Ovide et le théâtre tragique français des XVIe et XVIIe siècles (Métamorphoses et Héroïdes)

par Maurizio Busca

Thèse de doctorat en Langue et littérature françaises

Sous la direction de Sabine Lardon et de Michele Mastroianni.

Soutenue le 15-05-2017

à Lyon en cotutelle avec l'Università degli studi (Turin, Italie). Dipartimento di Scienze letterarie e filologiche , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon) , en partenariat avec Université Jean Moulin (Lyon) (Etablissement opérateur de soutenance) .

Le président du jury était Christian Biet.

Le jury était composé de Sabine Lardon, Michele Mastroianni, Christian Biet, Daniela Mauri, Alessandra Preda, Alain Génetiot.

Les rapporteurs étaient Daniela Mauri, Alessandra Preda.


  • Résumé

    Le présent travail propose une étude diachronique des tragédies d’argument ovidien parues en France entre la moitié du XVIe et la fin du XVIIe siècle, ainsi qu’une étude ciblée des tragédies dont le sujet est tiré du recueil des Héroïdes.La littérature française de ces époques, on le sait, est liée intimement à l’œuvre d’Ovide : non seulement les écrits du poète connaissent une diffusion extraordinaire, mais leurs traductions, réécritures et imitations, leurs adaptations théâtrales et leurs transpositions figuratives sont légion. La diffusion et l’appropriation des œuvres d’Ovide ont contribué à la naissance de nouveaux genres littéraires et ont donné lieu à l’émergence de phénomènes d’émulation qui ont nourri notamment l’élaboration de l’esthétique galante et élégiaque dans la seconde moitié du XVIIe siècle, ainsi que Marie-Claire Chatelain l’a montré. Le caractère extrêmement capillaire et stratifié de la présence d’Ovide dans la culture française, par conséquent, impose la plus grande prudence.L’étude des tragédies d’argument ovidien montre, tout d’abord, que les auteurs ont la tendance à ne pas afficher leurs dettes envers Ovide dans leurs textes liminaires, en préférant mentionner des auteurs anciens considérés comme plus prestigieux. Pourtant, surtout dans la première moitié du XVIIe siècle, les cas d’imitation proche du modèle sont nombreux. Certes, l’étendue généralement modeste des morceaux poétiques qu’Ovide accorde aux mythes qu’il développe dans ses œuvres implique un travail d’amplificatio imposant, dans lequel l’intertexte ovidien peut finir par se délayer. Par ailleurs, les contraintes que le passage de genre impose aux dramaturges entraînent des changements non seulement aux niveaux de l’elocutio et de la dispositio mais aussi de l’inventio : tout n’est pas représentable sur la scène tragique française et, inversement, certains éléments qui peuvent manquer dans une épître ou un récit d’Ovide ne peuvent pas faire défaut dans une pièce théâtrale de certaines époques. La production de pièces de sujet ovidien est considérable dans les années 1620-1630 ; elle connaît une baisse remarquable dans les années 1640-1660, pour remonter à partir des années 1670 : l’essor de la tragédie lyrique, souvent de sujet métamorphique, entraîne la production de tragédies du même sujet par une dynamique d’émulation.Si l’influence des Héroïdes sur le théâtre tragique français est souvent tenue pour certaine, aucune étude systématique n’avait été menée pour le vérifier jusqu’à présent. Nous avons retenu, dans notre corpus, seulement les pièces traitant des héroïnes et des héros du recueil. Dans la première partie du XVIIe siècle on assiste généralement à des pratiques d’imitation proche du modèle ; au fil du siècle, en revanche, les auteurs prennent de plus en plus les distances du texte ovidien, en s’inspirant davantage des pièces de leurs prédécesseurs français. Environ la moitié des Héroïdes ne connaît pas de transposition théâtrale, et dans le cas de plusieurs personnages (Phèdre, Didon, Médée) les auteurs de théâtre négligent les relectures élégiaques proposées par Ovide en privilégiant les sources anciennes tragiques et épiques.Sans avoir la prétention de fournir des réponses exhaustives sur la question du rayonnement d’Ovide dans le théâtre tragique français des XVIe et XVIIe siècles, cette thèse ne constitue que la première étape d’un travail plus vaste. Cette première étape, néanmoins, aura permis de relever que les liens entre l’œuvre d’Ovide (notamment les Héroïdes) et le théâtre tragique français sont plus complexes que ce que l’on croit.

  • Titre traduit

    Ovid and sixteenth and seventeenth-century French tragedy (Metamorphoses and Heroides)


  • Résumé

    This thesis is a diachronic study of Ovidian tragedies published in France between the middle of the sixteenth century and the end of the seventeenth century, as well as a more focused study on those tragedies based on the Heroides.It is well known that French literature of this period is intimately linked to the Ovidian corpus: the poet’s writings were widely circulated and there was a proliferation of translations, rewritings and imitations, as well as theatrical adaptations and figurative transpositions. This diffusion and appropriation of Ovid’s works contributed to the birth of new literary genres and gave rise to the emergence of the phenomena of emulation which, as Marie-Claire Chatelain has shown, notably fostered the elaboration of the gallant and elegiac aesthetic in the second half of the seventeenth century. The extremely extensive and stratified nature of Ovid’s presence in French culture thus necessitates the utmost caution in this study.The study of these Ovidian tragedies firstly shows that the authors tended not to reveal their debt to Ovid in their liminary texts, preferring to cite classical authors that were considered more prestigious. Yet, especially in the first half of the seventeenth century, there are numerous cases of imitation that closely resemble the Ovidian model. Admittedly, the generally modest length of the poetic passages that Ovid grants to the myths he develops in his writings thus requires an impressive amount of amplificato, in which the Ovidian intertext is inevitably diluted. Moreover, the change in genre imposes certain constraints for the dramatist, inevitably leading to modifications not only at the level of elecutio and dispositio, but also inventio. While not everything can be represented on the French tragic stage, certain elements that may not feature in an Ovidian epistle or narrative inversely cannot be absent in a French tragedy of this period. The production of Ovidian tragedies was considerable in 1620 – 1630; it underwent a remarkable decline from 1640 – 1660 and then experienced a revival in the 1670s. The rise of lyrical tragedy, often on the subject of metamorphosis, led to the production of tragedies on this subject by a dynamic of emulation. If the influence of the Heroides on French tragic theatre is often held as certain, no systematic study had previously been carried out to verify this. The corpus of plays referenced here are those that deal with the heroines and the heroes of the collection. In the first half of the seventeenth century, one generally observes practices of imitation close to the model. Over the course of the century, however, authors increasingly distanced themselves from the Ovidian text, drawing more on the works of their French predecessors. Around half of the Heroides do not undergo a theatrical transposition and, in the case of several characters (Phèdre, Dido and Medea), the dramatists abandon the elegiac re-readings proposed by Ovid and instead draw from ancient tragic and epic sources.Without claiming to provide exhaustive answers to the question of Ovid’s influence on French tragedy of the sixteenth and seventeenth centuries, this thesis constitutes the first stage of a more extensive piece of work. This first step, however, reveals that the links between Ovid's work, with particular focus on the Heroides, and French tragedy are more complex than has been believed.


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