Argumenter sur le terrorisme : le discours politique des Etats-Unis.

par Delphine Ramos

Projet de thèse en Etudes anglophones

Sous la direction de Susanne Berthier-foglar.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Langues, Littératures et Sciences Humaines , en partenariat avec Institut des Langues et des Cultures d'Europe, d'Amérique, d'Afrique, d'Asie et d'Australie (laboratoire) depuis le 01-01-2014 .


  • Résumé

    Pour ce projet de thèse en spécialité civilisation américaine contemporaine, j'ai choisi de me concentrer sur la politique étrangère des Etats-Unis et, plus particulièrement, sur ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Mes précédentes recherches (mémoire de Master 2 : Les Etats-Unis et la War on Terror : un effet boomerang ?) concernait un sujet du même ordre, mais beaucoup plus axé sur des aspects politiques et sociaux. Ce projet vient naturellement à la suite, de façon à approfondir mes recherches en me concentrant sur un nouvel aspect du sujet, plus précis et plus pointu. Traitant avant tout du discours politique et de son analyse, ma recherche devra s'axer avec plus de précision, en particulier en ce qui concerne les intentions, les objectifs, les manipulations à travers les paroles et les mots, sans oublier, bien sûr, l'utilisation de la dialectique pour convaincre, influencer, argumenter, justifier, manipuler, mais aussi pour dissimuler, taire, cacher, tromper, piéger, etc., le tout sur un fond de crise internationale et d'opposition entre les Etats-Unis (en tant que représentants de l'Occident), et les pays arabes et leurs ressortissants. Deux notions constitueront les bases de ma recherche : l'analyse du discours et des différentes stratégies de communication (internationales et diplomatiques surtout), et la politique étrangère, plus particulièrement les relations internationales entre les Etats-Unis et les pays du monde arabe. Il est bien entendu que l'analyse du discours dont je fais mention ici est une analyse dans un axe civilisationiste et non linguistique, elle sera, par conséquent, à visée plus critique et politique que technique. Du développement récent de l'analyse du discours (à partir des années 1960), naquirent, entre autre, l'analyse critique du discours, et l'analyse du discours politique, qui en découle directement. L'analyse critique du discours est une approche interdisciplinaire voyant le langage comme une forme de pratique sociale. Elle se concentre principalement sur la façon dont les dominations sociales et politiques sont reproduites dans les textes et les discours. A travers cette approche, on analyse les manières dont le langage est parfois détourné au service du pouvoir ou du contrepouvoir. C'est donc clairement cet outil que j'utiliserai le plus tout au long de ma recherche. Pour ce faire, je constituerai une base de données composée de textes d'origines diverses, oraux ou écrits, et ayant pour sujet commun la politique étrangère des Etats-Unis, en particulier en ce qui concerne la lutte anti-terroriste (discours officiel de l'administration américaine, discours des élus, des militants, contre-discours, discours desdits "terroristes" et réponse des américains, discours de la presse écrite, orale, iconographie, etc.), de façon à réunir un riche corpus sur lequel je baserai mes hypothèses et mes analyses. A travers l'étude de ce corpus, l'idée porteuse sera pour moi de tenter de mettre en évidence les différents éléments utilisés dans les articles, communiqués, déclarations, etc. et de d'en décortiquer le sens ou contre-sens, la visée, le but, la technicité. Le nombre de voix s'exprimant aux Etats-Unis étant assez varié, notamment grâce à la grande liberté ancrée dans la culture populaire, il me sera donc nécessaire d'étudier un nombre important de sources diverses afin de conserver le plus de neutralité et d'objectivité possible. En effet, le style discursif et le message ne seront pas les mêmes suivant le locuteur (gouvernement, politique, média, journaliste, terroristes, militant(s), etc.) et le public auquel celui-ci s'adresse (opinion public, suiveurs, alliés, adversaires, politique, etc.). Analyser le discours m'aidera à mettre en lumière les relations de pouvoir en étudiant les différents rapports de forces exprimés à travers les interventions discursives : comment le discours est-il adapté en fonction du public visé ? Quel en est le but (convaincre, manipuler, anticiper, etc.) ? Constate-t-on une efficacité ? Si non, quelles sont les failles dans le discours ? La chose ne sera pas forcément toujours évidente, notamment dans l'étude des discours et interventions politiques, souvent préparés à l'avance ("toilettés" et "arrangés"), il sera alors important d'exploiter au maximum (si possible) l'étude de l'"improvisation" (interviews ou conférences de presse, moins préparées, par exemple). Comme je l'ai mentionné plus tôt, les Etats-Unis sont un pays dans lequel la liberté d'expression est presque sans limite. Entre politiques virulents et journalistes très expressifs, les choses peuvent parfois aller très loin. L'on peut d'ailleurs facilement remarquer ce fait lors, par exemple, des campagnes électorales, où adversaires et médias cherchent à tous prix à faire émerger les "vieux dossiers" les plus sordides sur les candidats... Dans le corpus que j'utiliserai, deux catégories seront à distinguer : discours