Danse et subjectivation à l'adolescence : de la danse dans la culture à la danse comme médiation thérapeutique

par Anne-Marie Paul

Thèse de doctorat en Psychologie. Recherche en psychopathologie et psychanalyse

Sous la direction de François Richard.

Le président du jury était Mi-Kyung Yi.

Le jury était composé de François Richard, Mi-Kyung Yi, Anne Brun, Solange Carton, Bernard Golse.

Les rapporteurs étaient Anne Brun, Solange Carton.


  • Résumé

    La danse, art tabou et paradoxal, est à l'adolescence naturellement thérapeutique, comme le jeu l'est pour l'enfant. En réaction à l'effraction pubertaire, l'expression de la pulsion dansante favorise la réassurance narcissique par l'autoérotisme du mouvement dansé qui convoque l'identification archaïque au corps maternel, la passivité propre au féminin, la découverte de l' « autre sexe ». Ce travail de recherche vise d'une part à penser l'engouement moderne de la culture pour la danse, qu'elle soit de loisir ou artistique, comme une des nouvelles formes d'expression du lien social et de ce qu’on peut appeler avec S. Freud la « morale sexuelle civilisée », renouant avec un érotisme collectif féminin tout en s'organisant en expression symbolique afin de créer de nouveaux territoires du politique. Il vise également à affirmer l'appartenance d'une certaine forme de danse-thérapie, que je nommerai médiation danse, au champ psychanalytique, afin de soutenir la place de la psychanalyse dans le traitement des pathologies de la clinique contemporaine, et d'envisager l'adaptation de ses techniques aux modalités actuelles d'expression de la subjectivité dont l'adolescence, comme état-limite, est le paradigme. Le matériel clinique est composé de documents écrits et filmiques, de l'analyse de ma pratique thérapeutique groupale et d'entretiens psychothérapiques.D'un point de vue anthropologique, la danse classique apparaît comme une tentative pour maîtriser l'éros débordant de la danse dionysiaque ; émergeant en Occident au même moment que la psychanalyse, la danse libre vise au contraire à dévoiler, à travers la recherche du geste naturel, la vérité du désir. En même temps qu'elle procure une jouissance « autre », la danse improvisée, qu'elle soit urbaine ou contemporaine, est en effet une expérience transitionnelle qui permet au sujet, dans le mouvement même de la danse qui figure la naissance, d'éprouver la séparation et de s'engager dans la rencontre intersubjective, garante de la construction intrasubjective. Le groupe de danseurs, foule organisée par l'idéal esthétique du rythme, peut ainsi apparaître comme une forme essentielle du groupe et un lieu de subjectivation privilégié pour l'adolescent contemporain, qui y satisfait son besoin d'identification collective et de rituels initiatiques inscrivant sur son corps l'empreinte de la culture. De ce fait, la danse peut être pensée avec la psychanalyse comme une médiation thérapeutique particulièrement indiquée pour des adolescents souffrant de pathologies narcissiques graves. L'étude d'un groupe à médiation associant la danse et l'écriture, dans un hôpital de jour, montre comment la danse improvisée, telle un « squiggle dansé », vient révéler aux patients leur image inconsciente du corps qui se transforme au contact des thérapeutes et du groupe, dans le transfert. L'écriture vient soutenir, pour ces adolescents en souffrance de symbolisation, les propriétés subjectivantes de la danse qui se déploient dans l'espace de la rencontre

  • Titre traduit

    Dance and subjectivation in adolescence : from dance in culture to dance as a therapeutic mediation


  • Résumé

    Dance is a taboo, paradoxical art, and is naturally therapeutic in adolescence – as is play for the child. In reaction to the turmoil of puberty, expressing the dancing impulse favours narcissistic reassurance through the auto-eroticism of danced movement, which summons the archaic identification with the mother’s body, the passivity which is proper to the feminine, and the discovery of the “other sex”. This research work aims on one hand at thinking through culture’s modern enthusiasm for dance, whether artistic or as a leisure pursuit, as one of the new forms of expression of the social bond and what (with Freud) we could call “civilized sexual morality”, taking up a collective feminine eroticism whilst organizing it as a symbolic expression in order to create new territories of the political. It also aims at affirming that a certain form of dance therapy, which I shall call mediation dance, belongs to the psychoanalytic field, so as to support the place of psychoanalysis in the treatment of pathologies in contempo-rary clinical practice, and to envisage adapting its techniques to current modalities of the ex-pression of subjectivity (of which adolescence, as the ultimate case, is the paradigm). The clinical material comprises written and filmed documents, analysis of my group therapy prac-tice, and psychotherapeutic interviews.From an anthropological point of view, classical dance appears to be an attempt to mas-ter the overflowing Eros of Dionysian dance; in contrast, free dance, which emerged in the west at the same time as psychoanalysis, aims to unveil the truth of desire through seeking the natural gesture. While it achieves an “other” jouissance, improvised dance (whether urban or contem-porary) is in fact a transitional experience which, in the very dance movement representing birth, allows the subject to experience separation and to move to the inter-subjective encounter which guarantees intra-subjective construction. A group of dancers is a crowd organized by the aesthetic ideal of rhythm, and can thus appear as an essential form of the group and a priv-ileged place of subjectivation for the contemporary adolescent, who finds a place to satisfy his/her need for collective identification and initiation rituals which leave the imprint of culture on the body. In this way dance can be thought of, with psychoanalysis, as a therapeutic medi-ation which is particularly indicated for adolescents suffering from serious narcissistic pathol-ogies. The study of a mediation group associating dance and writing in an outpatient unit shows how improvised dance, like a “danced squiggle” reveals to patients their unconscious body image, which is transformed in transference through contact with therapists and the group. For these adolescents with symbolisation problems, writing supports the subjectivising properties of dance which are deployed in the meeting space.

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