Bolaño ou la réécriture du mythe de l'écrivain maudit : Estrella distante, La pista de hielo et Amberes

par Santiago Guevara

Thèse de doctorat en Etudes ibériques et ibéro-américaines

Sous la direction de François Gramusset.

Le président du jury était Isabelle Krzywkowski.

Les rapporteurs étaient Caroline Lepage, Martha Pardo Segura.


  • Résumé

    Dans les trois ouvrages étudiés Estrella Distante (1996), La pista de hielo (1993) et Amberes (2002) nous révélons la présence, parfois patente, parfois latente, du mythe de la malédiction. Notre étude rend compte d’une lecture à la lumière du mythe littéraire moderne de l’écrivain maudit. L’évolution de l’œuvre de Bolaño, montre que depuis le début le mythe de la malédiction lutte pour prendre une place centrale dans son œuvre.Un seul motif reste constant, inamovible, dans les trois romans en particulier et dans l’œuvre entière en général : l’héroïsme. Nous voyons dans cette valeur inaltérable du mythe de l’écrivain maudit chez Bolaño, le cœur de son éthique littéraire. L’héroïsme du poète maudit n’est pas associé à l’idée romantique d’une mission personnelle fondamentale mais plutôt à la valeur d’incorruptibilité. Les deux mythèmes PURETE-DETRESSE suscitent les deux motifs mythiques INGENUITE-MARGINALITE. Ceux deux motifs, filtrés par le temps et l’écriture conduisent à l’HEROISME et à l’INCORRUPTIBILITE, valeur qui définit le poète maudit dans l’ensemble de l’œuvre.La réécriture de ce mythe n’est pas sans conséquences dans l’univers de la réception. Bolaño se crée dans ses textes une image de lui-même qui prospère ensuite dans l’inconscient collectif ; son image devient l’archétype de l’écrivain latino-américain contemporain. La nouveauté de l’œuvre de Bolaño est d’avoir su placer la figure du poète maudit au cœur de son univers littéraire. Comme il est courant dans la reprise d’un mythe par un écrivain, Bolaño vise par sa réécriture un modèle à vocation universelle, sans que pour autant sa vie soit l’original ou la copie de ce modèle. L’image archétypale de l’homme Roberto Bolaño repose sur un univers symbolique de représentations qui ont un lien intime avec la malédiction.Bolaño insiste sur une autre forme de malheur, la rébellion, la révolte du maudit. Elle a été l’une des premières abordée dans la réception de son œuvre, et traduite comme une tendance antisystème. Bolaño est donc perçu comme un provocateur net, chose qui est absolument vraie. Cependant, c’est à travers la figure du maudit que la révolte littéraire s’effectue vraiment. En s’attaquant aux institutions littéraires, le poète renonce à l’appui institutionnel et déclare conquérir son indépendance à l’égard des pouvoirs littéraires. Pour chercher à être indépendant des pouvoirs littéraires il faut nécessairement en être d’abord dépendant ! Si le poète-type de Bolaño n’écrit presque pas, ou du moins pas comme il devrait le faire en tant qu’écrivain, de quelle sorte d’indépendance littéraire est-il question ? Cela pose un problème de fond celui de la vie comme œuvre (ce fut le cas pour le dandysme), et comme œuvre littéraire. Si la vie peut devenir littérature et si l’existence peut se changer en œuvre d’art, c’est à cette transformation que le poète bolanien se donne corps et âme. Faire de sa vie un objet littéraire est donc la tâche curieuse et très originale que s’impose le poète maudit chez Bolaño.En réécrivant le mythe du poète maudit, Bolaño a ouvert la voix à une nouvelle manière de voir la littérature et d’en faire. Ce mythe, bien connu en Europe depuis Villon jusqu’à Houellebecq, a été ravivé dans l’œuvre de Bolaño, en même temps qu’il a été introduit dans l’imaginaire de la littérature hispano-américaine, pour devenir aujourd’hui un symbole à double effet : consommation de masse d’une icône ou chemin offert au public vers le sens caché de l’expression.

  • Titre traduit

    Bolaño or the rewriting of the damned poet myth : Estrella distante, Amberes, La pista de hielo


  • Résumé

    Within the three books studied Estrella Distante (1996), La pista de hielo (1993) et Amberes (2002) we show the underlying- evident presence, of the literary malediction myth. We read Bolaño’s works lightened by the literary modern myth of the damned poet. The evolution of Bolaño’s work reflects, since the beginning the central space this modern myth takes into his imaginary. One of the unchangeable topics in the three novels studied is heroism. This inalterable value of his damned characters represents the central part Bolaño’s literary ethics. The damned poet heroism in this case is not associated to the romantic idea of a personal fundamental mission to be accomplished but rather to the moral value of incorruptibility. We can find two mythic topics PURITY-DISTRESS that produce the mythic patterns INGENUITY-MARGINALITY. The presence of this two patterns lead towards the two moral-ethic values that define Bolaño’s damned poet: HEROISM and INCORRUPTIBILITY.The process of rewriting this myth brings consequences in the reception’s world. Bolaño invents through his literature an image of himself which lives in the collective subconscious. This image is nothing different than archetype of what should be the contemporary Latin-American writer. As it is current in the process or rewriting of a myth, Bolaño aims a figure to universal vocation (archetype), but not with the purpose of making of his personal life the original and of his damned poet the copy. For the community of readers, the archetypal image of the man (Roberto Bolaño) rest upon a symbolic universe of representations directly connected with literary malediction.Bolaño insists on another way of curse; the rebellion of the damned poet. This feature has been translated in the context of the reception as an anti-system tendency. Bolaño is perceived as an agitator. Nevertheless, this feature of the writer comes from the literary rebellion of his characters. The damned poet of his work attacks the literary institutions renounces to the institutional support and declares the conquest of his independence in front of the literary powers.In order to become independent of the literary institutions, the poet must be necessarily dependent of them. As we know the character of the poet in Bolaño’s work do not really write or rather barely writes. So we ask what kind of literary independence is sought by the poet? This question introduce the idea of life a piece of art, (dandyism) and more exactly in this case; life as a literary piece of art. If life can become literature and existence can be transformed in a piece of art, Bolaño’s damned poet does not seek any more than fulfill this possibility of mutation. Make of his life a literary (ethic, moral and esthetic) object is the curious and original task the damned poet force himself on.Throughout the rewriting of the damned poet myth, Bolaño lights the way to an original way of perceiving but above all an original way of making literature. The myth of the damned poet, well know from Villon to Houellebecq, has been brighten up in Bolaño’s work and reintroduce in the Hispano-American literary imaginary. This version of the myth has become today a symbol that can be read in two ways: consummation product of an image or opened possibility of a secret meaning.

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