A Life Interrupted. The Politics and Ethics of Mourning in the Work of Jacques Derrida

par Aleksander Kopka

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Thomas Dutoit et de Marek Drwiega.

Thèses en préparation à Lille 3 en cotutelle avec l'Université Jagellonne, L'Institut de Philosophie (Cracovie, Pologne) , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 01-12-2013 .

  • Titre traduit

    Une vie interrompue. La politique et l'éthique du deuil dans le travail de Jacques Derrida


  • Résumé

    L’objectif de la thèse concerne la question du deuil dans les écrits de Jacques Derrida et il est fondé sur la supposition que la question du deuil, et tout comme la notion de survivance, offre un accès unique et crucial à la dimension politico-éthique de son travail. Pour atteindre cet objectif, la thèse offre une reconstruction du chemin de la pensée qui hante déjà les premiers écrits de Derrida. Cette reconstruction consiste à souligner la contamination et l'interruption originaires de la vie, et donc à déconstruire les divers concepts de la vie pure et indemne sur lesquels le discours métaphysique, en particulier dans le domaine de la politique, compte. Les tâches assumées dans la thèse ont pour but non seulement de révéler la capacité éthico-politique du travail de Derrida mais aussi de présenter sa pensée comme l'incarnation de la politique et de l'éthique comprises hyperboliquement, comme, selon la thèse, Derrida lui-même les comprend. Partant d’une introduction générale du contexte dans lequel Derrida écrit explicitement au sujet du deuil, le contexte de son expérience personnelle de chagrin à cause de la mort de ses proches, et s'appuyant notamment sur les prémisses distinctes et cohérentes sur la profondeur du deuil dans les écrits élogieux de Derrida, la thèse démontre la nécessité originaire et générale qui est imposée, en tant que le deuil, à toutes relations. Par conséquent, le deuil n’est pas seulement l’un des nombreux phénomènes sociologiques ou psychologiques, mais il est la condition interminable et irréductible de la vie à ses niveaux les plus abyssaux. Afin de lier cette proposition aux premiers écrits de Derrida, la pensée du deuil est associée à la déconstruction de la vie et à la notion de trace qui permettent de renverser le privilège transcendantal de la vie que la métaphysique accorde à la présence simple et ininterrompue. En se basant sur la pensée de deuil qui consiste à affirmer la singularité de l'autre mortel, la thèse réfute non seulement l'hypothèse selon laquelle la pensée de Derrida ne peut être mise en œuvre avec succès dans le cadre de politique et éthique, mais elle prouve aussi qu'il n'y a pas, essentiellement, de tournant éthico-politique dans le travail de Derrida qui justifierait une rupture avec le raisonnement de ses premiers écrits, et donc, puisque les principes et les hypothèses générales de sa pensée n'ont pas changées, il n'y a pas de tournant éthico-politique dans l'itinéraire de Derrida des premiers aux derniers écrits, Derrida reste fidèle aux principes de déconstruction en tant qu’exigence de vigilance radicale qui appelle à la reconnaissance du caractère universel de la trace et à l'affirmation d'une altérité irréductible et inconciliable. Cette fidélité et cette affirmation sont irréconciliables avec les catégories traditionnelles de la réflexion occidentale, de métaphysique à politique, ainsi qu'avec les mécanismes et les institutions d'oppression et de coercition qui se tournent généralement vers ces catégories (ou leurs aberrations) afin de justifier la violence politique qu'elles perpètrent. En adoptant cette approche, la thèse conteste la logique de la politique identitaire et de toute ontothéologie politique fondée sur les principes de parenté transcendantale ou ontologique, sur les prérogatives de (ré)union, d’appropriation, du sang et du sol, du retour à soi-même, et sur l'irréfutabilité d'un pouvoir souverain. La question du deuil suscite donc une façon plus sagace de penser la politique et l'éthique fondée sur l'appel à une responsabilité radicale et incalculable qui repose, au bout du compte, sur une réponse devant l'autre mortel, et qui peut donc inspirer un changement, non seulement dans le langage de politique et éthique, mais dans la politique à tous les niveaux de sa mise en œuvre.


  • Résumé

    The aim of the thesis centers upon the question of mourning in the writings of Jacques Derrida and it is based on an assumption that the thought of mourning, just as the notion of survival, provides a unique and crucial access to the politico-ethical dimension of his work. In pursuit of this aim, the thesis offers a reconstruction of the path of thought embedded already in the earliest writings of Derrida. Such path consists in emphasizing the originary contamination and interruption of life, and therefore, consists in the deconstruction of the various concepts of pure and unscathed life upon which that the metaphysical discourse, especially in the field of politics, so heavily relies. The tasks assumed in the thesis are carried out in effort to unveil not only the ethico-political capacity of Derrida's work, but to portray his thought as the epitome of politics and ethics taken, as this thesis claims Derrida does, hyperbolically, or at their utmost. Starting from a general introduction of the context in which Derrida writes explicitly about mourning, the context of his personal experience of grieving over the deaths of people who were close to him, and basing itself on the distinct and consistent premises about the profundity of mourning that one constantly comes across in his eulogistic writings, the thesis demonstrates the originary and general necessity that mourning imposes on every relation between living beings. Consequently, mourning is not just one of many sociological or psychological phenomena but the interminable and irreducible condition of life at its most abyssal levels. In order to tie this proposition to Derrida's early writings, the thesis connects the thought of mourning with deconstruction of life as simple and uninterrupted presence and with the notion of the trace both of which allow to subvert the transcendental privilege that life as simple presence is granted by metaphysics. Positioning itself on the thought of mourning that consists in affirmation of the singularity of the mortal other, the thesis not only refutes the assumption that Derrida's thought cannot be successfully implemented within the politico-ethical framework, but it also proves that there is no ethico-political turn in Derrida's work that would warrant a break from the reasoning of his early writings. Indeed, given that the principles and general assumptions of his thought have not changed, there is no ethico-political turn in Derrida's itinerary. From his first writings to his last, Derrida remains faithful to the notion of deconstruction as the demand for radical vigilance that calls for the recognition of the universal character of the trace and to the affirmation of irreducible alterity. This fidelity and affirmation are irreconcilable with the traditional categories of the Western reflection, from metaphysical to political, as well as with the mechanisms and institutions of oppression and coercion that usually turn to these categories (or their aberrations) in order to justify political violence that they perpetrate. By adopting this approach, the thesis contests the logic of the politics of identity and any political ontotheology that are based on the principles of transcendental or ontological kinship, on the prerogatives of gathering, appropriation, blood and soil, return to the same, and on indisputability of a sovereign power. The question of mourning instigates therefore a more insightful way of thinking about politics and ethics based on the call for radical and incalculable responsibility that ultimately relies on a response before the mortal other, and therefore, it can inspire a change not only in the language of politics and ethics, but in politics at every level of its implementation.