Les étrangers d'Afrique de l'Ouest à Lomé (Togo) : identification, (in)visibilité et citadinité. : réflexions au regard de la ville d'Accra (Ghana)

par Amandine Spire

Thèse de doctorat en Géographie humaine, économique et régionale

Sous la direction de Philippe Gervais-Lambony.

Le président du jury était Alain Dubresson.

Le jury était composé de Philippe Gervais-Lambony, Alain Dubresson, Michel Agier, Emmanuel Ma Mung, Gabriel Kwami Nyassogbo, Émile Le Bris.

Les rapporteurs étaient Michel Agier, Emmanuel Ma Mung.


  • Résumé

    Cette thèse ouvre des pistes de réflexions sur les interactions entre villes et étrangers, à la lumière du contexte ouest-africain. Elle débute par un constat : les étrangers originaires de l’espace de « libre circulation » de la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest) sont nombreux à Lomé et Accra et pourtant peu visibles, en raison notamment de l’absence de quartier ethnique. Malgré leur faible visibilité, certains groupes étrangers ouest-africains sont paradoxalement stigmatisés par les populations hôtes en temps de crise. L’étude des sociétés urbaines de Lomé et Accra remet en cause le paradigme de l’assimilation des migrants à la ville tel que conçu dans la tradition sociologique de Chicago. Dès lors, en s’appuyant sur les théories de l’École de Manchester et en déconstruisant le modèle de l’exode rural, on proposera une approche dialectique et multiscalaire des liens entre étrangers et villes : la ville modifie les identifications des migrants étrangers qui, eux-mêmes, transforment les espaces de la ville et la citadinité, définie comme les manières d’être propres à une ville (en termes de pratiques et de représentations). Un des enjeux principaux de cette thèse consiste à souligner la complexité de la notion d’étranger dans les villes d’Afrique de l’Ouest. La diversité des mobilités internationales, par les lieux et les temporalités convoqués, participe à brouiller les visages des étrangers à Lomé et à Accra. Les étrangers n’appartiennent pas à un seul groupe social, pas plus qu’à un seul territoire. Aussi, cette recherche s’interroge-t-elle sur la visibilité des identifications étrangères à la ville, tant aux yeux des citadins qu’à ceux du chercheur. Les identités étrangères à une ville peuvent être l’objet d’une revendication et d’un processus de reconnaissance qui se traduit par des territorialités à l’échelle d’un quartier comme c’est le cas dans les zongos. Mais la marginalité de certains groupes étrangers contribue également à la formation de territorialités étrangères, dans le registre invisible. La présence des étrangers s’exprime non seulement en termes identitaires, mais aussi territoriaux. La prise de possession et le contrôle de certains espaces par les étrangers sont au cœur de dynamiques syncrétiques caractérisées par la redéfinition d’appartenances à l’ailleurs dans des interactions locales. Autrement dit, le maintien d’identités étrangères à la ville ne repose pas sur la réplique d’identités qui apparaissent ailleurs ou dans d’autres temps mais semblent bien le produit d’une différenciation et d’une création identitaire dans et de la ville. Il est dès lors possible de dépasser la dimension territoriale des changements de la ville liés à la présence des étrangers : à l’échelle micro, des lieux de sociabilités créés par les étrangers participent pleinement à inventer les liens qui font la ville au quotidien.

  • Titre traduit

    The Foreigners of Western Africa in Lome (Togo) : identification, visibility and "citadinité". : reflections towards the city of Accra (Ghana)


  • Résumé

    This thesis opens avenues of reflection on the interactions between cities and foreigners, in the West African context. It begins with a report: there are many international migrants in Lome and Accra who originate from within the ECOWAS zone of “free movement”, but they are not very visible in these cities – particularly since there are no ethnic enclaves. In spite of their lack of visibility, some West African foreign groups are paradoxically stigmatized by the host populations in times of crisis. The study of the urban societies of Lome and Accra questions the paradigm of assimilation of migrants into the city as conceived by the Chicago sociological tradition. By applying the theories of the School of Manchester and by deconstructing the model of the “rural exodus”, we shall propose a dialectical and multiscalar approach to the links between foreigners and cities. The city influences the identities of foreign migrants who, themselves, transform the spaces of the city and the “citadinité”, defined as the modes of life specific to a city (in terms of practices and representations). One of the main stakes of this thesis consists in underlining the complexity of the notion of foreigner in West African cities. The variety of international mobility, in terms of places and temporalities, has the result of mixing up the faces of foreigners in Lome and Accra. The foreigners do not belong to a single social group, any more than to a single territory. So, this research considers the visibility of foreigners’ identities in the city, both in the eyes of the city-dwellers and in those of the researcher. The foreigners’ identities to a city can be the object of a demand and a process of recognition which is conveyed by territorialities on the scale of a district, as is the case in zongos. But the marginality of certain foreign groups also contributes to the formation of foreigners’ territorialities, even if not easily visible. The presence of foreigners expresses itself not only in terms of identity, but also in terms of territory. The taking possession and the control of certain spaces by foreigners are at the heart of syncretic dynamics, characterized by the redefining of belonging to “somewhere else” in local interactions. In other words, the preservation of foreigners’ identities in the city is not based on the reproduction of identities which appear somewhere else or in other times, but seems to be the product of a differentiation and an identity creation in and of the city. It is from then on possible to exceed the territorial dimension of the changes in the city due to the presence of the foreigners: on the micro scale, places of sociability created by the foreigners entirely participate to invent the links which make the city in everyday life.

Autre version

Cette thèse a donné lieu à une publication en 2011 par Karthala à Paris

L'étranger et la ville en Afrique de l'Ouest : Lomé au regard d'Accra


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Informations

  • Sous le titre : L'étranger et la ville en Afrique de l'Ouest : Lomé au regard d'Accra
  • Dans la collection : Hommes et sociétés
  • Détails : 1 vol. (378 p.-[12] p. de pl.)
  • ISBN : 978-2-8111-0439-9
  • Annexes : Notes bibliogr. Bibliogr. p. [339]-363
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