Faim de Droits : le don à l'épreuve des violences alimentaires

par Bénédicte Bonzi

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Birgit Müller.

Le président du jury était Michel Agier.

Le jury était composé de Michel Agier, Philippe Chanial, Anne-Emmanuelle Fiamor, Deborah Puccio-Den.


  • Résumé

    Le droit à l’alimentation est un droit fondamental. Pourtant l’accès direct, régulier et en quantité suffisante à la nourriture n’est toujours pas garanti en France pour l’ensemble de la population. Afin de pallier ce manque, des associations, dont les Restos du Cœur, s’organisent sur le territoire. Ainsi, des personnes bénévoles donnent de la nourriture à ces hommes et ces femmes dans le besoin. Ils mettent en œuvre un droit par le bas, et de cette manière, contiennent une violence. Cette violence prend forme dans ce que je nomme les violences alimentaires, elles peuvent être décrites par les atteintes physiques et morales faites à celle ou celui qui doit faire la queue pour pouvoir se nourrir dans un pays où la nourriture est abondante. Il s’agit de rendre visible l’invisible par la description de situations dans lesquelles, la tension toujours présente donne lieu tant à l’expression de violences qu’à l’ingéniosité des réponses apportées de manière viscérale et spontanée par des donateurs engagés. Aujourd’hui, avec l’implémentation de la Loi Garot (2016) deux circuits et logiques de don s’opposent et se complémentent : le don indirect par les supermarchés des marchandises non-vendues et détaxées créateur d’une valeur marchande et le don direct de temps et d’attention par les bénévoles expression de valeurs morales. L’économie du don : demander, donner, recevoir, rendre (Mauss) permet de saisir cette économie morale (E.P. Thomson) proche d’un acte de résistance à la marchandisation. Elle répond à l’injustice de l’abandon (Agamben) par le maintien d’un lien social. Mais face à elle se révèle une économie de marché régie par appels d’offre, mise en concurrence et aménagements fiscaux qui excluent les plus vulnérables et tentent de pénétrer le secteur de l’aide via des normes et une disciplinarisation (Foucault) des organisations. C’est dans cette tension que les violences alimentaires surgissent, quand la faim des uns peut en enrichir d’autres. En suivant l’expérience que font les bénéficiaires de l’aide alimentaire, ces personnes qui souffrent de la faim et recourent aux dons de nourriture, ce travail interroge la responsabilité et le rôle de l’Etat français quant à l’application du droit à l’alimentation, droit qu’il a ratifié et inscrit dans le code rural, mais qui n’est pas réalisé.

  • Titre traduit

    Hungry for rights : the gift of food and its Violence


  • Résumé

    The right to food is fundamental. However, in France direct, regular and sufficient access to food is still not guaranteed for the entire population. To remedy this, volunteers in associations, including les Restos du Cœur, mobilized to distribute food to men, women, and children in need. These volunteers address the short-comings of the state from the grassroots level, and in this way contain violence. This violence which I call food violence corresponds to the physical and moral degradation of a person queuing for food in a country where food is abundant. In this Phd I make the invisible ever-present tensions visible by describing situations which give rise to both outbursts of open physical violence and subtle structural violence, as well as spontaneous empathy of the committed volunteers. Today, with the implementation of the Loi Garot (2016), two circuits and logics of gift giving oppose and complement each other: the indirect tax-deductible gift by supermarkets of unsold and zero-rated goods and the direct gift of working time and attention by the volunteers. The first fits into the market logic of maximization, the second expresses moral principles and is part of a circular gift economy with the four elements of demanding, giving, receiving, and returning (Mauss). This moral economy (E.P. Thomson) can be seen as an act of resistance to commodification. It responds to the injustice of abandonment (Agamben) by sustaining the social bond, in opposition to a market economy, governed by calls for tenders, competition and tax adjustments that exclude the most vulnerable populations and thus penetrates the aid sector with its standards and disciplines (Foucault). Food violence arises in this particular tension, as the hunger of some tends to enrich others. By following the experience of recipients of food aid; those who are hungry and who resort to food donations, this work questions the responsibility and the role of the French State in the application of the right to food.


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