Anthropologie culturelle de l'imaginaire coréen, l'apport de la méthodologie française

par Hyun sun Dang

Thèse de doctorat en Philosophie - Etude des Systèmes

Sous la direction de Jean-Jacques Wunenburger et de Dae-Yeol Kim.

Soutenue le 21-03-2019

à Lyon , dans le cadre de École doctorale de philosophie (Lyon) , en partenariat avec Institut national des langues et civilisations orientales (Paris) (laboratoire) et de Université Jean Moulin (Lyon) (Etablissement opérateur de soutenance) .

Le président du jury était Philippe Walter.

Le jury était composé de Ionel Buse, Benjamin Joinau.


  • Résumé

    Notre questionnement porte sur l’imaginaire coréen, et plus largement sur l’apport de l’anthropologie culturelle éclairant l’imaginaire sociétal et culturel coréen. Notre méthodologie est bâtie sur les écoles philosophiques et mythologiques françaises du XXe siècle pour la raison qu’elles sont le mieux à même de nourrir notre réflexion et de révéler sous un jour inédit et complémentaire les travaux sur ces questions déjà effectués en Corée. Nous pouvons ainsi démontrer que les symboles coréens ont une portée universelle. Notre corpus réunit des œuvres littéraires coréennes desquelles sont tirées des images archétypales. L’analyse en est faite à partir des conceptions de G. Bachelard (1884-1962) sur l’image symbolique et sur l’anthropologie de l’imaginaire de G. Durand (1921-2012). Tout en décrivant la rationalité scientifique, Bachelard valorise l’image mentale en la considérant comme une force créative et pas seulement comme un obstacle épistémologique. Il évoque plusieurs « complexes » dans son œuvre sur l’imaginaire poétique dans une conception proche de celle de C. G. Jung pour qui le complexe ne se ramène pas à un blocage psychique mais inclut la créativité. Le complexe bachelardien ne se sépare ainsi pas de la pensée freudienne du pansexualisme. Quant à Durand, dans Les Structures anthropologiques de l’imaginaire (1960), il élabore une grammaire de l’imaginaire en proposant une trentaine de complexes qui viennent enrichir ceux établis par Bachelard, O. Rank (1884-1939), M. Bonaparte (1882-1962) ou C. Baudouin (1893-1963). Pour Durand, la notion de complexe s’apparente à celle du mythème, comme étant la plus petite unité du discours et est mythiquement significative en révélant un symptôme psychique de l’inconscient collectif. Durand développe sa Mythodologie dans sa deuxième période avec les deux concepts de mythocritique et de mythanalyse. La mythocritique est une méthode de critique littéraire et la mythanalyse une méthode d’analyse socio-culturelle de l’imaginaire. Notre exploration de l’image littéraire de l’Antiquité au début du XXe siècle intègre ainsi les mythes, les contes populaires, les légendes et les chansons folkloriques afin de cerner l’identité culturelle du peuple coréen et montrer son caractère d’universalité. Les deux axes qui caractérisent la mythologie coréenne sont le mythe de fondation de l’État et le mythe chamanique. Pour le premier, la grande œuvre du Samguk yusa (1283) est indispensable car elle relate deux mythes de fondation notamment, le mythe de fondation de l’État du royaume de Kojosŏn et celui de Koguryŏ. Ces deux mythes sont référents à cause de leurs figures archétypales qui se déclinent par le mythème de l’ours et celui de l’œuf et les personnages féminins divins d’Ungnyŏ et d’Yu-hwa qui sont en relation avec ces mythèmes. Nous observons leurs redondances dans les époques ultérieures, notamment dans les récits sur les souffrances endurées par les femmes. L’histoire de Changhwa et de Hongnyŏn sont exemplaires car elles induisent un fait social marquant la dynastie Chosŏn et qui typifie ainsi la société coréenne en faisant de la figure féminine un bouc-émissaire du pouvoir masculin pris dans le système du patriarcat confucéen. Ce motif apparaît dans le récit de la « princesse Pari » qui est un chant chamanique et dans le récit de « Sim Ch’ŏng » qui est l’expression d'un rite chamanique, ou p’ansori, ou roman. Parmi les chansons folkloriques, la plus célèbre est l’Arirang ou sijipsarinorae qui reprend également le même schéma du dépassement des souffrances moyennant un sentiment particulier et proprement coréen, le han (恨). Le Han a la particularité d’être dynamique et contradictoire en étant fondé sur une dialectique subtile qui introduit une force vitale contre la dépression ou l’anxiété. Le Han a une fonction de régulation de la société en tant que figure de l’imagination symbolique et qui apparaît comme universelle.