et contre-discours. Celle du discours représente le discours produit par l'administration. Ce discours est souvent un discours contrôlé, préparé, formaté, comme les discours politiques écrits à l'avance et "récités" devant une audience après maintes et maintes répétitions. Des discours biaisés et/ou influencés, en somme, la plupart du temps. Le contre-discours, quant à lui, représente le discours produit par l'opposition. En l'occurrence, toute personne en désaccord avec l'administration, que ce soit des politiques, des intellectuels, des journalistes, etc. Le contre-discours est l'expression même de l'opposition, et se remarque plus par son style sûr et engagé, passionné, et parfois même virulent. L'usage du discours à des fins politiques existe dans tous les pays, sans exception. Et bien souvent, le discours officiel peut paraître comme une sorte de manipulation, de "lavage de cerveau", de version édulcorée ou empirée de la réalité, mais très souvent exagérée, afin de promouvoir l'image que le locuteur veut se donner, ou donner à ses idées, à ses paroles, à ses actes. Il me faudra analyser ici les différentes gradation entre le discours "toiletté" et le discours tendant complètement vers la manipulation du public adressé. En ce qui concerne le contre-discours, la même analyse s'appliquera, afin de voir si on y remarque les mêmes exagérations, et les mêmes méthodes... La mise en parallèle de ces deux catégories bien distinctes sera également intéressante à étudier au travers des relations internationales, en particulier en ce qui concerne le dialogue et la communication des Etats-Unis avec les pays du Moyen Orient et les "terroristes". Tout en gardant bien à l'esprit que l'analyse du discours est aussi un outil utilisé par les gouvernements (les Etats-Unis l'utilisent dans leurs stratégies de lutte contre le terrorisme) afin d'étudier leurs adversaires le plus précisément possible et parfois même, essayer de prévoir/anticiper leurs futures actions. La période contemporaine dans laquelle les Etats-Unis ont à lutter contre une menace terroriste me semble intéressante du point de vue production de discours et de contre-discours. Afin de rester dans une sorte de continuité avec mon travail précédent, j'ai décidé de me concentrer sur la période partant des années 1990, avec les premiers attentats visant le World Trade Center, jusqu'à la fin du premier mandat du Président Barack Obama. Il me semblait naturel de commencer dans les années 1990, étant donné que ce fut la "vraie" première fois que les Etats-Unis furent directement confrontés à une attaque terroriste sur leur propre sol. Piocher dans les discours produits à cette période et depuis, en passant par le tragique mais non moins célèbre 11 septembre 2001, les mettre en corrélation les uns avec les autres, étudier leur évolution, me semble une chose tout à fait pertinente et logique. Partir des années 1990 me permettra aussi d'étudier la production de discours politique des différentes présidences, et de voir si l'on y constate un net changement ou si, au contraire, les discours tenus sont toujours les mêmes. J'avais rapidement étudié, dans mon précédent travail, les différences et/ou similitudes des politiques de Georges W. Bush et de Barack Obama, dans lequel les gens avaient placé beaucoup d'espérances et d'attentes, et il me semble intéressant de replonger dans le sujet, afin d'étudier les stratégies discursives et de répondre plus clairement à l'interrogation de si oui ou non il y a bien eu une évolution, un changement, une différence... Cependant, afin de pouvoir analyser les différentes formes de discours avec clarté et précision, il me sera également nécessaire de faire un point sur le contexte actuel global (économique, politique, social, etc.). Ici, c'est principalement la politique étrangère de laquelle je vais traiter, c'est donc sur les relations internationales que je vais me focaliser, plus précisément les relations entre les Etats-Unis et les pays du monde arabe, et desdits "terroristes". Le principal "lien" entre les Etats-Unis et les pays du Moyen Orient est un intérêt énergétique avant tout, la plupart de ces pays étant producteurs de pétrole. Mais pourquoi le pétrole est-il tellement important à l'heure actuelle ? Tout a surtout commencé avec les débuts de l'automobile, les années Ford, le développement de l'idée de la voiture pour tous, période suite à laquelle la croissance américaine fut surtout basée sur la voiture et les transports. Puis vint la crise pétrolière de 1973, qui sonna comme la fin de l'énergie bon marché. L'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) fut créée une dizaine d'années avant cette crise (1960), façon pour les pays producteurs de pétrole de pouvoir influer sur le cours du pétrole (et, par conséquent, augmenter leurs revenus), en opposition aux compagnies pétrolières ayant les pleins pouvoirs sur celui-ci jusqu'alors. La création de cette organisation fut revendiquée comme une façon de rendre les pays producteurs maîtres de leur production, et de faire en sorte que les bénéfices liés au commerce du pétrole permettent le développement des pays sous développés. Avec la naissance de l'OPEP et la crise, il devenait urgent de trouver de nouvelles sources pétrolières ou de nouvelles ressources énergétiques. C'est ce que firent les américains, lorsqu'ils découvrirent du