La Cité du rire : la dérision et le politique à Athènes à l'époque classique

par Jean-Noël Allard

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Pauline Schmitt-Pantel.

Le président du jury était Patrice Brun.

Le jury était composé de Pauline Schmitt-Pantel, Paul Demont, Vincent Azoulay, Violaine Sebillotte Cuchet.

Les rapporteurs étaient Silvia Milanezi.


  • Résumé

    A l'époque classique, la dérision, entendu comme tout message - délivré par le geste, le dessin, la musique et surtout la parole dont le dessein est de susciter le rire en prenant pour cible quelque chose ou quelqu'un, débordait de toute part l'espace civique athénien. Les lois qui encadraient l'usage de la parole, et donc de la dérision, étaient d'ailleurs assez lâches. Pourtant, pour les esprits du temps, la dérision constituait une offense et pouvait par conséquent semer la haine et la discorde et fragiliser l'équilibre social. La parrhèsia, cette liberté de tout dire que la démocratie athénienne valorisait, n'explique pas seule cette situation paradoxale. Il convient surtout d'invoquer l'importance politique capitale de la dérision. En premier lieu, elle était l'une des modalités principe des affrontements politiques de faible intensité qui flanquaient ce régime de dissensus qu'était la démocratie. En outre, la dérision était un outil critique dont le poète comique se servait pour mettre en exergue les dérèglements et les errements du régime démocratique devant un parterre de citoyens. Elle leur apprenait alors à mieux «habiter» cette démocratie. Dans le même temps la dérision était employée pour rabaisser, sur le plan symbolique, les membres de l'élite confortant en creux la légitimité du peuple être le détenteur du pouvoir. La dérision participait enfin à ce «tissage» de la communauté par lequel les Anciens se représentaient le politique : non seulement elle disposait d'un pouvoir normatif que sa réfraction au sein des institutions civiques décuplait, mais elle était également un moyen de réduire les tensions sociales en les laissant s'exprimer sous une forme temporaire et/ou atténuée.

  • Titre traduit

    The City of laughter : derision and politics in Athens during the Classical period


  • Résumé

    In classical times, derision, understood as any message-delivered through gesture, through painting, music, and especially through the spoken word- where the purpose was to bring about laughter, taking as its target something or someone, was all over in the Athenian public space. The laws that governed the usage of language, and thus of derision, were at the time quite lax. Even still, for the temperament of the period, derision constituted an offense and could as a consequence fuel the fire of hate and discord, therefore weakening the social balance. Parrhesia, the concept of freedom of speech, that liberty that all of democratic Athens valued, did not by itself explain this paradoxal situation. It served more than anything to invoke the great political importance of derision. To begin with, it was one of the first lines of defense for political confrontations of weak intensity that flanked the regime of dissention that was the democratic politeia. On the other hand, derision was a critical tool, that the comic poet used to pinpoint the dysfunctions and errors of the democracy before an audience of citizens. It taught the people to better partake of their role in that democracy. At the same time, derision was used to belittle, on a symbolic level, the members of the elite and shallowly comfort the legitimacy of the people in their power. Finally, derision participated in the "fabric" of the community: not only as a normative power, with its refraction at the core of civic institutions increased, but equally as a method of reducing social tensions by letting citizens express themselves in an ephemeral and/or muted way.


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