Acteurs locaux et acteurs internationaux dans la construction de l’Etat. : Une approche interactionniste du cas du Kosovo

par Ardijan Sainovic

Thèse de doctorat en Science politique

Sous la direction de Daniel C. Bach.

Le président du jury était Brigitte Vassort-Rousset.

Le jury était composé de Brigitte Vassort-Rousset, Franck Petiteville, Nathalie Duclos, Philippe Claret, Gilles Bertrand.

Les rapporteurs étaient Franck Petiteville, Nathalie Duclos.


  • Résumé

    Comment les intervenants internationaux peuvent-ils (re)construire des institutions légitimes après un conflit intra-étatique ? En d’autres termes, quels facteurs déterminent le résultat du statebuilding post-conflit ? D’un côté, l’approche dominante, dite « technique », soutient que des ressources significatives (financières, humaines, politiques) permettent aux intervenants internationaux de construire les institutions voulues. Au Kosovo, les acteurs internationaux ont établi une administration internationale dotée de pouvoirs exécutifs et des ressources étendues et maintenues tout au long du processus. Or, le bilan du statebuilding est mitigé. D’un autre côté, le paradigme de la « paix libérale » affirme que la libéralisation (politique et économique) contribue au résultat limité des opérations post-conflit car elle est mal appliquée, illégitime voir dangereuse pour les sociétés sortant de conflits violents. Cette approche néglige aussi bien les facteurs internes que les variations dans les intentions internationales et se base, comme l’approche technique, sur un postulat implicite (erroné) de l’asymétrie porteuse de rapports de pouvoir qui favoriseraient les intervenants internationaux. En conséquence, ces approches ignorent la manière dont les acteurs locaux peuvent résister aux normes et objectifs internationaux.Pour expliquer les variations du résultat du statebuilding international, nous proposons un modèle théorique alternatif en modélisant une approche multicausale et séquentielle d’un jeu à deux niveaux. Notre thèse est la suivante. Les variations dans l’issue du statebuilding sont fonction des interactions stratégiques, elles-mêmes déterminées par les changements dans les préférences et les relations de puissance entre les intervenants internationaux et les élites politiques locales. Le statebuilding est étudié comme un processus interactif, mettant en relation potentiellement trois acteurs clés qui dominent le paysage politique post-conflit. Dans ces conditions, le statebuilding est un succès uniquement si les réformes internationales ne menacent pas le pouvoir politique des élites locales – pouvoir qui s’appuie sur deux piliers, le nationalisme et les pratiques informelles – et que les acteurs internationaux ont mobilisé suffisamment de ressources pour amener les élites locales à adopter et appliquer les réformes désirées.Or, le cas du Kosovo montre que les préférences des acteurs ne s’alignent que très rarement. Le statebuilding international a été instrumentalisé et miné par les préférences divergentes et contradictoires entre les principaux acteurs clés. Les acteurs internationaux ont voulu créer un Etat démocratique et multinational, mais ont privilégié la stabilité car ils ont été confrontés à des élites politiques locales – kosovar-albanaises et kosovar-serbes – préoccupées par le pouvoir et la domination de leur groupe sur autrui et par le maintien du leadership à l’intérieur de leur propre groupe. Entraînant ainsi une multiplication des autorités et à une fragmentation de la légitimité : deux systèmes politiques et sociaux persistent et empêchent la cohésion et le caractère multinational de l’Etat. L’intervention de l’UE a permis de changer le jeu en contribuant à apaiser la situation sur le terrain. Mais des tensions persistent, confortant le compromis.

  • Titre traduit

    Local Actors and International Actors in Statebuilding : An Interactionist Approach to the Kosovo Case


  • Résumé

    How can international actors build legitimate institutions following intra-state conflict? In other words, what factors determine the outcome of post-conflict statebuilding? On the one hand, the dominant approach, termed "technical", argues that significant resources (financial, human and political) allow international actors to build the required institutions. In Kosovo, international actors have established an international administration with executive powers, extending and sustaining resources throughout process. However, the success of statebuilding generally is mixed. On the other hand, the so-called "liberal peace" paradigm affirms that liberalization (political and economic) is a contributing factor to the limited success of post-conflict operations because it is either misapplied, illegitimate or even dangerous for societies emerging from violent conflicts. The liberal peace approach neglects these facts and ignores variations in international intentions. It is based, as is the technical approach, on an implicit (erroneous) assumption of an asymmetry in power relationships in favor of international actors. The result is that, these approaches fail to acknowledge the possibility of local actors resisting international standards and objectives.To explain variations in the success of statebuilding, we present an alternative theoretical model where a multi-level, sequential approach is modeled to a two-level game. Our thesis is as follows: variations in the statebuilding success are the function of strategic interactions, themselves determined by changes both in preferences and the power relationships between international actors and domestic political elites. Statebuilding is seen here as an interactive process, potentially linking three key actors who dominate any post-conflict political landscape. In unique conditions, no statebuilding process or international reforms need pose a threat to the political power of local elites - power derived from two pillars, i.e. nationalism and informal practices. Rather, international actors mobilise sufficient resources to induce local elites to adopt and implement the desired reforms.However, the preferences of the actors are very rarely aligned. In the case of Kosovo, it has been shown that international statebuilding has been instrumentalized and undermined by divergent and contradictory preferences among key actors. The international actors’ desire was to create a democratic and multinational state, but they opted for stability instead because they had to deal with local political elites - Kosovar-Albanian and Kosovar-Serb. The latter were concerned about maintaining their power over, and domination of, their group over others as well as maintaining leadership within their own group. This has led to a multiplication of authorities and a fragmentation of legitimacy: two distinct political and social systems persist, preventing the development of a cohesive and multinational state. While EU intervention has brought about a game change and helped to calm the situation on the ground, tensions persist, reaffirming the compromise that has taken place.


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