Du verbe au nom construit : modélisation de la rivalité en morphologie dérivationnelle

par Alice Missud

Projet de thèse en Sciences du langage : traitement automatique des langues

Sous la direction de Florence Villoing et de Pascal Amsili.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation , en partenariat avec Modèles Dynamiques, Corpus (laboratoire) depuis le 07-10-2019 .


  • Résumé

    En français, plus de 8 schémas morphologiques sont disponibles pour construire des noms d'événements à partir de verbes. Les suffixations en -age, -ment, -ion, -ure, -ance, -ade, -aison, -erie, ainsi que la conversion de verbe à nom (défendre -> défense, arriver -> arrivée), partagent toutes des fonctions équivalentes sur le plan sémantique, et sélectionnent parfois les mêmes bases verbales (e.g. : gouverner -> gouvernance, gouvernement, gouverne). S'inscrivant dans le cadre théorique de la morphologie lexématique (Matthews 1974; Anderson 1992; Aronoff 1994; Fradin 2003; Booij 2005), et à la suite des travaux de Lindsay & Aronoff (2013) et Aronoff (2014, 2015, 2017, 2019), cette thèse propose d'élaborer une réflexion sur les dynamiques à l'origine de la coexistence de ces multiples schémas de nominalisation rivaux. En envisageant le système morphologique comme un système complexe, les schémas en compétition sont envisagés comme répondant à des dynamiques de système auto-organisées autour de contraintes linguistiques entrant en interaction à plusieurs niveaux (phonologique, morphologique, sémantique et syntaxique, lexique existant). En prenant appui sur une base de relations morphologiques construite à partir de corpus massifs, nous faisons l'utilisation de méthodes computationnelles (word embeddings, modèles statistiques, modèles analogiques; Arndt-Lappe 2014, Lapraye 2017, Wauquier et al. 2018, Bonami & Thuilier 2019 pour d'autres cas de compétition morphologique) de sorte à faire émerger ces contraintes, et proposons de modéliser quantitativement la répartition du lexique construit par ces schémas.

  • Titre traduit

    Nouning verbs: modeling the competition in word formation


  • Résumé

    More than 8 morphological schemas can derive event nouns from verbs in French: -age, -ment, -ion, -ure, -ance, -ade, -aison and -erie suffixations, as well as verb to noun conversion (défendre 'to defend' -> défense 'defence'). These schemas have similar semantic functions and sometimes select the same verbal bases, which causes the emergence of doublets (gouverner 'to govern' -> gouvernance 'governance', gouvernement 'government', gouverne 'guidance'). Conducted in the field of lexematic morphology (Matthews 1974; Anderson 1992; Aronoff 1994; Fradin 2003; Booij 2005), this contribution aims to shed light on the dynamics that support the coexistence of these rival nominalization schemas by searching for interactional constraints on multiple levels: phonological, morphological, syntactic, semantic and organizational. These constraints are assessed using computational methods on massive web corpora (word embeddings, statistical models, analogical modeling; Arndt-Lappe 2014, Lapraye 2017, Wauquier et al. 2018, Bonami & Thuilier 2019), in order to propose a predictive model of the construction of deverbal nominalizations.