Le cinéma au prisme de la durée. Les courts métrages en France, entre institutionnalisation d’une catégorie artistique et bouleversements numériques (2000-2018)

par Caroline Guigay

Thèse de doctorat en Etudes cinématographiques et audiovisuelles

Sous la direction de Laurent Creton.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) depuis le 21-11-2013 .


  • Résumé

    Les courts métrages ont fait l’objet au XXe siècle de nombreuses métamorphoses au fil de leurs apparitions et disparitions des salles de cinéma, du soutien de l’État et de l’essor à partir des années 1980 de producteurs, de festivals et de distributeurs dédiés à ces films, au point de faire émerger un champ cinématographique autonome. Entre 2000 et 2018, le développement d’Internet et des festivals encourage et rend visible une production accrue, démocratisée mais aussi transformée par le numérique. Ces films, tantôt qualifiés d’« anticinéma », tantôt défendus au nom de leur originalité formelle, de leur liberté à l’écart de la sphère marchande ou comme école du cinéma, sont pourtant méconnus. Notre recherche vise à explorer plusieurs évolutions et définitions possibles, esthétiques, socio-économiques et médiatiques, de cette catégorie instable des courts métrages contemporains. Le premier chapitre revient sur les renaissances historiques de ces films pour comprendre l’établissement de la norme du long métrage et le passage d’un format technique à une catégorie culturelle. Nous analysons ensuite les controverses autour d’une définition esthétique des courts métrages et proposons des formes-limites en lien avec les formes brèves, avant d’étudier les conceptions concurrentes d’une institutionnalisation par les politiques culturelles. À rebours d’une définition essentialiste, nous explorons ensuite les formes et usages de ces films et le sens donné à la courte durée au sein de trois espaces : les apprentissages collectifs d’un atelier de films amateurs, le festival de Clermont-Ferrand comme lieu de légitimation et de création cinéphilique et des plateformes du web au travers de l’écologie de l’attention. Ce travail repose sur des entretiens semi-directifs, des observations participantes et l’analyse d’archives et de corpus filmiques. Au croisement de l’archéologie des médias, de la socio-économie du cinéma et des rapports entre art et temps, il s’agit par l’étude de ces films de tenter d’éclairer le sens des temporalités artistiques et la fabrique collective des catégories culturelles.

  • Titre traduit

    Cinema through duration. Short films in France, from the institutional making of an artistic category to digital disruptions (2000-2018)


  • Résumé

    In the 20th century, short films have been the subject of numerous metamorphoses due to their discontinuous presence in movie theaters, the rise of state support and the emergence from the 1980s of producers, festivals and distributors dedicated to these films, to the point of creating an independent cinematic field. Between 2000 and 2018, the development of the Internet and festivals encouraged and made visible an increased production that is also transformed by digital evolutions. These films, sometimes referred to as "anti-cinema", sometimes defended in the name of their learning potential, their brevity, their subversion or their freedom away from the commercial sphere, have not yet been much studied. Our research aims to explore several definitions of contemporary short films in aesthetic, socio-economic and media terms. We question the evolutions of these films and the meanings given to short duration by creators, spectators or cultural intermediaries. The first chapter looks back at the historical revivals of these films to understand the setting of the standard of feature film and the transition from a technical format to a cultural category. Afterwards, we analyze the controversies about an aesthetic definition of short films, in relation to brevity, and the paradoxes of an institutionalization through cultural policies. To avoid reducing the diversity of this field, we then investigate the forms and uses of short films in three different spaces, an amateur film workshop, the Clermont-Ferrand festival and several web platforms. The thesis is based on semi-structured interviews, participant observations and the analysis of a corpus of films and archives. At the crossroads of media archaeology, socioeconomics of cinema and the relationship between art and time, studying these films is a way of trying to understand the meanings of artistic temporalities and the making of cultural categories.