Le locus de la mer chez les poètes augustéens : miroir et creuset des mutations poétiques, politiques et morales du début du Principat

par Oriane Demerliac

Thèse de doctorat en Langues et littératures anciennes

Sous la direction de Bénédicte Delignon et de Pascal Arnaud.

Soutenue le 04-12-2019

à Lyon , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon) , en partenariat avec École normale supérieure de Lyon (établissement opérateur d'inscription) .


  • Résumé

    Pour montrer la richesse des représentations poétiques de la mer, l’époque augustéenne constitue un moment clef. Avec la bataille d’Actium, la mer occupe une place nouvelle à Rome et devient un enjeu majeur, lieu de victoires et de pouvoir dans le discours d’Auguste et dans l’imaginaire romain, à un moment de refondation aussi bien politique que morale de la cité après les guerres civiles. C’est la manière dont cet objet s’est constitué en tant que catalyseur de toutes les grandes mutations de l’époque augustéenne qui retient notre attention. Nous étudions la mer comme locus, c’est-à-dire comme un objet poétique susceptible de refléter ou de modifier le lieu réel où l’activité humaine se déploie durant l’histoire grecque et romaine, mais aussi les représentations socioculturelles. Dans notre première partie, nous entreprenons une comparaison des rapports à la mer chez les Grecs et les Romains, dans leur histoire, leurs mentalités et leur littérature. Il apparaît que d’un point de vue axiologique, si la mer des poètes augustéens reçoit un traitement négatif en grande partie influencé par la poésie grecque, ce motif est enrichi d’un élément inédit : la condamnation de la navigation. Reliée aux guerres et à la luxuria, elle s’inspire chez les poètes augustéens d’une synthèse entre les influences de la philosophie grecque et de la morale traditionnelle : elle devient le lieu d’expression des passions humaines, depuis la cupidité jusqu’à la colère du Prince. Mais les poètes augustéens ont aussi été sensibles à l’héritage grec du motif épique de la mer : Virgile, dans l’Énéide, élabore à partir des modèles grecs un héroïsme nouveau, adapté à l’arrière-plan culturel romain, où prime la pietas, dans des errances où les épreuves maritimes sont systématiquement désamorcées. Ovide, dans ses Métamorphoses, relit Virgile pour déconstruire cette mer de la fabrique des héros et proposer une nouvelle représentation de la mer, miroir de la Pax Augusta. Pourtant, c’est l’élégie qui, en transférant toute ses ambiguïtés au locus marin, en fait le mieux le miroir troublant des changements politiques et des mutations morales que connaît Rome au début du Principat : la réélaboration élégiaque du motif épique de la mer est l’occasion du questionnement et de la réaffirmation des valeurs du mos maiorum, d’expérimentations génériques et surtout de la construction d’un nouvel héroïsme en mer, celui d’Auguste à Actium.

  • Titre traduit

    The locus of the sea among Augustan poets : mirror and medium of poetic, political and moral mutations at the beginning of the Principate


  • Résumé

    To show the richness of the poetic representations of the sea, the Augustan epoch is considered a key period. With the battle of Actium, the sea holds a new place in Rome and becomes a major stake, place of victories and power in the speech of Augustus and in the Roman imagination, during a political and moral city rebuilding after the civil wars. It is the way this object was established as a catalyst of all the great changes of the Augustan period that holds our attention. We study the sea as locus, that is to say as a poetic object likely to reflect or modify the real place where the human activity spreads out during the Greek and Roman history, but also the socio-cultural representations. In our first part, we undertake a comparison of the relationships with the sea for Greeks and Romans, in their history, their mentalities and their literature. It appears that from an axiological point of view, if the sea of Augustan poets receives a negative treatment as in Greek poetry, this pattern is enriched by a previously unseen element: the navigation condemnation. Linked with war and luxuria, it is inspired for the Augustan poets by a synthesis between the influences of Greek philosophy and traditional morality: it becomes the place of expression of the human passions, from greed to anger of the Prince. But the Augustan poets have also carried the Greek heritage of the epic motif of the sea Virgil, in the Aeneid, develops from the Greek models a new heroism, adapted to the Roman cultural background, where the pietas takes the central part through wanderings where sea trials are systematically undone. Ovid, in his Metamorphoses, rereads Virgil to deconstruct this sea of heroes and to build a new representation of the sea, mirror of the Pax Augusta. However, the elegy, as the most ambiguous genre, introduces the most original and complex vision of the marine locus. Elegiac poets makes it the most disturbing mirror of the political changes and moral mutations that Rome experienced at the beginning of the Principate: the elegiacre-elaboration of the epic motif of the sea is an opportunity to question and reaffirm the values of the mos maiorum, generic experiments and especially the construction of a new heroism at sea, that of Augustus to Actium.

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