  • Titre traduit

    Cultural Anthropology of the Korean Imaginary, the Contribution of French Methodology


  • Résumé

    The purpose of our investigation is the Korean imaginary, and more broadly the contribution of cultural anthropology illuminating social imaginary and Korean culture. Our methodology integrates the contribution of French philosophical and mythological studies of the 20th century, because they are the best ones to nourish our reflection and show in a new and complementary way the work already done in Korea. We can therefore show that Korean symbols are universal in scope. Our study material incorporates Korean literary work which comes from archetypical images. To analyze them, we will rely on the conceptions of symbolic imaginary thinking from G. Bachelard on symbolic images and on the anthropological of the imaginary elaborated by G. Durand. All the while describing scientific rationality, Bachelard valued the mental image, considering it as a creative force and not only as an epistemological obstacle. He evoked several “complexes” in his work on poetic imaginary in a conception close to that of C.G. Jung for whom the notion of complex does not amount to a psychic block but includes creativity. The Bachelardian idea of complex therefore does not demarcate from Freudian thinking on pansexuality. According to Durand, in The Anthropological Structures of the Imaginary (1960), the author elaborated a grammar of the imaginary by proposing thirty complexes that came to enrich those established by Bachelard, O. Rank, M. Bonaparte and C. Baudouin. For Durand, the notion of complex is similar to that of the mytheme, as the smallest unit of discourse mythically significant, that reveals a psychic symptom of the collective unconscious. Durand develops his methodology in his second period with two concepts: mythocriticism and mythanalysis. Mythocriticism is a method of literary criticism, or rather a method of literary studies, and mythanalysis is a method of socio-cultural analysis of the imaginary, the two complementing the other. Our exploration of the literary image from Antiquity to the start of the 20th century integrates myths, popular tales and legends, allowing us to determine the cultural identity of the Korean people and show its universality. The two axes that characterize Korean mythology are the foundation of the state and the shamanic myth (the narrative song of the shaman). For the first axis, the great work of Samguk Yusa (1283) remains essential as it relates two foundational myths, notably the myth of the foundation of the Kingdom of Kojosŏn and that of Koguryŏ. These two myths are references because their archetypal figures take the form of the mytheme of the bear and that of the egg and the divine feminine characters of Ungnyŏ and Yu-hwa in relationship to these mythemes. We observe their repetitions in ulterior epochs, notably in the stories of suffering endured by women. The story of Changhwa and Hongnyŏn are exemplary as they induce social facts of the Chosŏn Dynasty, which marks Korean society by making the female figure a scapegoat for masculine power in the Confusion patriarchal system. This motif appears in the story of the “Princess Pari” in the form of a Shamanic song but also in the story of “Sim Ch’ŏng” expressed in the form of shamanic rite, or the p’ansori, or the novel. Among folkloric songs, the most famous are those of Arirang or Sijipsarinorae which equally pick up on the same patterns of overcoming suffering through a particular and properly Korean feeling, the “han (恨)”. The Han has that distinction of being dynamic and contradictory as it is founded on a subtle dialectic that introduces a vital force against resignation, depression, and anxiety. The Han serves a societal regulatory function as a figure of imaginary symbolism and that appears as universal.


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