"Faire son miel de la diversité" : éléments pour une géohistoire rurale des apicultures méditerranéennes (Corse et sud-ouest du Maroc)

par Antonin Adam

Thèse de doctorat en Geographie et aménagement de l'espace

Sous la direction de Geneviève Michon.

Le président du jury était Mohammed Aderghal.

Le jury était composé de Sylvie Guillerme, Lekbir Ouhajou, Bernard Moizo, Pierre Gasselin.

Les rapporteurs étaient Sylvie Guillerme, Elsa Faugère.


  • Résumé

    L’abeille et son élevage sont soumis, depuis plus de vingt ans, à un ensemble de perturbations (pesticides, maladies, changements climatiques, pratiques agricoles) qui se combinent et interfèrent, plaçant les apiculteurs devant un horizon fait d’incertitudes croissantes et généralisées. Si la cause est entendue, le battage médiatique qui y est associé a cependant tendance à invisibiliser les pratiques des apiculteurs et leur diversité. Ce travail poursuit donc deux objectifs. Le premier consiste à (re)donner sa place à l’apiculture dans les recherches agraires et rurales en tant qu’activité agricole aux formes variées. Le second est d’apporter des éléments de débat, et pourquoi pas de réponse, aux incertitudes rencontrées par les apiculteurs. La perspective générale de cette thèse est donc de rendre compte de la diversité en recentrant l’analyse des apicultures sur les savoir-faire apicoles, leur inscription spatiale, sociale et culturelle afin de comprendre les rapports dynamiques entre cette activité et les milieux qu’elle prend pour ressource. Pour cela nous nous appuyons sur deux cas d’études complémentaires, le sud-ouest du Maroc et la Corse.Une première partie de ce travail s’attache à décrire, selon une perspective diachronique, ce qui fonde les apicultures des terrains étudiés. Deux monographies proposent ainsi une relecture des dynamiques agraires par le prisme de l’apiculture, systématiquement oubliée dans les études rurales jusqu'à présent. Par des descriptions fines des pratiques apicoles puis de la place de l’apiculture dans l’espace ainsi que dans les projets individuels et collectifs, nous montrons l’articulation de l’activité apicole aux dynamiques paysagères et territoriales des cas étudiés. Nous proposons ensuite trois points de comparaison issus de ces monographies. Un premier revient sur les changements techniques qui ont bouleversé les apicultures depuis les années cinquante selon un même paradigme occidental de modernité reposant sur un contrôle accru de la Nature. Nous démontrons, en mobilisant une approche par les transitions sociotechniques, que l’application d’un tel paradigme, présenté comme horizon technique unique, connait malgré tout de multiples formes de réappropriations. Nous interrogeons de cette façon les velléités politiques et sociales de poursuivre dans cette voie alors même que les incertitudes s’amoncellent. Un second point se focalise sur les réponses apportées à ces incertitudes et sur l’importance et l’efficacité, au cours du temps, des réponses collectives et territorialisées mises en place par les apiculteurs. Il s’agit de faire suite aux critiques adressées au paradigme dominant de rapport à la Nature qui promeut une technicisation toujours plus poussée et des pratiques individualisées. Nous montrons que l’apiculture, du fait d’un insecte particulièrement mobile et de ressources majoritairement non appropriées et peu contrôlées, nécessite des actions concertées dépassant l’échelle individuelle de l’exploitation. Pour finir, nous prolongeons ce constat à travers l’étude des coexistences des manières de faire de l’apiculture en termes de durabilité à la fois des filières et des territoires. Ainsi, nous en venons à étendre le débat à la coexistence apiculture/agriculture qui cristallise aujourd'hui la prise de conscience sociétale d’une crise environnementale globale. Au travers de ces trois points de comparaison, l’apiculture apparait comme une activité à même de questionner, de manière complexe, les rapports changeants que les sociétés entretiennent avec leurs milieux. Cette thèse, pionnière en sciences sociales concernant l’apiculture, a une portée exploratoire non négligeable. Elle se veut être une première pierre à de nouvelles mises en débat des apicultures conjointement à celles qui animent aujourd'hui l’agriculture dans son ensemble.

  • Titre traduit

    "Make your honey from diversity" : elements for a rural geohistory of Mediterranean apicultures (Corsica and south-west of Morocco)


  • Résumé

    The bee and its breeding have been subjected, for more than twenty years, to a set of disturbances (pesticides, diseases, climatic changes, agricultural practices) that combine and interfere, placing beekeepers in front of a horizon made of increasing and generalized uncertainties. If the cause is heard, the hype associated with it, however, tends to invisibilize the practices of beekeepers and their diversity. This work therefore pursues two objectives. The first is to give place to beekeeping in agrarian and rural studies as an agricultural activity with various forms. The second is to bring elements of debate, and why not answer, to the uncertainties encountered by beekeepers. The general perspective of this thesis is therefore to report on diversity by refocusing apicultural analysis on beekeeping know-how and their spatial, social and cultural inclusion in order to understand the dynamic relationship between this activity and its “milieu”. For this we rely on two cases of complementary studies, the south-west of Morocco and Corsica.The first part of this work attempts to describe, from a diachronic perspective, the basis of the apicultures of the studied fields. Two monographs offer a rereading of agricultural dynamics through the prism of apiculture, systematically forgotten in rural studies so far. Through fine descriptions of apicultural practices and the place of beekeeping in space as well as in individual and collective projects, we show the link between beekeeping activities and the landscape and territorial dynamics of the cases studied. We then propose three points of comparison from these monographs. A first looks at the technical changes that have upset the apicultures since the fifties according to a same Western paradigm of modernity based on an increased control of Nature. We demonstrate, by mobilizing an approach through sociotechnical transitions, that the application of such a paradigm, presented as a unique technical horizon, nevertheless knows multiple forms of reappropriation. In this way, we question the political and social inclinations to continue in this direction even as uncertainties pile up. A second point focuses on the responses to these uncertainties and the importance and effectiveness, over time, of collective and territorialized responses implemented by beekeepers. It is a follow-up to criticisms of the dominant paradigm of relation to Nature, which promotes ever greater technicization and individualized practices. We show that beekeeping, because of a particularly mobile insect and of mostly unsuitable and poorly controlled resources, requires concerted actions going beyond the individual scale of exploitation. Finally, we extend this observation by studying the coexistence of various beekeeping forms in terms of sustainability of both sectors and territories. Thus, we come to extend the debate to the coexistence apiculture / agriculture which crystallizes today the societal awareness of a global environmental crisis. Through these three points of comparison, beekeeping appears as an activity able to question, in a complex way, the changing relationships that societies have with their communities. This thesis, pioneer in social sciences concerning beekeeping, has a non-negligible exploratory scope. It is intended to be a cornerstone for new debates between beekeepers and those who are currently driving agriculture as a whole.


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