Sous le signe du je : pratiques introspectives dans le roman mexicain (2000-2010)

par Véronique Pitois-Pallares

Thèse de doctorat en ETUDES ROMANES spécialité Etudes hispaniques et hispano-américaines

Sous la direction de Karim Benmiloud.

Le président du jury était Florence Olivier.

Le jury était composé de Marie-José Hanaï, María Rita Plancarte Martínez.

Les rapporteurs étaient Lionel Fabrice Souquet.


  • Résumé

    À partir d’un corpus constitué de neuf romans mexicains publiés entre 2000 et 2010 par Guillermo Arreola, Mario Bellatin, Patricia Laurent Kullick, Guadalupe Nettel, Cristina Rivera Garza et Jorge Volpi, ce travail explore les spécificités et les convergences de l’écriture fictionnelle à la première personne à l’aube du XXIe siècle. Qu’il s’agisse de récits ouvertement romanesques, prétendument autobiographiques ou autofictionnels, ils s’éloignent tous du modèle canonique de l’autobiographie et transgressent la frontière entre le référentiel et la fiction. Cette thèse cherche à mettre en évidence les caractéristiques les plus significatives de ces écritures qui accordent une large place à l’introspection, que le je narrateur se livre à l’exercice mémoriel de la convocation de souvenirs d’enfance ou qu’il s’interroge sur son identité et sa relation au monde et à l’altérité. Dans quelle mesure ces romans reflètent-ils les questionnements et les inquiétudes contemporaines sur l’écriture du je ? Quels regards, concordants ou divergents, posent-ils sur le sujet lorsque celui-ci est au centre de l’énonciation et de l’univers narratif ?Dans un premier temps, ce travail propose une partie rétrospective qui s’attache à rappeler les écueils et les principales évolutions qu’ont connus les écritures du je depuis l’avènement de l’autobiographie traditionnelle basée sur le modèle rousseauiste. L’époque contemporaine s’emploie à trouver des alternatives à ce modèle canonique, au point d’abandonner bien souvent l’exigence d’authenticité référentielle.La seconde partie s’attache en effet à observer les nombreuses failles de la mémoire des différents narrateurs. Il en résulte une absence de pacte autobiographique au profit de textes qui revendiquent la place capitale de l’invention dans l’écriture de soi. L’opposition entre fiction et authenticité se fissure : l’activité mémorielle passe en partie par une (ré)invention de soi et, ce faisant, n’en est que plus « authentique ».Il apparaît également une récurrence du thème du double en tant qu’alter ego intérieur, lorsque les narrateurs subissent métamorphoses ou dédoublements. Ce devenir autre est parfois synonyme de dissolution menaçante du sujet ou signe, au contraire, d’une revendication de sa nature changeante, évolutive et inconstante, essentiellement schizo.Enfin, ce travail s’intéresse au rôle déterminant de l’altérité à la fois dans le processus de construction identitaire subjective et dans sa mise en récit. Le je se configure à travers les rapports qu’il tisse avec l’autre. Cela vaut tant pour les protagonistes que pour les romans, qui étendent les pratiques introspectives et autoréflexives au texte lui-même, faisant la part belle à la métatextualité et à la transtextualité.À travers l’étude de la thématique introspective, cette thèse s’interroge en somme sur le regard que posent ces représentants de la jeune génération de la littérature mexicaine sur la place du sujet dans un monde désenchanté ou désarticulé, et sur les possibilités de renouveau de l’écriture créative.

  • Titre traduit

    Writing the Self : Introspective Practices in Mexican Novel (2000-2010)


  • Résumé

    Based on a corpus that includes nine Mexican novels, published between 2000 and 2010 by Guillermo Arreola, Mario Bellatin, Patricia Laurent Kullick, Guadalupe Nettel, Cristina Rivera Garza and Jorge Volpi, this work investigates the specificities and convergences of fictional writing in first person at the beginning of the 21st century. Whether the tales happen to be frankly fictional, supposedly autobiographical or autofictional, they all get away from the canonical example of autobiography and they infringe the border between authenticity and fiction. This thesis seeks to evidence the most significant characteristics of these writings which grant much importance to introspection, when the first-person narrator seeks into childhood memories or wonders about the own identity and relationship towards the around world and alterity. How do these novels reflect the contemporary concerns about the writing of the self? Which converging or diverging looks do they take at the self, as it is the main figure of narrative enunciation and universe?This work opens with a retrospective chapter about the main changes and pitfalls that the self-narratives have encountered since the success of traditional autobiography, based on Rousseau’s example. The past decades have been looking for alternatives to this canonical example and many writers often get away from the absolute requirement of authenticity.The second part endeavours to observe the many breaches in the narrators’ memory. In result, the autobiographical pact disappears in favour of texts which claim the prime importance of invention in the self-writing. Opposition between fiction and authenticity seems to be cracking apart: memorial activity includes a process of self-(re)invention which does not make it less “real”, quite the opposite.It is also clear that the topic of the double as an inside alter ego is recurrent, when the narrators go through metamorphosis and split personalities. This becoming other may be a synonym of a threatening dissolution of the self or, on the contrary, a sign of a claim of its changing, inconstant and essentially schizo nature.Finally, this work focuses on the determining role of alterity both in the process of identity and subjective construction, and in the story of it. The self gets to build itself up through the relationships with otherness. This stands both for the characters and for the novels, in which the introspective and auto-reflexive practices extend to the text itself, meaning a solid presence of metatextuality and transtextuality.By studying the introspective topic, this thesis actually wonders about the look these young Mexican writers take at the place of the self in a disillusioned or dislocated world, and at the possibilities of a renewal for the creative writing.


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