Musicalité, corps et spiritualité dans la poésie de la négritude chez Césaire, Senghor et Craveirinha

par Eva Hernandez-Monmarty (Monmarty)

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Patrick Quillier.

Soutenue le 20-12-2018

à Côte d'Azur , dans le cadre de École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....) , en partenariat avec Université de Nice (établissement de préparation) , Centre transdisciplinaire d’épistémologie de la littérature et des arts vivants (Nice) (laboratoire) et de Centre transdisciplinaire d’épistémologie de la littérature et des arts vivants (laboratoire) .


  • Résumé

    La négritude répond à la fois à une recherche identitaire en réaction à la colonisation et une esthétique littéraire qui emprunte son langage et son rythme au pays natal de chaque auteur et au pays colonisateur. Elle est ainsi en lien avec la politique. Le rythme des poèmes d'Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et José Craveirinha a une résonance dans la typographie. La typographie est également associée à la musique par l'espace que les mots occupent sur la page. Les bonds rythmiques du tam-tam sont par exemple des bonds typographiques chez Léopold Sédar Senghor. Ce rythme nommé la musicalité en poésie fait entrer différents langages au sein de la poésie. Le questionnement est donc porté sur la poésie et les instruments de musique. En d'autres termes, peut-on y voir un de ces éléments qui entraîne la naissance de l'autre ou bien existe-t-il une co-existence de ceux-ci ? De plus, la typographie offre aussi presque quasi systématiquement des allers-retours entre les deux sens que sont la vue et l'ouïe. Ces allers-retours permis par le peu de ponctuation voire son absence laissent le soin au lecteur de donner un rythme. Les couleurs et la lumière mentionnées dans les poèmes sont autant l'occasion de faire appel à la vue. Les poèmes deviennent picturaux. Le rythme comme le rapprochement des poèmes de l'écriture calligramme confèrent à ceux-ci un aspect physique. Celui-ci se retrouve dans le thème du corps qui est, le plus souvent, le corps de la femme. Le corps féminin est certes empreint de sensualité, mais il est aussi celui de la mère qui traduit la terre natale. De cette manière le lien entre le poète est la terre natale est sensible. C'est aussi ce qui peut expliquer une certaine animalité lorsque les poètes évoquent le rythme du tam-tam et la fabrication de cet instrument de musique en peau. Cela est notamment le cas chez José Craveirinha où le poète prononce le désir de se transformer en « tambor » (en tambour) ou encore dans le rythme effréné de la transe chez Aimé Césaire lorsque la musicalité créée par l'anaphore imite le rythme du tam-tam. Ainsi, le rythme et la musicalité sont proches. Le corps féminin s'étend au corps du poète et aux corps des lecteurs puisque le sensible est mis à l'honneur dans les poèmes des trois auteurs à l'étude. Elle est la marque d'un espace à l'autre que Gilles Deleuze évoquée déjà. La frontière est ce qui est fait pour être transgressée selon le philosophe. L'expérience sensible est cruciale pour les poètes ainsi que la résonance de la parole poétique qui permet de dire des souffrances dans les poèmes de José Craveirinha par exemple. C'est cette pensée, cette spiritualité poétique qui est à l'origine de la particularité de la poésie de la négritude.

  • Titre traduit

    Musicality, body and spirituality in the poetry of the Negritude, in the works of Césaire, Senghor and Craveirinha


  • Résumé

    The negritude deals with the quest for identity which is the result of the colonization and with literary aesthetics, borrowing its language and rhythm from both of the countries : the one where the author was born and the colonizing one. Therefore, it is linked to politics. In poetry, it creates a particular rhythm which reveals sometimes a tension between the cultures. Moreover, the rhythm in Aimé Césaire's, Léopold Sédar Senghor's and José Craveirinha's poems has a resonance in the typography. Typography is also related to music thanks to the space occupied by the words on the page. The rythmic tam-tam bounds are, for instance, typographical bounds in Léopold Sédar Senghor's works. This rhythm, which is called musicality in poetry, lets differents languages in poetry. The question deals with poetry and musical instruments. In other words, is there an element giving birth to the other one or is there a coexistence of them ? Moreover, nearly systematically typography also gives roundtrips between eyesight and hearing. These roundtrips, allowed by the lack of ponctuation or its absence, let the reader give rhythm to the reading. The colors and the light mentioned in the poems highlight eyesight.The poems become paintings. Both the rhythm and the parallel between the poems and the calligrams give them a physical aspect. This one is revealed in the topic of body which is, frequently, a woman body. On one hand, the feminine body is full of sensuality, but on the other one it also is the mother's one, showing the native land. Through this, the link between the poet and his native land is underlined. That can also explain a sort of animality when the poets evoke the rhythm of tam-tam and the making of this musical instrument with a piece of skin. José Craveirinha is strongly concerned, because the poet pronounces his desire to become a « tambor » (drum), and Aimé Césaire's trance and its frenetic rhythm when the musicality created by the anaphor imitates the rhythm of tam-tam. Thus, rhythm and musicality are close to each other. The feminine body extends to the poet's and the reader's bodies because the perceptible is in the place of honour in the poems of the three authors studied. That's why the notion of border appears. It reveals the delimitation between a portion of space and the other that Gilles Deleuze already mentioned. The border is made to be broken, as the philosopher says. This way, the three authors' poetry is a poetry focused on the passing from a place to the other. The experience of senses is crucial for the poets, and also the resonance of poetic speech which can express sufferings, in José Craveirinha's poems for instance.


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