La factivité du monument de la Shoah : étude sémiotique d'un dispositif de la mémoire culturelle

par Françoise Okala

Thèse de doctorat en Linguistique

Sous la direction de Anne Beyaert-Geslin.

Le président du jury était Jean-François Bordron.

Le jury était composé de Anne Beyaert-Geslin, Marie Renoue, Patrizia Violi, Vivien Lloveria.

Les rapporteurs étaient Jean-François Bordron, Marie Renoue.


  • Résumé

    Cette recherche s’attache à rendre compte de la factitivité du monument de la Shoah, à savoir sa capacité à « faire-faire », en l’occurrence, stimuler la mémoire de l’observateur. Les applications du concept de factitivité relèvent en premier ressort du cadre des relations humaines – intersubjectivité – pour s’étendre à la relation sujet/objet avec la « sémiotique des objets ». Ce champ de recherche de la sémiotique s’est réapproprié le concept de factitivité en vue de démontrer qu’en dépit de leur dimension inanimée les objets du quotidien sont dotés d’une intentionnalité consistant à manipuler – orienter – le comportement des utilisateurs. En transmettant à ces derniers un « savoir » – compétence épistémique – les objets usuels se destinent à structurer la séquence pragmatique inhérente à la pratique de l’objet. Cette thèse s’efforce d’élargir la conception classique de la factitivité dont l’application dans le champ du mémoriel interfère avec un nouveau type de compétence. Si le monument parvient à manipuler la mémoire de l’observateur, ce n’est plus seulement en transférant au sujet une compétence épistémique. Cette dernière est appelée à coexister avec la compétence esthésique constitutive d’un « éprouver ». Nous chercherons alors à éclairer les stratégies énonciatives se destinant à transformer l’observateur du monument en sujet pathémisé. Comment exprimer le passé dysphorique de la Shoah à travers les productions de la sculpture commémorative, sous-catégorie de la sculpture que nous avons scindée en trois classes-types : installation, sculpture et sculpture-lieu. En interrogeant la factitivité du monument, il ne s’agit pas seulement de sonder le langage plastique de l’objet mémoriel, mais d’investiguer différents types de langages œuvrant dans un dispositif mémoriel qui subsume une sculpture commémorative, un lieu géographique et la plupart du temps, un énoncé linguistique couplé à un objet-support. Enfin, en dehors des stratégies énonciatives centrées sur la dimension métaphorique, iconique ou symbolique de la transmission, nous verrons que la capacité des dispositifs mémoriels à émouvoir le public repose aussi sur une caractéristique fondamentale du lieu, son indicialité.

  • Titre traduit

    The "factitivité" of the Monument of the Shoah : Semiotics study of a device of cultural memory


  • Résumé

    This research seeks to account for the factitivité of the Shoah monument, its ability to « faire-faire », or more precisely, to stimulate the memory of its observer. The concept of factitivité has been applied first in the frame of human relations, but the operative character of the concept has been extended to the « semiotics of objects ». This new field of research adpats the concept in order to demonstrate that, despite their inanimate character, common objects are also endowed with the intention of manipulating - directing - the behavior of their users. By transmitting to users a knowledge - epistemic competence - the usual objects are able to structure the pragmatic sequence - gesture, motricity skills - presiding over the practice of the object. This thesis, again, aims to broaden the theoretical frame of the factitivité, whose effectiveness requires now the introduction of a new type of competence. If the monument succeeds in manipulating the memory of its observer, it is no longer only by transferring an epistemic competence to the observer. The epistemic competence now coexists with the compétence esthésique wich means emotional feelings. This thesis seeks also to enlighten the enunciative strategies whose purpose is to transform the observer of the monument into a pathemic subject. How to express the past through the objects of a commemorative sculpture ? This sub-category of the sculpture is being divided into three classes : installation, sculpture and sculpture-lieu. Thus, questioning the factitivité of the monument becomes not only to be a question of probing the plastic language of an object, but also of investigating the different languages at work in a memorial device combining a commemorative sculpture, a locus and, most of the time, a linguistic message adherted to a support-object. Finally, apart from the enunciative strategies revealing a metaphorical, iconic or symbolic dimension of the transmission, the ability of the memorial device to affect us also relies on a fundamental characteristic of the locus, its indexicality dimension.

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