L'humilité dans la poésie hellénistique

par Claire-Emmanuelle Nardone

Projet de thèse en Lettres Classiques

Sous la direction de Christophe Cusset et de Adele-Teresa Cozzoli.

Thèses en préparation à Lyon en cotutelle avec l'Università degli studi Roma Tre , dans le cadre de École doctorale Sciences sociales (Lyon) , en partenariat avec École normale supérieure de Lyon (établissement opérateur d'inscription) depuis le 01-09-2014 .


  • Résumé

    Callimaque, dans le prologue des Aitia, affirme que l’artiste a pour tâche, métaphoriquement, de prendre des chemins de traverse, d’explorer des sentiers non encore battus par la foule de ses prédécesseurs, c’est-à-dire de se démarquer de la tradition archaïque et classique. C’est dans cette démarche que s’inscrit le choix du sujet de l’œuvre poétique : explorer de nouveaux chemins de création semble aller de pair, aux yeux du poète, avec le fait de ne pas chanter les « rois » et les « héros ». Parmi les nouveaux pôles d’intérêts du poète apparaît alors une nouvelle catégorie de figures, à la fois sociale et poétique, mise désormais au premier plan : celle des personnages humbles , au nombre desquels figurent notamment, chez Callimaque, les modestes paysans Molorchos et Hécalé . Ce mouvement ne touche pas seulement l’œuvre de Callimaque : l’humilité, c’est-à-dire le caractère de ce qui est modeste ou bas socialement –et qui doit être distingué de la pauvreté, qui n’est liée qu’à la possession des biens–, devient un champ d’expérimentations poétiques pour l’ensemble des poètes hellénistiques. Théocrite consacre ses idylles à des personnages qui figurent au bas de l’échelle sociale, dans les campagnes –bouviers, bergers, chevriers, pêcheurs du bord de mer– ou les cités –l’idylle XV, « les Syracusaines », met en scène deux femmes modestes habitant la banlieue d’Alexandrie– ; Hérondas élabore, dans ses Mimiambes, une image de la vie quotidienne du petit peuple des cités hellénistiques : entremetteuses, tenanciers de maisons closes, maîtres d’école y prennent la parole ; les épigrammes hellénistiques, notamment celles de Posidippe et de Léonidas de Tarente, souvent désigné comme « le poète des pauvres », peignent la vie et la mort, décrivent les offrandes votives de personnages humbles tels que des paysans, des pêcheurs, des tisseuses . Cette présence se fait parfois plus diffuse : Médée frappée par la flèche d’Eros est comparée, chez Apollonios de Rhodes, à une pauvre ouvrière ranimant le feu dans le foyer alors qu’il fait encore nuit . Ce bref parcours de la poésie hellénistique suffit pour mettre en lumière l’omniprésence des personnages humbles, souvent dans des rôles de premier plan, au sein de genres poétiques divers –épyllion, idylle, mime, épigramme, poésie épique. La création, notamment, du type statuaire du pêcheur, dont la sculpture dite « Sénèque mourant » est un exemple célèbre, témoigne de la manifestation de ce phénomène, au-delà du domaine poétique, dans l’ensemble des arts de la période hellénistique . Mais l’humilité ne se limite pas aux personnages humbles, bien qu’ils soient des vecteurs privilégiés de sa représentation : la manière dont ils vivent, pensent, parlent, interagissent avec d’autres personnages, leurs traits physiques eux-mêmes sont les moyens offerts au poète pour traiter l’état humble, l’humilité elle-même ; cette dernière désigne un rang social autant qu’un état de vie dont la conséquence est un certain mode de vie. Au-delà du traitement des personnages humbles, nous nous pencherons donc sur celui de l’humilité comme mode de vie et sur la pensée philosophique qui le sous-tend –Léonidas de Tarente, dont les épigrammes témoignent d’une influence épicurienne, sera à cet égard un élément central de notre réflexion . Ce sont les causes et les modalités du traitement privilégié de l’humilité dans la poésie hellénistique que nous souhaitons ainsi analyser. Mené à bien, notre travail constituera une contribution à l’étude de la poésie hellénistique dans ses processus d’innutrition, d’héritage littéraire et de jeu intertextuel, ainsi que sa capacité de création de canons esthétiques nouveaux ; il s’inscrira par ailleurs également dans l’étude de l’histoire des idées, l’humilité étant aux confins de la littérature, des arts plastiques et de la philosophie.


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