Les Etats-Unis, la Turquie et l’UE. Du soutien américain aux ambitions européennes d’Ankara au délitement de la relation triangulaire (1993-2017)

par Margaux Magalhaes

Thèse de doctorat en Histoire des relations internationales

Sous la direction de Frédéric Bozo.

Le président du jury était Jean Marcou.

Le jury était composé de Frédéric Bozo, Jean Marcou, Meltem Müftüler-Baç, Annick Cizel, Élisabeth Du Réau.

Les rapporteurs étaient Jean Marcou, Meltem Müftüler-Baç.


  • Résumé

    Depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis militent en faveur de l’intégration de la Turquie à l’UE et deviennent, sous la présidence Clinton, les plus ardents défenseurs de la cause turque, avant même Ankara. Comment expliquer ce positionnement de la superpuissance mondiale, elle qui n’appartient pourtant pas au continent européen et ne dispose pas d’un pouvoir décisionnel dans l’UE ? Cet activisme s’explique par la mutation des enjeux et des défis au XXIe siècle : résurgence éventuelle de la Russie, influence iranienne dans le monde musulman, montée de la menace djihadiste ou « choc des civilisations » prédit par Huntington. Pour y faire face, Washington regarde l’alliance de l’UE chrétienne à la Turquie musulmane comme une stratégie préventive : l’adhésion d’Ankara, outre son aspect symbolique qui permettrait de contrer la rhétorique des djihadistes tout en signalant aux musulmans vivant en Europe qu’ils ne sont pas étrangers au continent, ferait de la Turquie un modèle pour l’ensemble de son voisinage et une force de projection occidentale dans le monde musulman. L’UE, grâce à son pouvoir normatif, est indispensable à cette fin : sans elle, la démocratie ainsi que le libéralisme politique et économique pourraient-ils s’implanter en terre d’Islam ? Sans elle, la Turquie restera-t-elle un Etat laïc ancré à l’Occident ? Les attentats du 11 septembre 2001 propulsent cette stratégie au sommet des priorités des administrations Bush : elle s’intègre désormais dans leur Freedom agenda. Si la survenue des printemps arabes en 2011 aurait dû rendre indispensable l’ancrage de la Turquie à l’UE afin de s’assurer qu’elle puisse influencer les événements en propageant les valeurs occidentales auprès de ces populations en quête de démocratie, l’Amérique cesse pourtant progressivement son militantisme envers une adhésion qui devient chimérique. Au lieu de souder l’alliance entre les Etats-Unis, la Turquie et l’UE, les printemps arabes auront fissuré les fondations déjà écornées de ce partenariat, si bien qu’à la fin du mandat d’Obama, la relation triangulaire est déliquescente.

  • Titre traduit

    The US, Turkey, and the EU. From the American support for Turkey’s bid to join the EU to a triangular relation on the verge of collapse(1993-2017)


  • Résumé

    In the aftermath of the Cold War, the US has asserted a strong lobbying in favor of Turkey’s accession to the EU, and became the first supporter of this integration, before Ankara itself. How could we explain the US involvement since it doesn’t belong to the European continent? The new world order brought new challenges for the 21st century. Therefore, such an integration was perceived as a preventive strategy by Washington to deter upcoming threats facing the West, such as Russian resurgence, Iranian influence in the Muslim world, jihadism, or the « clash of civilizations ». Indeed, it would help bridging the growing gap between the West and the Muslim world by uniting under the same roof Christian countries within the EU, and the former Caliphate. It would also enable Turkey to be a Western projection force in its neighborhood — stretching from the Balkans to the Middle East — by becoming a model. To do so, Turkey has to become more liberal politically and economically. However, would it be possible without European prospects? From a US perspective, the normative power of the EU is necessary to see Turkey succeeding in proving that Islam, secularism and democracy are compatible and to spread Western values in its neighborhood while anchoring Ankara firmly in the West. 9/11 reinforced the significance of this strategy, which got integrated into the Freedom agenda and the global war on terror. Therefore, supporting Ankara’s accession became a top priority of Bush administrations. Barack Obama maintained this policy, even though the US lobbying slowed down, since it appeared this integration might never occur. The Arab awakening could have been the perfect occasion to bring closer together Turkey and the EU so that Ankara could become the model Arabs were calling for. However, instead of strengthening the US-Turkey-EU relations, those events damaged their alliance, which was already strained. At the end of Obama’s presidency, this triangular relation seemed on the verge to collapse.


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