pétrole sur leurs propres terres (Texas, terres Navajo) et en découvrant que les ressources énergétiques ne sont finalement pas si limitées que ça (avec le retour des énergies fossiles à un prix acceptable, par exemple). L'idée naissante était ici pour eux de sauvegarder au maximum les ressources présentes sur leur territoire, tout en ayant la mainmise sur les ressources des autres pays, dans lesquelles ils puiseraient avant tout. La raison majeure de cet intérêt découle de l'extrême dépendance énergétique des Etats-Unis, dont la consommation est tout de même équivalente à 7 069,33 kg de pétrole par habitant (2011). Même si de plus en plus de gens se tournent vers des nouveaux modes de vie plus écologique et "off the grid" (en opposition direct à l'American way of life), en tentant d'apprendre comment vivre en utilisant le moins d'énergie possible, il est difficile d'imaginer comment une société basée sur le transport routier et l'automobile peut consommer moins d'énergie... Cette constante et non-décroissante dépendance énergétique des Etats-Unis a donc une influence économique, sociale, et politique, mais renvoie aussi à l'histoire, avec la question de la colonisation et de la décolonisation des pays riches en ressources (comme l'Inde), pays en développement croissant pour la plupart. Il sera donc essentiel de poursuivre plus loin la recherche en matière de contexte historique afin de bien cerner les racines des relations entre les Etats-Unis et ces ex-colonies. En ce qui concerne les principaux acteurs (= locuteurs) sur lesquels j'entends me concentrer, il s'agira bien entendu de toutes les différentes formes de producteurs de discours à travers les Etats-Unis, plus particulièrement le gouvernement (= les politiques) et les différents médias, oraux ou écrits ; mais également de l'opposition, que ce soit sur le sol américain, ou les adversaires directs visés par la politique étrangère en matière de lutte anti-terroriste, et donc, les pays du Moyen Orient et du monde arabe. Pays producteurs de pétrole pour certains, en développement pour d'autres, ou bien les deux. On constate néanmoins dans la plupart des pays visés pour leurs ressources énergétiques un certain contre-discours et rejet du développement, ayant souvent tendance à l'assimiler à une occidentalisation forcée, et un rejet ou abandon nécessaire de leurs cultures. Afin de mieux comprendre cette réticence vis à vis du développement, il me sera sans doute nécessaire de replonger (encore une fois) dans l'histoire, notamment en ce qui concerne le monde arabe au moyen-âge (7ème-8ème siècles). Cela me permettra également de mieux cerner la notion d'intégrisme religieux et d'étudier sa naissance et son développement à travers l'histoire (pourquoi, comment, etc.). Phénomène plus récent, j'étudierai également le Wahabisme et ses origines, et son développement actuel, et me concentrerai enfin sur les inégalités sociales flagrantes dans les pays producteurs de pétrole. Une fois la présentation de ces acteurs faite, il sera nécessaire d'étudier leurs relations, souvent beaucoup plus complexes qu'on ne pourrait l'imaginer, ou que le discours général veut bien le laisser entendre, en me concentrant (par exemple) sur le problème de l'exfiltration de certains Saoudiens après le 11 septembre 2001, afin de leur éviter la vindicte populaire américaine (cf. George W. Bush et Bandar). Les relations des adversaires des Etats-Unis entre eux seront aussi importantes à traiter et à mettre en évidence, en particulier en ce qui concerne les liens entre les pays producteurs de pétrole et les terroristes musulmans, à travers notamment l'étude de l'organisation de la religion musulmane : qui sont réellement les terroristes qui attaquent l'Occident depuis les années 1990 ? Comment devient-on terroriste ? Quels sont leur discours, leur image, leur réseau ? A travers ces études, je me pencherai sur les différentes représentations de l'Occident et du monde arabe, en particulier sur la vision que les américains ont des "arabes" et inversement (dans la culture populaire, par les politiciens, etc.), ainsi que les différentes actions mises en place par les américains pour éviter que les jeunes ne soient tenter par le terrorisme. Bien entendu, il sera aussi essentiel (puisque c'est l'essence même du sujet) d'étudier le discours politique des américains en ce qui concerne les terroristes, mais aussi celui des terroristes et des pays affiliés (notion d'evil, axis of evil, rogue states, "Us versus them", etc.). Le sujet que j'ai choisi et que je viens de présenter ici est un sujet très vaste, faisant appel à diverses différentes notions, parfois même sujettes à controverse. De nombreux travaux ont déjà été effectués sur divers aspects de ce sujet, et continuent encore à l'être à l'heure actuelle. La décision de me concentrer sur l'analyse du discours politique est une façon pour moi de développer mon domaine de spécialité et d'explorer le discours comme aspect incontournable ou primordial du fonctionnement du pouvoir (fonctionnement, utilisation, etc.) tout en venant donner suite à mon travail précédent, comme une sorte de continuité et d'aboutissement, dans une nouvelle recherche beaucoup plus pointue et précise.

  • Titre traduit

    Arguing on terror: the United States political discourse.


  • Résumé

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