La vision tragique du monde chez les Grecs : (Homère, les tragiques et Platon)

par Khosrow Yazdani Zenouz

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Monique Dixsaut.

Soutenue le 14-03-2014

à Paris 1 , dans le cadre de École doctorale Philosophie (Paris) , en partenariat avec Philosophie, histoire et analyse des représentations économiques (Paris) (laboratoire) .

Le président du jury était Luc Brisson.

Le jury était composé de Monique Dixsaut.

Les rapporteurs étaient Jean Frère, Pierre Manent.


  • Résumé

    Ce travail se propose d'examiner la vision tragique des Grecs, en partant de son origine, Homère, pour voir ensuite comment elle se maintient, s'intensifie et parfois même se trouve abandonnée (chez Eschyle et Sophocle), puis se trouve enfin radicalement combattue par la théologie sotériologique de Platon. La vision tragique est une vision religieuse, structurée par la hiérarchie des destins -ceux des dieux, des héros, des hommes vivants et des habitants de !'Hadès. Entre la race des dieux et celle des hommes s'ouvre un abîme : les dieux ne sont pas mortels et les humains ne sont pas immortels. L'ingérence constante des dieux dans les affaires des hommes a le plus souvent comme résultat la souffrance, le malheur et la mort. Le monde d'après la mort est un lieu où les psychai demeurent, telles des ombres, inconscientes de leur propre existence et de celle des autres. Au cœur de cette vision, l'homme n'est pas libre et ne choisit pas, il n'est pas responsable de ses actes et ne mérite pas ce qu'il subit. Si l'on supprime une seule de ces quatre croyances fondamentales, ou si on assiste à une décision prise par un dieu bon, juste ou compatissant, on ne peut parler de vision tragique. Ce travail s'attache donc essentiellement aux textes où elle s'est exprimée dans toute sa pureté: Homère (L’Iliade), Eschyle (Les Perses), et Sophocle (Les Trachiniennes, Ajax, Antigone et Œdipe roi). Une attention particulière est portée aux mots qui la traduisent. Mais une vision différente s'oppose dès l'Odyssée et l'Orestie, vision anti-tragique qui trouve sa forme achevée dans la religion de Platon. La dernière partie de ce travail s'efforce d'en dégager les points principaux. Platon estime qu'il existe en l'homme un élément de nature divine et immortelle, d'où la substitution d'une théologie de la délivrance et de l'assimilation au divin à une théologie de la séparation. Le sage remplace le héros, ce n'est plus la mort glorieuse qui est une « belle mort» et qui doit être chantée, c'est celle de Socrate, le servant d'Apollon. Selon cette pensée philosophico-religieuse, l'homme est libre, il choisit et il est responsable, et mérite donc désormais les châtiments et les récompenses qui lui sont réservés. De plus, la théologie platonicienne est fondamentalement une théodicée: les dieux ne peuvent être que bons, l'origine du mal réside dans l'existence de deux âmes du Monde: une bonne et une mauvaise. Le message de la théologie tragique est la résignation devant le mystère. Platon se donne pour mission divine d'acheminer l'âme vers le salut, et, avec cette théologie anti-tragique, il crée un lien différent entre les dieux, les sages, les hommes, le destin, l'après-mort et la psychè.

  • Titre traduit

    The tragic world vision of the Greeks : (Homer, Tragic poets and Plato)


  • Résumé

    This work proposes to examine the tragic vision of the Greeks, going back to its origins, i.e. Homer, in order to see how it is maintained, intensifies, and even finds itself abandoned (in Aeschyluses work or in Sophocleses one). Then we'II see how this vision was completely defeated by Plato's soteriological theology. The tragic vision is a religious vision, structured by the hierarchy of the Fates -Those of the gods, heroes, living men, and the inhabitants of Hades. Between the race of gods and that of humans there is an abyss: the gods are not mortal and humans are not immortal. The constant meddling of the gods in the affairs of humans most often results in suffering, unhappiness, and death. The world after death is a place where souls reside, that of shadows, unconscious of their own existence and the existence of others. At the heart of this vision, man is not fee and does not choose; he is not responsible for his acts and does not deserve what he undergoes. If one suppresses one of these four fundamental beliefs, or if one assists in a decision 111ade by a good, fair, or compassionate god, one cannot speak of tragic vision. Therefore, this work focuses essentially on the texts where it is expressed in all of its purity: Homer (The Iliad), Aeschylus (The Persians), and Sophocles (The Trachiniae, Ajax, Antigone, and Oedipus the King). Particular attention is given to the words that translate it. But a different vision opposes from the Odyssey and Oresteia, an anti-tragic vision which finds its form completed in the religion of Plato. The last part of this work strives to bring out the principal points. Plato assesses that there exists in man an element of divine and immortal nature, hence the substitution of a theology of deliverance and the assimilation to the divine with a theology of separation. The sage replaces the hero, it is no longer the glorious death that is a “beautiful death" and which must be chanted, it is that of Socrates, the servant of Apollo. According to this philosophico-religious thought, man is fee, he makes choices, and he is responsible, and thus deserves from this time forward the punishments and rewards that are in store for him. Furthermore, Platonic theology is fundamentally a theodicy: the gods can only be good, the origin of evil resides in the two souls of the World: the good and the bad. The message of tragic theology is the resignation to the mystery. Plato takes on as a divine mission moving the soul towards salvation, and with this anti-tragic, he creates a different link between the gods, the sages, men, destiny, the afterlife and the psyche.


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