Camus avec nietzsche: dionysisme et litterature

par Erminio Maglione

Projet de thèse en Doctorat Lettres et Arts

Sous la direction de Catherine Douzou et de Andrea Tagliapetra.

Thèses en préparation à Tours en cotutelle avec l'Università Vita-Salute San Raffaele , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 02-05-2017 .


  • Résumé

    Cette thèse se propose de rechercher dans l’œuvre de Albert Camus (1913-1960), en particulier dans sa production dramaturgique et romanesque, les influences de la philosophie de Friedrich Nietzsche (1844-1900). Ce dernier, lu et aimé pendant les années 30 par l’écrivain français, constitue un point de référence constant, surtout en ce qui concerne le thème du dionysiaque. Dionysos incarne une sorte d’élargissement passionné et douloureux d’un état d’esprit totalisant, une sorte d’élan vers l’unité qui approuve et sanctifie les aspects les plus énigmatiques et terribles de la vie, tout en donnant accès à la plénitude de l’existence. Dans l’œuvre de Camus l’idée de dionysiaque est résémantisé, par exemple, à travers un appel à la conciliation avec la condition solaire du commencement, où homme et monde sont fusionnés dans l’Un, où l’existence authentique se dévoile dans la catharsis naturelle (voir Noces, 1939). Cette thèse se propose d’analyser le sens et la structure du dyonysisme camusien, tout en suivant les « métaphores obsédantes » (Charles Mauron) et la constellation symbolique : le soleil – Roland Barthes, en 1945, parle d’une véritable mythologie solaire dans L'Étranger (1942) – la mer, la plage vierge, etc. Ces éléments, symboles d’une plénitude débordante, représentent l’exigence de situer l’homme dans l’horizon de l’immanence et du fini, afin qu’il reste, d’après Nietzsche, fidèle à la vie dans le combat contre la mort (ceci est le trait qui réunit, de manière transversale, L'envers et l'endroit, La Mort heureuse, Caligula, Le Malentendu et les essais philosophiques). Mais on retrouve les caractéristiques de Dionysos – son appel à la métamorphose et au jeu énigmatique de la mimesis – aussi dans la production théâtrale camusienne, où, sur les traces de Copeau et Artaud, les pièces fusionnent acteur et spectateur dans un événement qui coïncide avec l’acceptation du devenir et avec l’abandon extatique à son flux. En outre, l’allusion de Camus à la pensée méridienne – dans le chapitre conclusif de L'Homme révolté (1951) – représente la volonté de retourner à la tradition méditerranée commencée avec les présocratiques et poursuivie avec la Renaissance (Thelesius, Bruno, Campanella etc). Cette tradition est en mesure de cultiver ce que Nietzsche, dans un fragment, appelle l’occulte puissance méridionale de l’âme. Ce genre de pensée dionysiaque, lumineux et antidogmatique contient, selon le philosophe français, un antidote contre l’historicisme et le scientisme européens, qui ont oublié la puissance archétypique et la vitalité de la physis. Afin de composer la scission de l’Homo absurdus (Nathalie Sarraute), à savoir la contraposition entre moi et monde, Camus suggère de récupérer l’enseignement de la Méditerranée et de la Grèce à laquelle, comme affirme-t-il dans un entretien avec Gabriel d’Aubarède en 1951, il faut toujours savoir retourner.


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