buts, ses objets, ses représentations et ses profils de consommation

par Abel Dalleau

Projet de thèse en Psychologie Clinique

Sous la direction de Dominique Cupa.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) , en partenariat avec CLIPSYD Clinique, Psychanalyse et Développement (laboratoire) depuis le 03-09-2013 .


  • Résumé

    État de l’art : Le binge drinking (BD) est un mode d’alcoolisation massif visant à atteindre l’ivresse de manière rapide via une consommation supérieure ou égale à 6 verres au cours d’une seule occasion (INPES, 2008). Il concerne en 2010 chez les 18-25 ans près de 53% des hommes et 22% des femmes (David & al., 2012) et connait une nette augmentation ces dix dernières années chez les adolescents et les jeunes adultes (Hibell & al., 2012 ; Spilka & al., 2012 ; Legleve & al., 2006 ; David & al., 2012 ; Richard & al., 2013). Premières causes de mortalité évitable chez les jeunes lorsqu’ils sont impliqués dans des accidents de la route (Pépin & al., 2000) (22% des décès chez les 15-34 ans seraient liés à l’alcool) (Guérin, 2013), le binge drinking et les ivresses ont des conséquences aujourd’hui bien documentées : violences, rapports sexuels non protégés ou non voulus, comas éthyliques parfois mortels et signalés dès l’âge de 12 ans (Nordmann, 2007), détériorations cognitives (Kuntsche & al., 2004) observables dès 9 mois de binge drinking (Crego & al., 2012) et risques de dépendances alcooliques (Kuntsche, & al., 2004). Concernant le binge drinking, la littérature internationale identifie plusieurs facteurs tels que : (1) Le sexe : les hommes manifestent plus d’épisodes de binge drinking et d’ivresses que les femmes. (2) L’âge : les 18-25 ans sont la tranche d’âge où les ivresses et les épisodes de binge drinking sont les plus importants pour décroitre ensuite dans toute les générations (Legleve & al. 2005). (3) Le statut socio-économique et familial : les ivresses répétées et le binge drinking sont plus fréquents chez les jeunes issus de familles aisées et monoparentales (Legleve & al., 2006 ; Beck & al., 2009). (4) La consommation familiale : les jeunes ayant des membres de leur famille connaissant des problèmes d’alcool sont plus enclins à pratiquer le binge drinking (Kuntsche & al., 2004). (5) La précocité des consommations : l’âge de la première expérimentation et de la première ivresse est sensiblement lié au binge drinking une fois arrivé à l’adolescence (Buchmann & al., 2009 ; Hingson & al., 2003). (6) Les traits de personnalité : l’impulsivité, la recherche de sensation (Carlson, & al. 2010), l’extraversion et l’ouverture aux nouvelles expériences (Kuntsche & al., 2004) seraient corrélés avec la pratique du binge drinking. (7) Les troubles anxieux et les troubles de l’humeur : l’étude américaine NESARC (N=43093) démontre que le binge drinking augmente deux à trois fois les risques d’avoir un trouble de l’humeur ou de l’anxiété (Dawson & al., 2005). (8) Les représentations de l’alcool : le binge drinking va de pair avec l’oubli de problèmes personnels, l’amélioration de l’humeur, mais aussi la recherche de la sociabilité, de l’ivresse, de la fête, de la désinhibition et de la transgression des règles de conduites liés à la sexualité (Kuntsche & al., 2004 ; Amsellen-Mainguy & al., 2011 ; Masse, 2002). Ces attentes diminuent avec l’âge (Patrick & al., 2011). Si la littérature internationale nous indique des données précieuses quant aux pratiques du binge drinking, celles-ci sont en France très peu étudiées spécifiquement chez les 18-25 ans pourtant identifiés comme la population la plus à risque face à ces types de consommation (Legleve & al. 2005). De plus, la littérature reste à ce jour insatisfaisante quant aux enjeux psychiques sous-jacents ces modes de consommations. Notre recherche vise à combler ce manque dans la littérature. Objectifs : (1) identifier et comparer les représentations intrapsychiques et intersubjectives des binge drinkeurs et des non binge drinkeur quant à leur propre consommation, (2) identifier différents profils psychologiques de consommation, (3) identifier les facteurs de risques psychiques et psychopathologiques du binge drinking. Hypothèses : (H1) Les binge drinkeurs ont des représentations davantage positives quant à leur consommation que les non binge drinkeurs. Une différenciation en fonction du sexe d’appartenance est également attendue. (H2) Il existe chez les étudiants des profils psy


  • Résumé

    Chologiques de consommation composés : 1 - d’attentes et de motivations quant à leur propre consommation, 2 - de comportements et de consommation à risques. (H3) Les binge drinkeurs présentent plus de troubles de l’humeur et de troubles de l’anxiété que les non binge drinkeurs. (H4) Les ivresses parentales et au sein de la famille, ainsi que la présence de proches parents dépendants sont plus élevées chez les binge drinkeurs que chez les non binge drinkeurs. (H5) Les binge drinkeurs ont un fonctionnement psychique davantage stimulé par les affects que les non binge-drinkeurs. Méthodes : La recherche porte sur des étudiants de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense (UPOND) (facteur maintenu constant), recrutés sur le campus de l’université, âgés strictement entre 18 et 24 ans (facteur maintenu constant). Les étudiants se voient proposés : (1) une série de questionnaires en hétéro évaluation dont un questionnaire sociodémographique, l’Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT) pour l’évaluation du BD et le MINI DSM-IV-TR pour l’évaluation des troubles de l’humeur et de l’anxiété ; (2) un entretien semi-directif évaluant les représentations intrapsychiques et intersubjectives de l’étudiant de sa propre consommation ; (3) des tests projectifs TAT et Rorschach pour l’évaluation du fonctionnement psychique et diagnostic de personnalité (méthode Chabert).