"L'Europe est foutue" : anticolonialisme et crainte du fascisme dans la genèse des nouvelles gauches radicales ouest-allemandes et françaises (1954-1975)

par Selim Nadi

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Gerd-Rainer Horn et de Ingrid Gilcher-Holtey.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    L’objet de ce travail est d’analyser les entrecroisements entre les gauches radicales allemandes (RFA) et françaises face aux luttes de décolonisation durant la période post-Seconde Guerre mondiale. Nous nous pencherons donc sur la manière dont cette rencontre a amené la gauche européenne — franco-allemande en particulier — à s’interroger sur les mutations du monde d’après 1945 et à participé de la naissance d’une nouvelle gauche européenne au début des années 1970. Alors que la tradition colonialiste de l’Allemagne était loin d’être aussi conséquente que celle de la France, la question du fascisme — expérience encore très récente — était au centre de nombre de débats des gauches radicales. Ainsi, l’émergence du Tiers-Monde comme sujet politique, le délitement des Empires coloniaux et les luttes anti-impérialistes ont croisé ces questionnements sur la crainte d’une fascisation en cours. Il s’agit donc pour nous de questionner les circulations théoriques et politiques entre la gauche française et la gauche allemande pendant la décolonisation afin d’analyser la naissance à la fois d’une plus grande conscience politique anticoloniale et anti-impérialiste, mais également la constitution d’une nouvelle gauche (en France comme en Allemagne de l’Ouest), à travers la manière dont des questions « extérieures » (la colonisation) ont croisé des débats sur des questions « intérieures » (la peur d’une possible fascisation).

  • Titre traduit

    « Europe is done for » : fascisation and Decolonization. Anticolonialism and the Fear of Fascism in the Genesis of the West-German and the French new radical Lefts.


  • Résumé

    This work aims at focusing on the entanglement between the West German and the French radical Lefts during the decolonisation process after World War II. We will study how this encounter has brought the European Left – and especially the French and West-German Lefts – to question the transformations of the post-1945 World and to participate in the birth of a New European Radical Left at the beginning of the 1970s. While the colonial tradition of Germany was not as strong as the French one, the question of fascism was at the centre of many debates within the radical Lefts. Hence, the emergence of the Third-World as a political subject, the disintegration of colonial Empires and the ongoing anti-imperialist struggles have crossed these fears of a possible fascisation. Thus, we aim at questioning the theoretical and political circulations between the French and the West-German Lefts during decolonisation in order to analyse both the birth of a wider anticolonial and anti-imperialist political consciousness but also the constitution of a New Left (in France and in West Germany) through the way in which “external” issues (colonialism) have crossed debates on internal issues (the fear of the fascisation).