La guerre des mémoires n'aura pas lieu ! : construction d'une demande sociale de mémoire rapportée à l'immigration et nouvelles luttes symbolliques : une comparaison des villes de Saint-Etienne et Villeurbanne

par Morane Chavanon

Thèse de doctorat en Sciences politiques

Sous la direction de Nathalie Dompnier.

Soutenue le 14-02-2019

à Lyon , dans le cadre de École doctorale Sciences sociales (Lyon) , en partenariat avec Triangle, action, discours, pensée politique et économique (Lyon) (équipe de recherche) et de Université Lumière (Lyon) (établissement opérateur d'inscriptions) .

Le président du jury était Renaud Payre.

Le jury était composé de Julien Talpin, Sarah Gensburger, Nancy Venel.

Les rapporteurs étaient Sylvie Tissot, Catherine Neveu.


  • Résumé

    « Retour du passé refoulé », « guerre des mémoires », « concurrence des victimes », depuis la fin des années 1990, les enjeux de mémoire collective sont au cœur du débat public, en particulier concernant la place occupée par les immigrés dans le roman national.L’idée qu’il existerait un « besoin de mémoire » rapporté à l’immigration, c’est-à-dire des immigrés et de leurs descendants, mais également de la société française dans son ensemble, s’est imposée comme une évidence, faisant l’objet d’une attention accrue des pouvoirs publics ainsi que d’une pluralité d’acteurs sociaux (universitaires, artistes, militants de la mémoire…).A partir d’une enquête comparative menée dans deux villes de la région Auvergne-RhôneAlpes : Saint-Etienne et Villeurbanne, notre thèse a pour but de saisir ce « besoin de mémoire » rapporté à l’immigration non pas comme un donné, mais comme un construit faisant l’objet d’usages politiques et sociaux.Dans ces deux villes marquées par une histoire industrielle forte, mais où la mémoire locale, en l’occurrence sa part immigrée, fait l’objet d’un traitement public différencié, il s’agit de se demander « ce qui se joue d’autre que le passé dans [des] politiques publiques censées y être consacrées » (Gensburger, 2010).A travers une démarche mêlant approche ethnographique et analyse documentaire, nous mettons au cœur de notre étude, non pas le rapport d’un groupe à sa mémoire, mais la notion de mémoire elle-même. Considérée comme une préoccupation majeure dans la sphère publique, elle est devenue une catégorie d’action et d’interprétation pour les pouvoirs publics mais également au principe de nouvelles mobilisations citoyennes. Il s’agit alors de restituer les conditions sociales de sa constitution en nouveau bien symbolique mis en circulation dans les territoires locaux ainsi que les enjeux politiques propres à la publicisation du passé migratoire.La traduction institutionnelle et militante des inégalités de traitement affectant les conditions d’existence des immigrés et leurs descendants dans les termes de la réparation symbolique renseigne sur la transformation des répertoires d’action publique, sur l’évolution des luttes autour de la cause de l’immigration, et donne à voir l’interpénétration croissante entre ces deux mondes.

  • Titre traduit

    The war of memories will not take place ! : the construction of a social demand for immigration memory and new symbolic struggles : a comparison of the cities of Saint Étienne and Villeurbanne


  • Résumé

    “Resurfacing of the repressed past”, “war of memories”, “competitions of victims”: since the 1990s, the issue of collective memory has entered the public debate, especially when it comes to the role of immigrants in the national narrative.The idea that there would be a “need for memory” with regards to immigration —from immigrants and their offspring but also from French society at large— has become obvious. As a result, it has increasingly called the attention of public authorities and of a variety of social actors (academics, artists, memory activists, …)Based on a comparative study in the two cities of the Rhone-Alpes Auvergnes region: Saint-Étienne and Villeurbanne, this thesis aims at assesing this “need for memory” with regards to immigration without taking this need for natural. It is rather regarded as a construction that can be used for political and social purposes.While these two cities are marked by an important industrial history, local memory –namely that related to immigration– is treated in different ways. This context begs the following question: “besides the past, what else it at stake in those public policies that are supposed to be entirely dedicated to it?” (Gensburger 2010).Through an approach that brings together ethnographic and document analysis, this work does not center on the relationship of a particular group to its memory but on the very question of memory. Memory is now considered as a major issue in the public sphere and has become a category for action and interpretation by public authorities but also for grassroots activists. Thisthesis represents an attempt at unraveling the conditions for its constitution as a new symbolic good that circulates in local territories. In addition, this work looks at the political stakes that are inherent to the publicizing of the immigration past.The institutional and activist translation of the inequalities plaguing immigrants and their offspring into terms of symbolic reparation informs the transformation of public action, the evolution of the struggle over the question of immigration and ultimately sheds light on the inter-penetration of these two worlds.

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